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mercredi 23 février 2011

La langue de Molière... et le Cardinal. Poésie

Source:Wikipédia
C'est la saison des amours refroidis, des amours interdits. Mais rien n'empêche le Cardinal, tout de rouge vêtu, plumes frissonnant au vent, de fredonner son appel à sa femelle «huitt... huitt huitt», en se balançant sur la maigre branche du saule de mon jardin. Je l'observe de ma fenêtre; en arrière-plan, le ciel d'hiver d'un bleu limpide. ll fait soleil, il fait froid. La vie est belle.

Alors, que vous changerais-je? Un «huitt... huitt huitt» pour dire «Qu'elle est belle  la langue Molière»».  Voici donc le poème que j'ai reçu de Roch Ménard, de l'UQAM (Université du Université du Québec à Montréal), et je vous transmets avec amour, délices et orgue...

«Qu'elle est belle  la langue de Molière

AVOIR et ÊTRE

Loin des vieux livres de grammaire,
Écoutez comment un beau soir,
Ma mère m'enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir.
 Parmi mes meilleurs auxiliaires,
Il est deux verbes originaux.
Avoir et Être étaient deux frères
Que j'ai connus dès le berceau.
 Bien qu'opposés de caractère,
On pouvait les croire jumeaux,
Tant leur histoire est singulière.
Mais ces deux frères étaient rivaux.
 Ce qu'Avoir aurait voulu être
Être voulait toujours l'avoir.
À ne vouloir ni dieu ni maître,
Le verbe Être s'est fait avoir.
 Son frère Avoir était en banque
Et faisait un grand numéro,
Alors qu'Être, toujours en manque.
Souffrait beaucoup dans son ego.
 Pendant qu'Être apprenait à lire
Et faisait ses humanités,
De son côté sans rien lui dire
Avoir apprenait à compter.
 Et il amassait des fortunes
En avoirs, en liquidités,
Pendant qu'Être, un peu dans la lune
S'était laissé déposséder.
 Avoir était ostentatoire
Lorsqu'il se montrait généreux,
Être en revanche, et c'est notoire,
Est bien souvent présomptueux.
 Avoir voyage en classe Affaires.
Il met tous ses titres à l'abri.
Alors qu'Être est plus débonnaire,
Il ne gardera rien pour lui.
 Sa richesse est tout intérieure,
Ce sont les choses de l'esprit.
Le verbe Être est tout en pudeur,
Et sa noblesse est à ce prix.
 Un jour à force de chimères
Pour parvenir à un accord,
Entre verbes ça peut se faire,
Ils conjuguèrent leurs efforts.
 Et pour ne pas perdre la face
Au milieu des mots rassemblés,
Ils se sont répartis les tâches
Pour enfin se réconcilier.
 Le verbe Avoir a besoin d'Être
Parce qu'être, c'est exister.
Le verbe Être a besoin d'avoir
Pour enrichir ses bons côtés.
 Et de palabres interminables
En arguties alambiquées,
Nos deux frères inséparables
Ont pu être et avoir été.
 Joli non ?

Bien loin des contenus humoristiques des envois habituels.
Exceptionnellement ce texte mérite d'être diffusé largement.

Vive la langue française.» 


Vive la Vie!
Vive l'Amour!
Chantez votre «huitt.. huitt huitt»
Soyez heureux! 


dimanche 17 octobre 2010

Dual Core - Le droit au bonheur. David Azelay - Véronique Sauger. Poésie / Mineurs chiliens - Stéphane Laporte

Un dimanche de poésie, pour dire... pour dire la vie... En guide de présentation des textes de poésie de ce dimanche de la mi-octobre, je vous invite à lire des extraits de l'article -fort touchant- de Stéphane Laporte, intitulé «Nous sommes tous des mineurs chiliens.»

«... C'est ce qu'il y a de bien avec la vie: il n'y a que la mort qui puisse la battre. La vie est plus forte que tout le reste. Plus forte que la peine, plus forte que la peur, plus forte qu'un trou noir. Ces naufragés de la terre sont coupés du monde depuis plus de deux mois. Pourtant, ils sont encore là. La vie est si fragile et si robuste à la fois. (...) La fusée remonte enfin. Le premier mineur en sort. Vivant et heureux. (...) Cette scène, ce n'est que du bonheur. Le bonheur d'exister. Encore.»

L'auteur nous apprend que sa mère fait sa dialyse quatre fois par jour, dans sa chambre. «Sa mine, c'est sa maison. Elle y est confinée depuis deux ans. Elle se promène entre le salon et la galerie d'en arrière. C'est sa seule liberté. (...) C'est pour ça que le drame des 33 hommes nous a tant touchés. Nous sommes tous des mineurs chiliens. Nous avons tous en nous une mine qui nous enferme. Souvent, c'est la maladie ou un accident qui nous a bouché le ciel. Ça peut être aussi la pauvreté, l'angoisse, l'ennui, une blessure d'enfance, une errance, tous ces tunnels sans lumière.

Mais si creux qu'on se trouve, on survit. Ce n'est pas facile. C'est long. Ça fait mal.  On s'accroche à l'espoir ou au désespoir. Les deux sont solidement ancrés. Parfois, si on est chanceux, une nacelle arrive. Elle nous sort de notre malheur, qui devient chose du passé. (..) Cette libération des mineurs nous a fait du bien à tous. La nacelle des chiliens nous a tous remontés. Nous a tous sortis de nos drames, durant un court moment. L'instant de réalier que le bonheur, ce n'est pas d'êtr au ciel, c'est plutôt, tout simplement, de pouvoir le voir.»(1)


Poèmes bellement dits. Défilé d'images superbes. Accompagnement musical.

Comme vous le constatez, l'originalité est la marque de notre dimanche en poésie. La vie, le bonheur, l'amour... et deux poèmes.

[] Dual Core, un fragment poétique de David Azelay et Véronique Sauger, qui anime Les Contes du jour et de la nuit, sur France Musique.

Dual core (DavidAz/VéroniqueSauger/Chopin/FranceMusique)
envoyé par VSAUGER.

[] Le droit au bonheur, un poème de David Azulay, dit par Véronique Sauger.

Le droit au bonheur (DavidAz/VéroniqueSauger/FranceMusique)
envoyé par VSAUGER.

J'espère que ces deux poèmes vous ont ravis, et vous ont procuré un moment de bonheur!

Je vous souhaite un beau dimanche! À bientôt...
___
Stéphane Laporte est chroniqueur au journal La Presse de Montréal. Son article est daté de samedi, le 16 octobre 2010; pour le lire au complet, sur Cyberpresse, cliquez ici.

dimanche 19 septembre 2010

Que la vie en vaut la peine - C'est une chose étrange à la fin que le monde - Aragon. Poésie

Pour un dimanche en beauté, lisons de la poésie! Avec un titre fait pour nous requinquer: Que la vie en vaut la peine, de Louis Aragon. Poème dont la connaissance confondra ceux et celles qui se sont moqués de Jean d'Ormesson. Pensez donc un titre pareil... C'est une chose étrange à la fin que le monde. Ah ben dis donc... Pardonnez, lecteurs et lectrices, à ceux qui ne savaient pas... et qui se voient moqués à leur tour. Rien de bien malin, il faut bien le dire. M'enfin...

Comme je vous le mentionnais, dans mon dernier blogue, le titre du récent livre de Jean d’Ormesson C'est une chose étrange à la fin que le monde(1) vient non pas d'un poème d'Aragon, mais du deuxième chant Que la vie en vaut la peine de ce poème intitulé Les Yeux et la mémoire, qui comprend 15 chants.

«À côté de passages d'une poésie saisissante, l'ouvrage contient des séquences qui comptent parmi les textes les plus ouvertement communistes écrits par Aragon sous forme de poème, empreints d'un enthousiasme crédule susceptible de provoquer le hochement de tête du lecteur d'aujourd'hui.» (2)
Ici, pas de politique, de la poésie.

Afin de situer le chant (chant II) en rapport avec le titre –et la réflexion- de Jean d’Ormesson, voici l’ensemble des titres des quinze chants:

Le poème: Les yeux et la mémoire,  Louis Aragon, 1954

Chant I : Il n'y aura pas de jugement dernier
Chant II : Que la vie en vaut la peine
Chant III : Les vêpres interrompues
Chant IV : Je plaide pour les rues et les bois d'aujourd'hui
Chant V : Nocturne des frères divisés
Chant VI : L'enfer
Chant VII : Le peuple
Chant VIII : On vient de loin
Chant IX : Comment l'eau devint claire
Chant X : Sacre de l'avenir
Chant XI : Le 19 juin 1954
Chant XII : L'enfant
Chant XIII : L'ombre et le mulet
Chant XIV : Pareils à ceux qui s'aiment
Chant XV : Chant de la paix

À présent, lisons ensemble le chant II, à la fin duquel je vous réserve une belle surprise.

Chant II : Que la vie en vaut la peine

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent. Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix.

D'autres qui referont comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
II y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant.

C'est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n'était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n'est qu'un commencement.

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l'échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d'être et d'avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l'injustice et l'insomnie
Où l'on porte rongeant votre cœur ce renard
L'amertume et Dieu sait si je l'ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu'on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu'on aime et de ce qu'on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu'ils font.

Malgré l'âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L'entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.

La cruauté générale et les saloperies
Qu'on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu'on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d'une injure ou d'un cri.

Cet enfer Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu'on voulait pourtant ce qu'on voulait
De toute sa croyance imbécile à l'azur.

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

Believe / Epm, 2008



À présent, je vous propose d'écouter le même chant, mais lu, cette fois, par nul autre que Aragon lui-même...
«[...] N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle
Émouvant!

Telle est la surprise -du moins j'espère que c'en est une, que je vous réservais.

Cliquez ici pour écouter cette lecture unique. (Vous y trouverez des extraits de 14 titres, en écoute gratuite ou en téléchargement)




Bon dimanche! Merci de me lire!


La lecture: Que la vie en vaut la peine, Louis Aragon, 1954
___
[] (1) C’est une chose étrange à la fin que le monde, Jean d'Ormesson, Robert Laffont, 2010, 318 pages.
[] (2) Source de la citation, ici. De plus, vous trouverez, à cette adresse, un texte des plus complets, et des plus intéressants, sur le poème d'Aragon Les yeux et la mémoire.
[] Pour des heures d'écoute, Camus, Mozart, Brel, Elvis Presley, Céline Dion, etc., visitez le site  http://www.musicme.com.

dimanche 29 août 2010

La formule flirt - Anne Portugal / Version Live - Sigolène Prébois / Extraits. Poésie.

Parmi les nouvelles parutions aux Éditions P.O.L., j'ai choisi 4 poètes. À la suite de Les temps traversés de Michelle Grangaud, et de Météo des plages de Christian Prigent (blogue du 23 août 2010), je vous présente le recueil des deux autres poètes, soit La formule flirt, d'Anne Portugal; et, Version Live, de Sigolène Prébois. On poursuit la notion de couple, mais, rappelez-vous, au sens premier du terme donné par Le Petit Robert: couple vient de cople (1190), qui vient du latin copula, signifiant «lien, liaison». 

[] Pour Anne Portugal, les couples sont des textes qui vont deux par deux. Un face-à-face, une page paire et une page impaire, que j'ai essayé de rendre au mieux dans ce blogue. On comprend que le but visé ici est de donner un aperçu du recueil et, de là, vous inviter à le lire au complet dans sa présentation originale.

[] Sans le dire explicitement, Sigolène Prébois aborde le couple dont le lien est le plus intime qui soit: mère-enfant. Plus justement, la rupture définitive de ce lien: la mort d'une mère. Sans épanchement excessif, sans «miaulerie», le texte, bien au contraire, est simple et sincère -un texte nu, sans artifice. Les croquis naïfs de Catherine Lévy, qui accompagnent les courts paragraphes, sont là pour alléger la souffrance, la rendre supportable.
Vous serez, peut-être... désarçonnés par les croquis. Alors, relisez le texte avec votre cœur d'enfant... et rappelez-vous de visites au salon mortuaire ou revoyez des films qui en présentent. Vous trouverez:
« Des situations cocasses, des blagues vaseuses pour détendre l’atmosphère et la douleur exaspérante des pleureurs échaudés», écrit Thomas Flamerion.
Dans sa critique du recueil, Thomas Flamerion en livre une analyse fort et juste. Plutôt que de paraphraser son texte, je vous donne à lire sa critique du recueil: c'est une perle rare (je parle de sa critique... naturellement).


Anne Portugal LA FORMULE FLIRT, P.O.L., 96 pages

Ce nouveau recueil d'Anne Portugal évoque le tremblé des choses, il est construit à partir de textes qui vont deux par deux, se font face à face. Différents ils portent le même titre et se croisent en se frôlant, un peu à la manière de Jane et de Tarzan qui chacun sur sa liane va de son côté mais ils s'approchent de si près cependant, s'effleurent, cela s'appelle le flirt. On pourrait dire qu'il s'agit de ne jamais conclure, de ne jamais figer, de ne jamais entrer dans la chronologie dramatique: rien ne commence, rien ne peut s'arrêter. Tout est en suspens, fugitif, évanescent: on peut appeler ça la poésie, une certaine formule flirt de la poésie, cela pourrait être l'amour.

Voici des extraits de La formule flirt, d'Anne Portugal

on aimait à se rendre et peu situés connaître
qu’on était des naïfs
que des bouquets juxtaposés
que chacun avait son truc social
minimum tendre
de la fancy surprise nous disions
corps secret
des liaisons du courant
nous disions
justement ligne
ainsi de l’ordre à un autre

L’exercice simple à son fiancé
à son nouvel l’appartement des terres
peut pas sonner le triomphe lys blancs
où le ranger l’adresse égare
tout corps voisin du sien
p.8
[texte en vis-à-vis]
avoir vu sa créature à l’intérieur
d’un format elle était on la refait
à la sphère plus qu’à la première
dans les fils et qu’il est né dedans
tenue de tout à l’heure.
p.9

Cher seul décor il faut qu’il soit petit
s’adapte à l’opacité la modèle l’ombre
avec des traits délai sens
à un proche je t’aime saisir dans
un léger sang d’insecte sur épingle
p.10

[texte en vis-à-vis]
réduit bonus de l’édifice l’aiguille
oh voilà qu’elle se trouve si concurrente de
des ailes au choix elle va circuler autour
jette des clous bang dans le décor
est proposée est affûtée d’alfa précision.
p.11

Cette ouverture est traitée d’origine
jetée sur la grand-route section
la poussière aux méchants halte bon capitaine
simple consolidation des rambardes
dextérité pour l’attente de la fée aussi bas
que vous et elle dans quelle mesure elle brode
p.12

[texte en vis-à-vis]
surface docile se changer d’où elle part
son vieux jour suspecté tout d’argent
que parc exclut que dans le défilé
rarement les retrouve panorama les amis
une foule de gens votre point à ce corps de boutons
livraison d’illustrés l’indiffère et décore les allées.
p.13


Tout son matin se réfugie tréma
son caractère réduit dès qu’il s’agit de permanence
le choix naturellement des ifs sa valeur exiguë
pour une composition graphique la rêve
avec des foules régent d’imitation
p.14

[texte en vis-à-vis]
avant propos avant la naissance où il est
avant lui l’a écrit en pensant à l’autre d’orléans
tous les frais du voyage des glaçons et la liste est close
pour qui veut être kidnappé nous sommes spécialistes
ou affirmons que l’on est disposé.
p.15


Toi brother pour gagner la ville des roses initiales
à ton nom mets des lèvres à la belle meunière
indication de toi simplement conditionnelle
ne pouvant concentrer un tel rôle négocie
opium motion processus inconscient dossier
régisseur et le matériel serait le plus joli
p.16

[texte en vis-à-vis]
passait dans les veines porsche pressa le cou
s’améliora vit ce soleil jusqu’à poser devant
épuisée rouge volume refondation conversa
pensa un peu que tout est résidence au lieu
d’herbe y’a en pinçant les lèvres individus
jolis dauphins pointus qui rentrent à la maison.
p.17


Voyageait libre cours avec une grande partie du mobilier
que j’ai plaisir tout se passait en excentricité
à sa faveur vivants milieux les milieux panachés
et poursuivait plus calmement préférait elle aussi
d’apparaître et puis de disparaître en gute nacht
allant se disait sur ce sujet le service appartient
à l’immédiat
p.18

[texte en vis-à-vis]
vrai l’isolement d’une santé le bon déroulement
de la rivière un prénom avec des paysages il
se servait de ces petits indices et c’est quoi le suivant
le catalogue l’accompagnait permet d’y adhérer
l’emplacement bonne nuit sans conséquence
ordonnait au-dessous et comment il faut faire
sa mobilisation physique.
p.19



De l’effort perpétuel juste échappait au vide
l’emmenait dans sa bibliothèque tôt et elle
disposait de la voiture parcourait les longs jours
se sentait sur l’eau exemplaire
dressait devant des cercles clairement apparus
partait humaine sectionnait des localisations
p.20

[texte en vis-à-vis]
lui-même surpris ne l’agitait pas davantage
son corps à vitesse solennelle rendu à la circulation
il l’accorde en adoptant penses-tu trouver un beau
terrier une succession de blancs si frais
en longueur en quelque plaine s’affirmant
radical a inventé comme il appartenait.
p.21

}{ }{ }{


Sigolène Prébois, VERSION LIVE, P.O.L. 224 pages, ill. par avec Catherine Lévy

«Quelques minutes à peine suffisent(1) pour parcourir cette ‘Version Live’ de la mort d’une mère. Quelques minutes volées au temps distendu de l’agonie et aux jours de l’après, lorsque les trivialités funéraires agacent et absorbent. Là où d’autres auscultent la souffrance pour en appuyer la violence, Sigolène Prébois préfère cristalliser ces moments irréels où le drame flirte avec l’absurde.

Son arme, pour exorciser la peine, c’est son dessin naïf, ses personnages à peine esquissés qui, sous le masque d’animaux pour les plus proches, perdent de leur gravité. Pourtant l’angoisse de l’attente insupportable est bien palpable. Elle se déroule jusqu’au dernier souffle d’un corps décharné, dont l’énergie forcément extraordinaire s’échappe injustement.

Mais c’est dans l’humour désespéré des jours qui précèdent la mise en bière que s’épanouit l’insoutenable légèreté du deuil. Des situations cocasses, des blagues vaseuses pour détendre l’atmosphère et la douleur exaspérante des pleureurs échaudés, Sigolène Prébois inscrit à sa manière la perte d’un être cher dans la course effrénée de la vie.

Un rythme dévorant, ridicule, qui laisse à peine le temps de digérer le choc entre la commande d’un cercueil en cellulose sur son iPhone et la dispersion de biens qu’on ne peut conserver. Le texte télégraphié - et télégraphique - qui accompagne ces sobres croquis se contente parfois d’en répéter le sens. Et l’inévitable chagrin des enfants ne s’illustre qu’au travers de pudiques réflexes affectueux.
Mais ce touchant roman graphique, étonnamment publié chez P.O.L, ne manque ni de poésie ni de justesse.»
Critique par Thomas Flamerion, sur evene.fr


Voici des extraits de Version Live, de Sigolène Prébois

Élisabeth me téléphone en milieu
de journée. Élisabeth, c’est la jeune
femme philippine qui s’occupe de ma
mère depuis qu’elle est malade.
En général, elle m’appelle
plutôt le soir.[croquis 1]
[croquis 1]

Elle me dit que ma mère n’a pas l’air
en grande forme et que l’une de ses
jambes est gonflée.[croquis 2]
[croquis 2]

Elle décide de l’emmener voir
un médecin.[croquis 3]
[croquis 3]

Une heure après, le téléphone sonne
encore.[croquis 4]
[croquis 4]

Elle a été transportée directement
aux urgences.[croquis 5]
[croquis 5]


Un ambulancier est venu la chercher.
[croquis 6]
[croquis 6]


Bastille-Sablons. C’est long pour se
faire du mouron. [croquis 7]
[croquis 7]

Autres extraits
Deux moments pénibles à vivre. Ils font d'autant plus mal qu'ils sont écrits en termes simples, sans artifice, dans un langage «de tous les jours». Et... cela n'arrive pas qu'aux autres. 


Le coup de fil qu'on ne voudrait jamais, mais jamais, recevoir:

«Ha bonjour, oui alors on a essayé de vous joindre ce matin un peu plus tôt, mais c'était votre répondeur, alors c'est bien que vous nous rappeliez parce qu'on voulait vous dire quelque chose, oui alors ce matin, tôt hein, vers 5 heures les infirmières sont passées voir votre maman, ce qu'elles font tous les matins, hein, et alors elles se sont rendu compte qu'elle était morte dans son sommeil, ce matin, alors voilà, faut passer, hein? faut venir, hein ?»

Le plus cruel des constats:
« La chambre a été faite. Il ne reste rien »

Et alors, on fait un pas dans le vide...  Maman est morte! Le mot «orphelin» ou «orpheline» vous tape dans la cervelle comme un glas sans fin. 

Ainsi va la vie! Allez, ne soyez pas (trop) triste: profitez des moments heureux, des petits comme des grands!

Merci de me lire! Je vous reviens bientôt...
_____

lundi 23 août 2010

Les temps traversés - Michelle Grangaud / Météo des plages - Christian Prigent / Extraits. Poésie.

Il vient de paraître aux Éditions P.O.L. des recueils de poésie. J'ai choisi, pour vous et moi, 4 poètes. Aujourd'hui, je vous présente deux de ces recueils: celui de Michelle Grangaud, Les temps traversés; et celui de Christian Prigent, Météo des plages. Le couple est le thème commun aux textes de poésie que je présente en cette journée grise et pluvieuse -de quoi l'ensoleiller. Un homme, une femme, tralala... un flirt... Eh bien non, vous n'y êtes pas... Aussi, pour nous comprendre, fions-nous à ce qu'en dit mon ami Le Petit Robert: couple vient de cople (1190), qui vient du latin copula, signifiant «lien, liaison».

«Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément»
Nicolas Boileau, L'Art poétique, 1674

Vous m'entendez venir avec mes jolis sabots... Chez Michelle Grangaud, les couples sont des bimots (substantif + adjectif) que rapprochent leur date d'apparition dans la langue française; Christian Prigent, pour sa part, fait le lien avec la météo et la plage. Les auteures «masqués» dont je vous réserve la surprise aborde aussi la question du couple, mais à leur façon... Vous verrez!

¤¤¤

Michelle Grangaud, LES TEMPS TRAVERSÉS, P.O.L., 176 pages

«Reclasser les mots de la langue française (dans l'idéal : tous les mots) par ordre d'apparition dans l'écrit,
c'est le but que je poursuis, désormais, et qui procure de très agréables promenades à travers le temps.»
Michelle Grangaud
Le magnifique dictionnaire historique d'Alain Rey, paru en 1998 -et que je possède en version papier Bible: un vrai trésor!- , est la base sur laquelle l'ensemble du travail présenté dans Les Temps traversés a pu être réalisé.
Il se trouve que ce que les oulipiens nomment les bimots (substantif + adjectif) sont très présents, dans ce dictionnaire, datés, et en quantité suffisante pour qu'il soit possible d'en tirer des poèmes en forme de «Morale élémentaire», forme inventée par Raymond Queneau dans les dernières années de sa vie, et forme spécifiquement visuelle. Forme conçue pour la lecture silencieuse (les yeux seuls, avec le secours éventuel de l'oreille interne), lecture plus recueillie que l'autre.
Les morales élémentaires ici présentées sont millésimées, comme les vins, c'est-à-dire que, pour chacune tous les mots qui y sont utilisés (à l'exception des mots outils, articles, prépositions, conjonctions, verbes auxiliaires, etc.) proviennent d'une même et unique année; parfois, mais exceptionnellement, quelques années (une dizaine au maximum, le plus souvent deux ou trois) sont réunies pour former un seul poème.
La langue y apparaît pour ce qu'elle est en permanence, un cru délicieux. Cette œuvre séculaire qu'est la langue française, presque entièrement anonyme, et d'ailleurs collective, possède indiscutablement, comme toutes les autres langues du reste, un charme surpuissant.

Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey, Le Robert, 1998.
Michelle Grangaud choisit donc des mots dans ce dictionnaire d’Alain Rey, selon leur date d’apparition dans la langue française pour les mettre en poème, s’inspirant de la forme fixe inventé par Queneau en 1975. Voici des exemples de couples formés:
«Verge virile» et «Souverain pontife» (1509),
« Esprit fertile» et «Maladie secrète» (1558-1559),
« Galimatias» et «Homme de lettres» (1580),
« Histoire critique» et «Idée fugitive» (1677-1678)
« Sciences occultes» et «Mine patibulaire» (1690),
« Glandes salivaires » et « Filet mignon» (1718),
« Allitération» et «Sel sédatif» (1751),
« Roman historique» et «Tohu-bohu» (1763-1764),
« Instruction publique» et «Phallus impudique» (1791),
« Connaissances chimiques» et «Aliénation mentale» (1801),
« Tapage nocturne» et «Effluve magnétique» (1834),
« Scrutin proportionnel» et «Symphonie funèbre» (1839-1840),
« Père Noël» et «Exposition universelle» (1855),
« Langage artificiel» et «Herbe folle» (1890),
« Gaz asphyxiants» et «Complexe œdipien» (1916-1917),
« Narcoleptique» et «Europe galante» (1925-1927),
« Maison close» et «Ouvrier spécialisé» (1931),
« Camp nudiste» et «Génitif objectif» (1933

Si l’on voit défiler certains couples bras-dessus bras-dessous, d’autres laissent perplexes, à vue de nez, évidemment.. En l'an 1509... quel curieux couple, n'est-ce pas?

Extraits
(Fin XVIIe siècle)
«Dans le demi-sommeil
le bombardement
apparaît comme
un plagiat du spinozisme
dans un club
de matérialistes»

(1793)
«Le nivellement
des fortunes
c’est le mot
d’ordre pour
apprécier
le drame
de la vie»

(1803)
«Le secrétaire
de mairie va son
petit bonhomme
de chemin
comme la péniche
avec son hélice
à vapeur»

(1812)
«L’abbesse mène une
guérilla contre
la primipare
qui travaille comme
un nègre pendant
que l’abbesse dort
du sommeil du juste»


Une page du recueil - Début XVIe siècle, 1501-1509:























Le curieux couple «Verge virile» et «Souverain pontife» (1509)», vous le retrouvez? L'enchaînement des mots nous aide à y voir clair... Quelle inventivité! Admirable travail de moine... qui respire la joie.**

¤¤¤

Christian Prigent, MÉTÉO DES PLAGES, P.O.L. 144 pages.

Christian Prigent sous-titre son livre « Roman en vers », et de fait il s'agit à la fois d'un roman, d'un roman autobiographique dans la veine des derniers livres de l'auteur (Demain je meurs, Grand-mère Quéquette), et d'un livre de poésie.
Soit une journée à la plage, du « petit lever » au « nocturne » final, en passant par « pique-nique » et « petit quatre-heures ». D
Des personnages passent (parentèle, filles convoitées, déités en stage dans des marines rococo). Des événements ont lieu (idylles, marées noires, footing, noyades). On dialogue sur quelques points de morale et d'esthétique.
C'est donc du roman (quoique tué dans l'œuf). Mais en vers. Ces vers sont métrés (mais impairs, non mélodiques), rimés (même si souvent par acrobaties bouffonnes) et distribués en quelques centaines de quatrains.

Extraits*
Météo(rologie) : de meteorôlogia (= qui parle
des phénomènes célestes) ; de meteôros
(= haut, élevé, céleste / exalté, excité / dressé,
levé / incertain, instable) ; de airô (= lever,
exalter, emporter, détruire…).

Plage : de plagios (= oblique, penché, trans-
versal); rivage en pente douce, constitué de
débris ; espace de temps ; plage d’équilibre :
surface représentant les positions d’équilibre
dans les cas de frottement.

Prologue
(souvenir de Sandycove)

1
Sic : « le temps des corps fait des matières »,
Allons : au beige ou bleu des filières,
Erre ! In Arcadia (hic), rien est la Gloire
(Aura) des lieux, décors : bois-y ton déboire !

Car il n’est pour Ulysse ni (cyclope au
Seul oeil) toi (H.C.E. ? Dedalus ?) ni même
N’est Ithaque, ce lieu, Sandycove, aux eaux
D’huile lisse sur le sable extrême-

Ment bleu des éblouissements.
Tout (l’eau meuble, les effrangements
De soleil froid) flanche, plie : tu ne
Vois ni l’île ni bl OO m ni voiles ni le vitreux

Mazout – pourtant tout tu le sais y est,
Tout (l’Égée Kells Erin Anna Livia Plurabella)
Bobine dans ton crâne son cinéma, tout ça
Renaît si tu le veux, oui, si tu l’essaies.
p.11

2
Mais non : cy sont non noms mais plus ou moins
Matières, chairs, toutes d’odeurs pourries,
Émues d’ébullitions, subtiles ; mais dessous, loin
Dans la poudre d’oubli pulvérisée de ?, de si

(Zéro, rien, nada), tout roule boue, goémon
De quasi, d’enfin – d’appeaux de significations.
Etwas (quelque chose) : ce vase où tu (te) ch
(O)ies, c’est l’estran, l’étrangement mâch

É (naufrages, frai) – ou c’est comme ta tombe (ta
Dose de réel), la vase sans nom (ton poids
De défiguration, ta réincarnation en non,
Ta marche à même toi dans les oxydations).
p.12

3
Va, Personne est (avec) toi parmi les cris
Des sternes (nausée), la furie frêle
Des merdes, ou embruns, des ailes
(Nausicaa !), des pluies de plumes – si

Tu bouges, fétu de un parmi les nombres,
Vomis et tremble que ça ne sombre,
Tout, toi (viandes abolies, choses sans
Bords, roulis, crocs de rocs), niés dans

Cet énormément palpitant sonnant tour
Billon. Mmmm ! Monte, déplie-toi, cours,
Et meurs, âme, anémone de déraison,
Fleur de papier dans la luxueuse confusion.
p.13

4
C’est calice de délice cet évincement, cette
Négation douce-bleuissante. Coeur aux lèvres tu
Ne sens plus que l’éboulement, tu jettes
(La mémoire : crachat !) ta soupe de savoir échu

Dans le ressassement sec en bas, têtu, le
Ressac d’oubli qui frappe – Dieux que
Comme tes os la croûte maçonnée qui file
En bas dans l’ignoré est frêle, est labile !
p.14

Logue
(scènes de plage, 1948 > <2008)

I

On met son short et on y va

L’été, les fesses sont pâles
Benjamin Péret

1
(petit lever, 2006)

Oui, ça effraie ici, les mégaphones goélands
(Hymnes grincés ! voltes !) et l’épouvantable-
Ment dispendieusement palpable
Amenuisement de soi dans ce trem-

Blement. Bleu menteur, pâlis ! Liqueur
De haine, enivre les cœurs de bulles
Ulcérées ! Zéro mot, mobilité nulle.
Ultime image : agis = pisse (bonheur !)

Ta peur, copeaux de l’épaisseur, écor
Ces ou même les noirs, les virgulés scor
Pions en suspension genets; ajoncs.
Ainsi tu te divises, tu règnes : exaltation !
p.19

2
(panoramique)

« C’est la vie » (sic : dit quand tout est mort
Ou jonche près, quasi) – rumeur (l’aéroport)
Virgule l’épais, et brille, ou c’est le cor
Moran qui épingle un blanc. Furoncle d’or

Ou masse saumon y gonfle : grain !
Et les belles îles dans l’éclat plus loin,
Où vaches, mousses, clapot, sont dans
Ces vapeurs, nues, longues, seins luisants.

Pente à peine virgule Nike c’est pâle c’est la
Lèvre de plage (plaie de détritus, la belle !)
Gercée d’émois obliques. Sous l’aisselle
De la falaise l’informe pue et ploie.

Soleil pareil : il s’écrabouille – elle
Le boit, la mer, ou s’en barbouille
Et bave, lavis, ligne molle. Une nouille
(On disait horizon) scinde & mêle

Du mouillé du démesuré un falbala
De confiture (framboise) ; et de l’autreu
Côté (les ours, pingouins) dégoise un bleu
Électrique : on met son short et on y va.
p.20

3
(travelling)
Oh, c’est folklo dans les bistrots d’oriflammes gais,
La culture localisée rock et pommes d’amour ! Mais
L’alcool au centre tremble de lumière forte, hop : canard !
Et ce sac à main qui bouge c’est un chat. Puis on part

S’user, sous des risées et la petite pluie des sucres
Glace dans la descente oblique, les orteils
Aux rocailles ou se bleuir à des températures
Vu les épanchements pleuraux. Clic : clin de soleil !

À 0,52 m c’est entre épinard et poireau pâle ou
Prasin, les taxifolia dégobillées sur la plaie courbe
Par des étirements de langues de vagues. Puis : tourbe
Sèche et la chiffonnerie vanille et beige où nous

Risquons des plantes méticuleusement pâles que les cron
Cron de coques irritent jusqu’aux ganglions fourrés
D’iode. Au mi : la compression quinteuse des poumons,
Les taquineries en rafales dans les cheveux dégominés.

Devise au front de ciel sous feuillées nimbus : Sic
Nous transit glauque la ria maudite. Mais le flic
Floc dans la gadouille des plasticités pratiques
Pour pas s’arracher la couenne aux berniques
p.21

Deux vidéos sur YouTube nous aident à saisir le procédé de création du poète, et mieux apprécier son travail -car, c'est un travail, je le répète en m'appuyant sur nul autre que Boileau:
«Ô vous donc qui, brûlant d’une ardeur périlleuse,
Courez du bel esprit, la carrière épineuse,
N’allez pas sur des vers sans fruit vous consumer,
Ni prendre pour génie un amour de rimer.»
Nicolas Boileau, L’Art poétique, 1674

Que les rimailleurs, qui envahissent le marché, se le tiennent pour dit!





Vous avez lu? Vous avez vu? Alors le Soleil de la beauté vous habite!
C'est, du moins, ce que je vous souhaite de tout mon cœur.

Excellent journée! À bientôt...
___
Je vous invite à consulter régulièrement les (excellentes) Éditions P.O.L. Et pourquoi pas vous abonner à la lettre d'information...
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* Extraits tirets des pages en PDF sur P.O.L.
** Pour lire d'autres extraits, consulter le PDF sur P.O.L ici.

dimanche 8 août 2010

Nouveautés. Chevaillier - Ray - Wachill - Venaille - Romarès / Collection blanche, Gallimard. Poésie.

J'aurais pu intituler mon blogue «Sur un banc de parc, en été», car les beaux jours -Ah! les beaux jours- sont là pour un bon moment encore. J'aurais pu aussi bien l'intituler «Salle d'attente, en automne», car... on sait pourquoi, inutile d'insister. Pour lire sur ce banc de bois ou sur cette chaise en plastique, rien ne vaut un livre de poésie. Vous lisez un poème ou un bout de poème, puis vous le laissez trotter dans votre tête, le nez en l'air... pour admirer le paysage ou pour laisser passer -excusez, madame; pardon. monsieur; pour supporter l'«imbroglio de voix». Essayez, vous verrez «ça fonctionne». Un roman, un récit, un essai... c'est pour les déplacements en train. Justement, dans mon prochain blogue, je vous proposerai un récit à lire dans le train... ou chez soi.

J'ai puisé dans la Collection blanche de Gallimard des nouveautés. Les voici, par ordre de lecture:
[] Louis Chevaillier, jeune poète, qui nous séduit par son imagination débridée avec son «Icare en transe»;
[] Lionel Ray, qui nous donne à entendre les sons harmonieux de ses mots dans «Entre nuit et soleil»;
[] Hassam Wachill nous joue des partitions musicales dans «La rive-errance»;
[] Franck Venaille, grand poète et marcheur, reconnu comme un «passeur d'émotions et de défis» nous livre son chant incomparable dans «La descente de Lescaut»;
[] Alexandre Romanès, dans un style naïf, livre ses pensées et trace des tableaux ancrés dans la vie quotidienne, proches de la vie, proche de la mort, dans «Sur l'épaule de l'ange», avec une préface de Christian Bobin
Voici donc, pour chacun de ces livres, des extraits et des commentaires.

Louis Chevaillier - Icare en transe
¬¬ __ Métro
«Le métropolitain il tangue
et je crois voir cet imbroglio de voix
enfler et tourner
à croire que seuls ceux qui lisent
sont muets
si d’autres défrisent
C’est l’ombre d’une ville sur les tempes du Nil
où l’œil racé s’envole
vers d’autres vignes
aux bonnes heures la crue est telle que
je ne sais plus penser.»
ICARE EN TRANSE, Collection blanche, Gallimard, 72 pages, 2010.

Commentaire.
«… Le Penseur » de Rodin éternue et le métro tangue sur le Nil. La grande ville n'a plus de frontières : elle se prolonge jusqu'à Dakar, Brasilia, Essaouira, Ankara. De Pigalle à Montparnasse, Louis Chevaillier traverse la capitale comme un miroir. C'est un héritier très triste, très drôle, du surréalisme.»
"Si Paris est l'oeil/de quelle longueur sont les cils". Transe assurée.» Jérôme Garcin, BibliObs(1)


Lionel Ray - Entre nuit et soleil

¬¬ __ premier extrait
«Me voilà une fois de plus parmi les mots épars,
Est-ce au centre, en marge, à la périphérie?
Je ne sais trop qui je suis, eux-mêmes le savent
Ou ne le savent pas, mais toujours poursuivant

En eux mon chemin obstiné, je mesure de l'un
À l'autre que du temps précieux a passé,
Un temps sans retour. Et moi tel un aveugle
Je suis quelqu'un qui cherche un univers

Absent. Il est encore bien tôt. Le soleil n'a pas encore
Posé ses douces griffes de lumière sur la page

Et je distingue à peine voyelles et consonnes,
Ces phrases qui me ressemblent et qui parfois hors de moi
S'éloignent, semant çà et là quelque poussière d'astre ou
Rien, seulement des ombres qu'on ne reconnaît pas.»

Lionel Ray - Entre nuit et soleil
¬¬ __ deuxième extrait
«…une voix tout à coup comme à l’horizon proche
la perfection de l’oubli c’est le toucher d’un invisible feu
ce fil inconnu l’empire des soifs ta voix
comme un frôlement de fougères un songe où c’est mourir
sans blessure tout à part soi le réel semble avoir été
inventé ce matin avec des raffinements de primevères
cette fraîcheur blanche inexplicable une manière de seconde
vie un rivage où l’on vient perdre son ombre
une fois pour toutes
ô ta voix mon miroir ma danse mon opéra.»
ENTRE NUIT ET SOLEIL, Collection blanche, Gallimard, 112 pages, 2010.

Commentaire et extrait.
«Ecoutons enfin bruire les harmoniques de Lionel Ray, sur le rythme un peu déhanché qui nous rappelle Armen Lubin», Claude Pirotte, L'express(2):
¬¬ __ Entre nuit et soleil
«Cette heure seule dans le crépuscule d'été :
on n'entend déjà plus qu'un bruit de clefs.
Les mots changent, sable de plus d'éclat,
sans brume ni reflet sinon la voix.
Les mots changent de base et de fenêtre,
inquiets du surcroît de silence qui les pénètre.
Poussière à jamais, est-ce un dieu qui dort
dans la mémoire étrange de l'aurore ?
Ou bien les années revenant de plus loin
ayant perdu la lumière en chemin ?
L'hiver est proche et sa douceur déborde
et la nuit tourne en moi étourdiment.
La beauté pend à cette corde
comme un corps trop usé, gémissant.»


Hassam Wachill - La rive-errance


«J’entends ta respiration sur
le toit de mon rire…
si près qu’aucune crainte…
et vois à travers la grande verrière
de la gare un après-midi…
Plus tard, nous promet le gris
profond au-dessus
du verre et les entrelacs
de ferraille à travers quoi je vois
les herbages dans le ciel.
LA RIVE-ERRANCE, Collection blanche, Gallimard, 104 pages, 2010.

Commentaire et extrait.
«Et puis que dire de l'œuvre de Hassam Wachill, sinon que la musique l'imprègne et la transcende. Claude Pirotte, L'express(2):
¬¬ __ La rive-errance
Une voix suit une ligne aux phrases qu'elle seule
doit porter, on croit qu'elle va s'éteindre parmi
les troncs grêles, qu'elle va s'en aller dans la solitude
de l'herbe avec des broussailles noires, c'est alors
qu'elle se fait plus nostalgique mais sans devenir
un simple ornement, sa mélodie toujours très pure.
Elle semble envelopper la terre dont elle est
sortie comme pour l'engloutir dans sa mélodie telle
une mère qui veut bénir l'oeuvre perdue,
charriée par les premiers torrents de printemps.


Franck Venaille - La descente de l'Escaut


Présentation.
«Avec La Descente de l’Escaut, Franck Venaille se tient au plus près des terres, des rives, du pays dont il fait son emblème. Il marche, entre France et Belgique, se rêvant, se voulant, se révélant "Flamand". La voix de Venaille, pressante, coupante, par saccades, remous ou lentes dérives, change insensiblement une expérience douloureuse, une destinée meurtrie, en un vaste chant maîtrisé. Polyphonie qui accueille tous les rythmes pour mener la plus digne et la plus implacable quête, La Descente de l’Escaut s’impose comme une œuvre majeure. Il y a là, creusant l’effroi au plus intime, une parole toute de noblesse qui, d’un seul cri, sait créer défi et tendresse.
«Sarcastique, désespéré, violent, fragile et froid, Franck Venaille fait entendre depuis son premier recueil des années 60, une voix singulière, solitaire jusque dans l’expression de la fraternité. D’abord poète du « vivre-révolté », du cri en forme d’exorcisme, Venaille devient ensuite un écrivain en conscience. Le spontané, l’éruptif, passent derrière plusieurs écrans et l’écriture accède au labyrinthe, restitue le processus intérieur qui creuse, dénude et tout à la fois obscurcit. Chaque poème, chaque récit se voient investis de hantises scrupuleuses, de phrases brutalement timbrées, et qui mettent le sens à vif et les sens en alarme.
Mais, chez Venaille, le ressassement tragique se défie des parures de la tragédie ; il s’oriente plutôt vers l’ironie sauvage, soudaine comme un coup de couteau, et les bouffonneries teintées de sperme et de sang. Surtout, l’agencement des phrases, la scansion des vers, le métier d’écrivain qu’il ritualise presque, lui permettent de choisir ses territoires et d’inventer son langage.
De la source à l’embouchure, il suit le fleuve, il suit son fleuve, son poème. Littéralement et pas à pas, il compose un « poème-fleuve » qui garde toujours à l’oreille cet écho de Maurice Maeterlinck :
«Il se peut que les maladies, le sommeil et la mort soient des fêtes profondes, mystérieuses et incomprises de la chair».
LA DESCENTE DE L'ESCAUT suivi de TRAGIQUE, préface de Jean-Baptiste Para, Collection Poésie/Gallimard, 320 pages, 2010.(3)

Commentaire et extraits.
«Un homme marche, obstinément, longeant un fleuve lent, des collines de l'Artois à la mer du Nord. De ce voyage initiatique "dans la fêlure du monde" est né un ample et sublime poème, La Descente de l'Escaut (Obsidiane 1995), qui pourrait être un Bateau ivre ou une Prose du Transsibérien pour notre temps. (…)
D'amont en aval, c'est d'abord un parcours de près de cinq cents kilomètres, par les chemins de halage, les docks et les entrepôts.
"Marcheur, ô sentinelle/ qu'entends-tu de la nuit? /Des crissements d'ancres/ Des plaintes de granges ouvertes sur l'eau./ Marcheur, ô sentinelle nocturne/ Quel est cet homme s'activant près du brasier ?"
Mais le voyageur, le "wanderer" solitaire - un "réfractaire au bonheur" qui marche aussi pour se connaître - s'interroge sur le sens de cette marche rédemptrice:
"Ce que je cherche ne s'apparente pas à la beauté. Ce que je reçois du fleuve est semblable à la grâce." »

«Fougue noire et ascèse. Dans ce vaste chant admirablement maîtrisé, "le ton Venaille" s'impose, par-delà les formes et les rythmes poétiques les plus variés. C'est, au plus près du souffle, une écriture des profondeurs, comme venue du maëlstrom, avec sa véhémence et ses cris muets.
Mais le poème est aussi scandé par de nombreuses citations en exergue, d’Emile Verhaeren, Hugo Claus, Henri Michaux et surtout, au coeur du livre, celle-ci, de Maurice Maeterlinck: "Il se peut que les maladies, le sommeil et la mort soient des fêtes profondes, mystérieuses et incomprises de la chair. " On pourrait aussi déceler l'influence de la peinture de Permeke ou d'Ensor. (...). Monique Petillon, Le Monde des livres.(4)


Alexandre Romanès - Sur l’épaule de l’ange


Préface. «Lire Alexandre Romanès c'est connaître l'épreuve de la plus grande nudité spirituelle. Juste une voix et surtout le ton de cette voix : une corde de luth pincée jusqu'à l'os, ce luth dont il a joué dans sa jeunesse. Les morts doivent parler avec la même douceur sourde et sans reproche. À la lecture c'est comme si on traversait une larme. Cette larme que le poète refuse de verser fait l'humanité profonde de son livre. Il y a de l'eau, c'est tout, et un tout petit brillant de sel. Dans la dernière partie du livre, il y a de l'air. On a atteint la chambre des résurrections. Une douceur sans mélange, si pure qu'elle fait éclater la vitre de la mort. C'est le silence désormais qui tient le livre entre ses mains.» Christian Bobin

Table des matières.

Petites pièces pour luth / Dans l’herbe tendre, 48 / L’accusateur, 64 / Près de toi, 72 / Les beaux jours, 80.

Extraits (les poèmes n'ont pas de titre, les astérisques sont de l'auteur, les pages sont aérées).
¬¬ __ Sur l’épaule de l’ange
«Le ciel, donner et Dieu
Dans la langue tzigane,
C’est le même mot.» (n.p.)

«Petites pièces pour luth» (n.p.)

«J’ai partagé le monde en deux :
D’un côté il y a ce qui est poétique,
De l’autre côté ce qui ne l’est pas.
Ce qui est poétiques existe à mes yeux,
Ce qui n’est pas poétique,
je ne le regarde même pas.» (p.19)

«Je n’ai pas été à l’école
Et je n’en n’éprouve aucun regret.
*
Les gens qui se croient importants
Ont à mes yeux moins d’importance
Que les dessins d’enfants
*
La première fois
Qu’on m’a appelé monsieur
J’ai été stupéfait.
Avec le temps je me suis habitué
Mais moi je me vois toujours
Comme un petit garçon de dix ans.» (p.20)
L'ÉPAULE DE L'ANGE, Collection blanche, Gallimard, 96 pages, 2010.(5)

Folle imagination, harmonique de sons, partition de musique, un long chant, une poésie naïve.
Belle est la poésie!
Beau sera votre dimanche, en ce début d'août: tel est mon souhait!
_____
Sources consultées:
(1) Icare en transe, par Jérôme Garcin, BibliObs.
(2) La chronique de Jean-Claude Pirotte intitulée La chanson, idéal poétique, L'Express.
(3) Sur le site de Gallimard, tout comme les autres extraits.
(4)La Descente de l'Escaut suivi de Tragique, de Franck Venaille : le "voyage d'hiver" de Franck Venaille, par Monique Petillon, Le Monde des livres.
(5) Gallimard, sur le site Eden livres.

mercredi 14 juillet 2010

14 juillet 2010. Bonne fête nationale! Chantons la Marseillaise – Rouget de Lisle / Romance des quarante mille – Aragon. Poésie.

En ce 14 juillet 2010, je souhaite aux Français et Françaises de France, aux Français et Françaises du Québec, et de partout dans le monde, une «Bonne fête nationale!

Vive la France! Vive la République!
Égalité, Fraternité et Liberté!
Levons le verre de l’Amitié!

Bleu Blanc Rouge, le Coq gaulois et le Fleur de lys à l'unisson!
[Logo de la Société française du Québec fondée en 1875]

Il y a longtemps que je t'aime...
Jamais je ne t'oublierai...


Chantons la Marseille, tous ensemble et en harmonie, dans un grand concert de fraternité. Mais avant d’entonner «Enfants de la Patrie», un court rappel de son origine. Et pour chanter la Marseille jusqu’au bout et sans (trop) ba-bafouiller, révisons ou apprenons le texte; je crois –sans prétention- que les Français y trouveront leur compte, mais aussi, et surtout, les amis –fort nombreux et fort chaleureux- de ceux-ci.

Origine de la Marseillaise
Ce chant de guerre révolutionnaire et hymne à la liberté, la Marseillaise s'est imposée progressivement comme un hymne national. À la suite de la déclaration de guerre du Roi à l'Autriche, un officier français d’artillerie en poste à Strasbourg, Rouget de Lisle (1760-1826) compose, dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, chez Dietrich, le maire de la ville, le "Chant de guerre pour l'armée du Rhin". Berlioz en élaborera une orchestration qu'il dédie, fort justement, à Rouget de Lisle.

Ce «Chant de guerre pour l'Armée du Rhin», fut adopté et popularisé par le bataillon des Marseillais appelé à Paris à l'occasion de l'insurrection du 10 août 1792. «La Marseillaise», ainsi nommée, devint chant national par décret du 26 messidor an III, soit le 14 juillet 1795, jusqu'au Premier Empire. Elle devint l'hymne officiel de la France le 14 février 1879.
L'hymne ne comprenait à l'origine que six couplets. Un septième -«la strophe des enfants»- fut ajouté en octobre 1792 par Gossec lorsque « l'Offrande de la liberté, scène religieuse (!) sur la chanson des Marseillais » dut présenté à l’Opéra.


La Marseillaise
1er couplet
Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

Refrain
Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

2e couplet

Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage
Quels transports il doit exciter !
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !

3e couplet
Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !

4e couplet
Tremblez, tyrans et vous perfides
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !

5e couplet
Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
A regret s'armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

6e couplet
Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

7e couplet
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre


Romance des quarante mille
Aragon
Qu'ont dit mourant les cheminots de Rennes
Qu'ont fredonné les cachots de Paris
Cette clameur que les bourreaux entraînent
Chateaubriand les passants la reprennent
Et fusillé le refrain refleurit

Désespérant ailleurs te faire taire
Voici chez toi les étendards gammés
Chanson qu'avant nous nos aïeux chantèrent
Tu disais vrai Chanson des Volontaires
Et dans nos bras saignent nos bien-aimées

Tes mots avaient toujours ici le sens
Dont se grisa l'Europe en d'autres temps
Et les tyrans pâles de leur puissance
Vinrent chercher où le chant prit naissance
Dans le Vieux-Port ce cœur rouge battant

Quel poing de fer a frappé sur la porte
Que voulez-vous fils de la trahison
Qu'avons-nous fait qui fait qu'on nous déporte
Comme à des serfs qui tombent en mainmorte
Oserez-vous nous prendre nos maisons

Où je suis né laissez-moi que j'y meure
Dit le vieillard à ceux qui le chassaient
Quoi Des Français nous volent nos demeures
Quoi Des Français se sont faits écumeurs
Pour l'ennemi torturant des Français

Ça des Français Les enfants les regardent
Avec des yeux qui croient qu'on les trompa
II faut s'enfuir avec de maigres hardes
Ça des Français Ô Vierge de la Garde
Vous les voyez et vous ne bronchez pas

Que l'étranger ne trouve que les braises
De notre haine au foyer déserté
Janvier vengeur souffle une Marseillaise
Par les fenêtres où vont valser les chaises
Jette ton cœur s'il ne peut s'emporter

Quarante mille en marche vers le bagne
L'étrange chaîne et l'étrange convoi
D'Afrique vient qui tourne et l'accompagne
Un vent d'espoir dont blêmit la campagne
Et la chiourme écoute cette voix

Un air ancien dont les tyrans s'émurent
Siffle ce soir au simoun d'Algérie
Quarante mille en marche et qui murmurent
Cet air issu Marseille de tes murs
Quarante mille enfants de la Patrie.
(La Diane française, P. Seghers, 1945, p. 46-48.)


Claude Monet. La rue Montorgueil, à Paris. Fête du 30 juin 1878.

Commentaire. La rue Montorgueil, comme sa jumelle La rue Saint-Denis, est souvent vue comme une célébration du 14 juillet. En fait, elle est exécutée le 30 juin 1878 à l'occasion de la fête de clôture de l'Exposition Universelle, manifestation d'enthousiasme national et républicain quelques mois seulement après les grands affrontements de 1876-1877 entre républicains et conservateurs [Référence: Musée d'Orsay]

Rendez-vous sur le site «L'histoire par l'image» pour lire l'article «Le 30 juin 1878, une fête "vraiment nationale"» qui présente le contexte historique de l'œuvre, une analyse de l'image et une interprétation. Vous aimerez... c'est ici.

Ce 14 juillet 2010. Bonne fête nationale!

Amis Français et Françaises, je vous exprime mes amitiés, et vous donne l'accolade!

vendredi 9 juillet 2010

Noces d'or. 50 ans de mariage. Poésie

Noces d'or. 50 ans de mariage... ça se fête! Évènement peu commun de nos jours où les couples se font et se défont, puis se recomposent, bougent sans cesse, les 50 ans de vie commune d'un couple méritent d'être soulignés, vous en conviendrez.
En hommage donc à tous de ces couples, ces épousés du 9 juillet 1960, en particulier à A. et L., j'adresse mes meilleurs vœux de bonheur, de santé, et de longue vie à deux en amoureux.
Vivent les mariés!

Suite au bref mot d'entrée en matière qui suit, j'offre un radieux bouquet de poésie pour célébrer les...
Noces d'or des mariés de juillet.

Origine et tradition
La célébration des anniversaires de mariage est d'origine païenne et assez obscure. Au début, ces commémorations ne concernaient que certains anniversaires, soit: les noces d'argent, pour les 25 années de mariage; les noces d'or, pour les 50 ans; et les noces de diamant pour les 75 ans de mariage. La célébration des anniversaires de mariage, courante dans la petite bourgeoisie urbaine, se serait répandue dans les campagnes au XIXe siècle. Et elle se perpétue de nos jours… et s’est même étendue: chaque anniversaire de mariage, depuis la première année –noces de coton- jusqu’à la centième année de vie commune –noces d’eau- peut se célébrer. En somme, c'est une tradition dans nombre de pays, quoique la façon de fêter varie d’un pays à l’autre.


Poème dédié à vous deux

C'était il y a ... 50 ans.

Parce que nous sommes bien ensemble,
parce qu'il y a en toi, parce qu'il y a en moi
quelque chose que nous ne savons pas dire
et qui te convient et qui me convient.

C'était il y a… 50 ans

Aujourd’hui comme hier et comme … demain
Se comprendre à demi-mots, à demi-voix.


Voici , en hommage, un magnifique bouquet de poèmes

Ces mots

Ces mots d’accueil
Ces mots de douceur
Ces mots de soutien, de foi et d’espérance
Ces mots qui rassurent, bercent et réchauffent
Ces mots qui enveloppent, réconfortent, encouragent,
Qui enlacent
Et embrassent
Tous ces mots
Qui ouvrent des fenêtres
Sur le bonheur,
La pétillance
Et la lumière

Ces mots qui distillent l’Amour
Tous ces mots
Adressés d’un regard
D’un simple geste
D’un sourire

De tous ces mots
Qui de toi rayonnent
Je voudrais aujourd’hui
Tresser une guirlande
En forme de cœur

Et en son centre
Placer une rose
Au bouquet exquis
De mille mercis
Thomas Van Bellinghen


Le silence
Je sais des silences éloquents
Qui trahissent les pensées voilées
Délicatesse d'un amour émouvant
Se dénudant enfin sans oser s'exprimer

Je sais des silences épuisés
Qui alanguissent les amants oublieux
Du temps qui s'enfuit énervé
Accrochant leurs regards soucieux

Je sais des silences ternes
Qui font mourir d'ennui
Les pensées se figer et les yeux lanternes
Paupières évasives se cillant à demi

Je sais des silences malheureux
Qui taisent leurs angoisses
Malmenés par la vie, effrayés honteux
Dans leur bouche amère se meurent des paroles lasses

Je sais des silences victorieux
Qui affichent sans pudeur aucune
Des triomphes faciles, douteux
Balayés par les vents emportés par la brume
Raymonde Verney


Aux noces de nos amours
Ce sera peut-être un soir de printemps
Quand la douceur du temps chauffe le vent
Un matin d'été aux couleurs de ciel
Une après-midi d'automne au goût miel

Il se peut que se soit un jour de gel
Au cœur d'un hiver sec surnaturel
Ou sous la pluie chaude d'un orage
Au bord du temps d'un nouveau rivage

Je ne sais où et je ne sais pas quand
Mais ce temps existe comme un serment
Prononcé depuis le tréfonds du cœur
Il se construit en revers des erreurs

Demain dans quelques mois ou quelque temps
Nous saurons être à nous-mêmes aimant
Le désir qui viendra nous éclairer
Le chemin où fleurissent les baisers

Je t'espère au fil des jours libérés
Des folles craintes de l'amour piégé
Au jeu stupide de la séduction
Creusant le vide des séparations

Nos pensées fleurissent des images
De ce souffle de vie paysage
Des mots secrets de langues sur la peau
Qui brûlent en nous sans aucun repos

Nous nous retrouverons pour les noces
De nos amours qu'un peintre fou brosse
A notre insu sur les toiles du temps
Pour mordre à vif aux plaisirs des amants.
Jean-Marc Buttin


Le jour des noces
Tout à coup, les oiseaux
S'arrêtèrent de voler,
Et puis aux alentours,
Le silence se fit lourd;
Le ruisseau qui bruissait,
Coulait, bien plus tranquille,
Et le vieux chien berger
Se secouait d'allégresse;
Nous les vîmes ressortir
De la humble chapelle
Où ils s'étaient mariés;
Elle ouvrait le cortège,
Ayant l'air de flotter
Dans sa longue robe blanche,
Et ses grands yeux vert-gris
Scintillaient de bonheur;
Lui, retenant sa main,
Évitait de l'étreindre,
Sachant que cette nuit
Finirait l'abstinence;
C'était là le début
D'une histoire ordinaire.
Bernard Lanza


Les noces

Noces d'argent ou noces d'or ?
La vie nous apprenait sa ronde...
Rappelle-toi nos jeux d'alors
Lorsque nous refaisions le monde !

Nous avons pris tant de chemins
Et vu passer tant de nuages,
Mais, nous allions main dans la main,
Soleil ou pluie sur nos visages.

Dans le terreau de nos deux cœurs,
On a planté les mêmes graines
En cultivant notre bonheur
Et ne glanant que ce qu'on sème.

Coulaient les mois, coulaient les ans,
De confidence en confidence,
Nous sont venus des cheveux blancs,
Qu'ils sont loin les jeux de l'enfance !

Mon bien aimé, je t'en supplie,
Ne regrette pas la jeunesse,
Car si le temps nous a trahis,
Mon cœur est rempli de tendresse.
Cypora Sebagh


Noces
Le rêve né en suspension,
Ils le prirent en pointillé,
Il était fait de sensations,
De fort amour éparpillé.

Ensemble ils avançaient vers une mer étale,
Vers un même destin, mille fois éludé,
En un décor parfait pour les cartes postales
Et le sable était doux sous leurs pieds dénudés.

Ils vivaient cet instant unique
Tel qu’il balance, suspendu,
Le bonheur d’un soleil oblique,
Pour un blanc matin attendu.

Ils venaient là pour voir les chevaux bondissants
Qui savent les secrets d’Amérique et de Chine,
Les espaces promis aux oiseaux frémissants,
Les poissons mordorés des profondeurs marines.

Ils étaient en lune de miel
Les épousés d’un grand naufrage,
Avec les yeux noyés au ciel
Et dans le cœur un gros nuage.

Ils allaient vers l’ailleurs qu’ils ne connaissaient pas,
Sur le sable doré comme en leur cœur naissait,
Une double blessure, à chacun de leur pas,
Que la brise légère, en passant, guérissait.

Ils étaient fous de leurs vingt ans
Mais ils couraient au désespoir
Et au bonheur en même temps,
Il n’était qu’eux pour le savoir.

Ils ignoraient pourtant la neige aux univers
Mais ils pensaient au fond -Demain, la solitude-
Et la séparation, le retour le l’hiver
Et le froid en dedans, le gel de l’habitude.

Ils rêvaient d’aurores nouvelles,
De toutes chaînes déliées
Et de ces blanches caravelles
Partant aux îles oubliées.

Ils voyaient l'horizon en des voiles flottantes
En entrant dans la mer aux eaux ensorcelées,
Les sirènes chantaient et la marée montante
Déposait sur leur corps, ses caresses salées.

Là-bas étaient tous les Ceylan,
Les grandes nattes à damiers,
Ils devinaient les goélands
Frôlant de l'aile les palmiers.

Ils allèrent au bout de leur rêve de gosses,
Les ondines tressaient des colliers de camés,
Elles chantèrent haut, en dansant à leurs noces
Et la mer ce jour-là, les unit à jamais.
Roger Vidal

Vivent les mariés de juillet!
Vive la Vie!
Vive l'Amour, encore et toujours!

Allez, soyez heureux! Que la vie soit bonne pour vous...

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