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dimanche 17 octobre 2010

Dual Core - Le droit au bonheur. David Azelay - Véronique Sauger. Poésie / Mineurs chiliens - Stéphane Laporte

Un dimanche de poésie, pour dire... pour dire la vie... En guide de présentation des textes de poésie de ce dimanche de la mi-octobre, je vous invite à lire des extraits de l'article -fort touchant- de Stéphane Laporte, intitulé «Nous sommes tous des mineurs chiliens.»

«... C'est ce qu'il y a de bien avec la vie: il n'y a que la mort qui puisse la battre. La vie est plus forte que tout le reste. Plus forte que la peine, plus forte que la peur, plus forte qu'un trou noir. Ces naufragés de la terre sont coupés du monde depuis plus de deux mois. Pourtant, ils sont encore là. La vie est si fragile et si robuste à la fois. (...) La fusée remonte enfin. Le premier mineur en sort. Vivant et heureux. (...) Cette scène, ce n'est que du bonheur. Le bonheur d'exister. Encore.»

L'auteur nous apprend que sa mère fait sa dialyse quatre fois par jour, dans sa chambre. «Sa mine, c'est sa maison. Elle y est confinée depuis deux ans. Elle se promène entre le salon et la galerie d'en arrière. C'est sa seule liberté. (...) C'est pour ça que le drame des 33 hommes nous a tant touchés. Nous sommes tous des mineurs chiliens. Nous avons tous en nous une mine qui nous enferme. Souvent, c'est la maladie ou un accident qui nous a bouché le ciel. Ça peut être aussi la pauvreté, l'angoisse, l'ennui, une blessure d'enfance, une errance, tous ces tunnels sans lumière.

Mais si creux qu'on se trouve, on survit. Ce n'est pas facile. C'est long. Ça fait mal.  On s'accroche à l'espoir ou au désespoir. Les deux sont solidement ancrés. Parfois, si on est chanceux, une nacelle arrive. Elle nous sort de notre malheur, qui devient chose du passé. (..) Cette libération des mineurs nous a fait du bien à tous. La nacelle des chiliens nous a tous remontés. Nous a tous sortis de nos drames, durant un court moment. L'instant de réalier que le bonheur, ce n'est pas d'êtr au ciel, c'est plutôt, tout simplement, de pouvoir le voir.»(1)


Poèmes bellement dits. Défilé d'images superbes. Accompagnement musical.

Comme vous le constatez, l'originalité est la marque de notre dimanche en poésie. La vie, le bonheur, l'amour... et deux poèmes.

[] Dual Core, un fragment poétique de David Azelay et Véronique Sauger, qui anime Les Contes du jour et de la nuit, sur France Musique.

Dual core (DavidAz/VéroniqueSauger/Chopin/FranceMusique)
envoyé par VSAUGER.

[] Le droit au bonheur, un poème de David Azulay, dit par Véronique Sauger.

Le droit au bonheur (DavidAz/VéroniqueSauger/FranceMusique)
envoyé par VSAUGER.

J'espère que ces deux poèmes vous ont ravis, et vous ont procuré un moment de bonheur!

Je vous souhaite un beau dimanche! À bientôt...
___
Stéphane Laporte est chroniqueur au journal La Presse de Montréal. Son article est daté de samedi, le 16 octobre 2010; pour le lire au complet, sur Cyberpresse, cliquez ici.

mercredi 21 avril 2010

La petite et le vieux - Marie-Renée Lavoie / Hemingway - Kipling / Pierre Foglia. Extraits

Hier, Pierre Foglia nous faisait un «cadeau de lecture» dans un texte intitulé «A-do-ra-ble» (sur Cyberpresse): La Petite et le vieux, de Marie-Renée Lavoie. Il s'exprimait en ces termes: «(…) la petite du titre est un sacré numéro, comme on dit, comme souvent les petites filles dans les romans, vous l'aviez peut-être remarqué. Bien sûr, le vieux monsieur est... tiens, on va voir si vous vous y connaissez en littérature, cochez la bonne réponse: Le vieux monsieur est bourru / Le vieux monsieur est daltonien / Le vieux monsieur est luxembourgeois.
Bourru, bravo, je vous félicite. Vers le milieu du roman, la petite offre au vieux monsieur un livre, pas n'importe quoi - l'auteur est prof de littérature, rappelez-vous - Le vieil homme et la mer, c'est le livre, il y a un punch à propos de ce cadeau, je l'avais deviné mais peut-être pas vous et je ne veux pas gâcher votre plaisir. Le livre commence par une citation de Romain Gary, mais elle aurait aussi pu être tirée du Catcher in the Rye, ou de Queneau, voilà je ne peux vraiment pas vous tordre le bras plus que ça, si vous ne lisez pas ce livre-là non plus, alors c'en est bien fini de la lecture, celui-là a vraiment été écrit pour être lu, croyez-moi. J'exagère comme toujours. En fait, vous pouvez aussi attendre le film, c'est bien parti pour ça.»

Intriguée, j'ai cherché à en savoir plus. Voici le résultat de mon enquête....

La petite et le vieux. Résumé du livre.
Elle se nomme Hélène, mais se fait appeler Joe parce qu’elle veut vivre en garçon comme lady Oscar, son héroïne de dessins animés préférés qui est le capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette. Comme elle, elle aimerait vivre à une autre époque et réaliser de grands exploits, car elle a l’âme romantique et un imaginaire avide de grands drames. Mais elle doit se contenter de passer les journaux, puis de travailler comme serveuse dans une salle de bingo. Après tout, au début du roman, elle n’a que huit ans, même si elle prétend en avoir dix.
Hélène a trois sœurs, un père très occupé à être malheureux et une mère compréhensive mais stricte qui ponctue ses phrases d’un «C’é toute» sans réplique. Elle vit dans un quartier populaire peuplé de gens souvent colorés dont le plus attachant est sans nul doute son nouveau voisin, Monsieur Roger, un vieil homme qui rêve de mourir. Il passe ses journées à boire de la bière, mais il accourt dès qu’on a besoin de lui. Hélène et lui développent une amitié indéfectible.
Le roman est traversé par une grande tendresse et rendu avec une grande vivacité. Hélène peut se rassurer: elle fait preuve d’autant d’héroïsme que Lady Oscar et sa vie est tout aussi palpitante que la sienne. La vraie aventure n’est-elle pas de vivre au quotidien?

Lady Oscar, capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette?
Pour savoir qui est cette Lady Oscar, héroïne de la série animée La Rose de Versailles -série adaptée d'un manga-, rendez vous sur Wikipédia, à cette page ici.

Le vieil homme et la mer, de Ernest Hemingway. Extraits.
À vue de nez, on voit... que l'on peut faire un parallèle entre Hélène alias Jos et le vieux Roger, d'une part, et entre Manolin et le vieux pêcheur Santiago, d'autre part.
Pour vous remettre en mémoire ce magnifique texte, je vous en donne 2 extraits

Extrait 1. Dialogue entre Manolin et Santiago
Note. Le roman met en scène deux personnages principaux: Santiago, un vieux pêcheur pauvre, et Manolin, jeune garçon tendre. L’histoire se déroule à Cuba,dans un petit port près du Gulf_Stream.

«Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer.
- Santiago, dit le gamin tandis qu'ils escaladaient le talus après avoir tiré la barque au sec, je pourrais revenir avec toi maintenant. On a de l'argent.
Le vieux avait appris au gamin à pêcher et le gamin aimait le vieux.
- Non, dit le vieux, t'es sur un bateau qu'a de la veine. Faut y rester.
- Mais rappelle-toi quand on a passé tous les deux vingt-sept jours sans rien attraper, et puis tout d'un coup qu'on en a ramené des gros tous les jours pendant trois semaines.
- Je me rappelle, dit le vieux. Je sais bien que c'est pas par découragement que tu m'as quitté.
- C'est papa qui m'a fait partir. Je suis pas assez grand. Faut que j'obéisse, tu comprends.
- Je sais, dit le vieux. C'est bien naturel.
- Il a pas confiance.
- Non, dit le vieux. Mais on a confiance, nous autres, hein ?
- Oui, dit le gamin. Tu veux-t-y que je te paye une bière à la Terrasse ? On remisera tout ça ensuite.
- C'est ça, dit le vieux. Entre pêcheurs.»

Entre eux, le jeune et le vieux, pas de pitié, mais de l’amour et du respect. Le passage qui suit vous rappellera, à coup sûr, la lutte du capitaine Achad –son corps à corps- contre le cachalot Moby Dick, dans le roman Moby Dick de Herman Manville.

Extrait 2. Le vieux pêcheur, Santiago et l'Espadon
Note. Le vieux décide alors de partir seul et de trouver «Le» poisson, ainsi il retrouvera l’estime de ses congénères. Il laisse Manolin, le seul qui croit toujours en lui. Il part au large et rencontre son adversaire.

«Il ne distinguait plus la ligne verte du rivage; seuls les sommets des collines bleues se détachaient en blanc comme s'ils étaient couverts de neige; les nuages qui les couronnaient ressemblaient aussi à de hautes montagnes neigeuses. La mer avait pris une couleur foncée et la lumière découpait des prismes dans l'eau. Les taches innombrables du plancton se dissolvaient dans l'éclat du soleil à son zénith; le vieux ne voyait plus que les irisations profondes sous l'eau violettes et ses lignes qui descendaient tout droit dans la mer. Il y avait mille mètres de fond. Au large, tout à coup, sa ligne plonge, c’est un gros choc dans ses mains (…) Cela doit être une grosse prise, se dit-il».

Il donne du mou pour ne pas casser la ligne, il est entraîné au grand large. Ainsi commence une lutte acharnée entre l’homme et le poisson qui durera trois jours et deux nuits, le vieux n’a plus rien à boire ni à manger, ses mains ensanglantées sont douloureuses, le soleil tape, le duel sera long, le vieux a du respect pour son «adversaire», il parle à son ami poisson pour lui exprimer toute sa sympathie, ils lutteront jusqu’au bout.

Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, j'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m'est égal lequel de nous deux tue l'autre. Qu'est-ce que je raconte? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson.

À la fin de la lutte, au prix d'efforts incroyables, le vieux est vainqueur, loin de crier au triomphe, il remercie Dieu pour ce combat incertain. L’orgueil n’est pas le fait d’avoir vaincu un si gros spécimen, mais d’avoir vaincu un adversaire si brave.

Le vieux se mit à tirer sur l'espadon pour l'amener à flanc de barque. Je veux le regarder, pensait-il, le toucher, le tâter. C'est ma fortune, ce poisson là.»

Il installe sa voile et met le cap sur la terre mais, au bout d'une heure arrivent d’autres combattants: les requins. Contrairement à l’espadon, ceux-ci sont lâches et vils, ils attaquent à plusieurs, le vieux se défend, toute la nuit il lutte, il lutte pour l’honneur de son poisson qui s’est si bien défendu, le poisson était un adversaire digne à qui il doit le respect, ce n’est plus seulement une prise qu’il va vendre. Le vieux tue autant qu'il peut de requins, les forces lui manquent, ils sont trop nombreux, il assiste, impuissant, à l’anéantissement de tant d’efforts, il ne reste du poisson que la tête et l'arête.
Santiago, le vieil homme, rentre au port, épuisé, éreinté, mais il a son honneur pour lui, il a une preuve qu'il n’est plus «salao» -le malchanceux.

Santiago ... « lutte pour l’honneur de son poisson...»... il son honneur pour lui. Il a tout perdu, sauf l'essentiel.

Ce qui me ramène à ce poème de Kipling -à savoir par cœur.... -Décidément, je dois avoir mangé des madeleines dernièrement...
Tu seras un homme, mon fils
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;
Rudyard Kipling

Pour lire -et méditer- le poème au complet, rendez vous sur mon billet sur Littéranaute, en cliquant ici.

Bonne journée! Soyez heureux, envers et contre tout, envers et contre tous!
__
Le livre. La Petite et le vieux, Éditions XYZ, Collection Romanichels, 238 pages, 23,95$

dimanche 4 avril 2010

Joyeuses Pâques! C'est le printemps! Cendras - Ronsard - Lemesle - Mulinié - Lamartine - Sabatier - Barbara. Poésie.

Joyeuses Pâques! Le voilà, enfin, ce dimanche qui suit la première pleine lune du Printemps, le dimanche de Pâques. Pour certains, c'est une fête religieuse; d'autre fêtent simplement le Printemps. Des fleurs, du chocolat, une bonne table. Un brunch en famille, au menu des œufs, du jambon à l'érable, du pain de ménage: un vrai délice. Il n'y aucune raison d'en finir avec le jambon de Pâques: c'est le rituel des Québécois. Les Français, les Italiens, les Russes... ont leur propre façon de fêter Pâques. Gardons la nôtre, pardi!* Vive le jambon pascal!

C'est le printemps!
C'est le moment de s'ébaudir, de se réjouir, et de rire... avec Blaise Cendras; de dire bonjour, mon cœur... avec Pierre de Ronsard; de broder le printemps... avec Jean-Pierre Lemesle; d'écouter encore ce que neige dit, avec Bernard Mulinié; de cueillir l'amandier... avec Alphonse de Lamartine; de saisir ce qui fait d'un printemps la caresse... avec Robert Sabatier; de demander quand reviendras-tu?.... avec Barbara.

«Le printemps c'est joli pour se parler d'amour»
Barbara


Rire
Je ris
Je ris
Tu ris
Nous rions
Plus rien ne compte
Sauf ce rire que nous aimons
Il faut savoir être bête et content
Blaise Cendras

Bonjour mon cœur, bonjour…
Bonjour mon cœur, bonjour ma douce vie.
Bonjour mon œil, bonjour ma chère amie,
Hé ! bonjour ma toute belle,
Ma mignardise, bonjour,
Mes délices, mon amour,
Mon doux printemps, ma douce fleur nouvelle,
Mon doux plaisir, ma douce colombelle,
Mon passereau, ma gente tourterelle,
Bonjour, ma douce rebelle.

Hé! faudra-t-il que quelqu'un me reproche
Que j'aie vers toi le cœur plus dur que roche
De t'avoir laissée, maîtresse,
Pour aller suivre le Roi,
Mendiant je ne sais quoi
Que le vulgaire appelle une largesse?
Plutôt périsse honneur, court, et richesse,
Que pour les biens jamais je te relaisse,
Ma douce et belle déesse.
Pierre de Ronsard
Le second livre des amours (1555)


Ma ville par le chas d’une aiguille
J’ai glissé ma ville
par le chas d’une aiguille,
puis follement…….
je me suis mis à broder.

Sur ce parcours textile urbain, mais arboré,
j’ai rencontré le kiosquier qui m’a dit :
« en 5 colonnes :
les nouvelles rosnéennes
sont plutôt bonnes ».

Plus loin, une locomotive, un peu prétentieuse,
mais muée par des gens intelligents,
m’a proposé un tour sur son passé,
avant de prendre de la vitesse…
Par sa fenêtre il n’y avait plus de bois
sauf dans les fraises de mon pâtissier préféré.

C’est là que j’ai rencontré Mathilde, l’optimiste,
la princesse de ma rue, qui devant un nuage noir,
accroché au clocher de l’église, m’a dit :
« Pierrot ! : Demain, il fera beau ! »

Des mots à vous chavirer le cœur,
à faire passer votre ville
par le chas d’une aiguille,
pour broder du printemps.
Jean-Pierre Lemesle
Posny-sous-boy


Ville ? ville enfouie, moussue, mousse bleue
Ville ? ville enfouie, moussue, mousse bleue
plus d’attelages impatients de chevaux près des baraques mais
sur les places comme aujourd’hui des sculptures de neige


L’eau n’en finissait pas de descendre, mariée aux pluies d’avant printemps. Des accordéons s’étaient levés sur les vallées, chansons à la Cabane, à Pruns, à Versailles, au moulin de Nauze dans les étables aussi.
« Chante, Orphée, aucune bête ne fait cela » me disait tout bas l’amie


Écoute encore sur les mille chemins ce que neige dit
ils sont allés fouiller les trous aux bois de Dalbin et de Noyes
d’abondance elle avait laissé là sa plus vilaine robe la ville


Écoute encore ce que neige dit. Le monde serait-il plus beau?
Laisser venir la salive de la forêt, des mains de feu pour l’hirondelle, contre la débâcle le silence, la clarté. Sous les buissons le schiste et la source en sommeil.
Si cognait le forgeron et l’auberge repeinte, leurs maisons rassemblées, la naissance d’un rêve?
Qu’il faille alors élever des fontaines, détourner le brouillard, ne laisser de miettes qu’aux oiseaux….
Bernard Milinié
Pour la Communauté du Pays de Baraquevillois


La branche d’amandier

De l'amandier tige fleurie,
Symbole, hélas! de la beauté,
Comme toi, la fleur de la vie
Fleurit et tombe avant l'été.

Qu'on la néglige ou qu'on la cueille,
De nos fronts, des mains de l'Amour,
Elle s'échappe feuille à feuille,
Comme nos plaisirs jour à jour!

Savourons ces courtes délices;
Disputons-les même au zéphyr,
Épuisons les riants calices
De ces parfums qui vont mourir.

Souvent la beauté fugitive
Ressemble à la fleur du matin,
Qui, du front glacé du convive,
Tombe avant l'heure du festin.

Un jour tombe, un autre se lève;
Le printemps va s'évanouir;
Chaque fleur que le vent enlève
Nous dit: Hâtez-vous de jouir.

Et, puisqu'il faut qu'elles périssent,
Qu'elles périssent sans retour!
Que ces roses ne se flétrissent
Que sous les lèvres de l'amour!
Lamartine

Qui suis-je moi ?

Qui suis-je moi? Un autre? Non.
Désespéré, le même que naguère
et d’une étoile amoureux. Quelle guerre
que celle-là, et qui n’a pas de nom.

J’entends ta voix, mais c’est un autre son :
celui qui naît des amours éphémères
loin dans le temps. Comme un héros d’Homère
qui d’île en île en lui-même se fond.

Qui me parlait de lui qui te ressemble
sans que jamais Amour ne nous rassemble ?
Je reste seul. Que meure un souvenir !

Que disparaisse un regret de jeunesse
et que j’apprenne à ne pas revenir
sur ce qui fait d’un printemps la caresse !
Robert Sabatier


Dis, quand reviendras-tu?
Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti,
Tu m'as dit cette fois c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés c'est le dernier naufrage,
Au printemps tu verras, je serai de retour,
Le printemps c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris.
Dis, quand reviendras tu ?
Dis, au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus.
Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,
voir Paris si beau dans cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je tourne et je me traîne,
Ton image me hante et je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour et j'ai le mal de toi.
Dis, quand reviendras tu ?
Dis, au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus.
J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,
J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,
Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
Je ferais de nous deux mes plus beaux souvenirs,
Je reprendrais ma route, le monde m'émerveille,
J'irais me réchauffer à un autre soleil,
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marin.
Dis, quand reviendras tu ?
Dis, au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus.
Paroles et musique de Barbara

Une invitation toute spéciale.
En ce dimanche de Pâques, je vous invite à lire sur Livr
anaute le poème peu connu de Blaise Cendras «Les Pâques à New York». Il saura vous toucher, j'en suis certaine.

Je vous souhaite de Joyeuses Pâques!

___
*Psitt! Commentaire en contre-pied du "reportage" de Silvia Galipeau, «Pour en finir avec le jambon de Pâques», sur Cyberpresse, samedi 3 avril 2010. Pour lire le dit reportage et saliver devant des photos... appétissantes, sans jambon...

dimanche 7 mars 2010

Feux - Marguerite Yourcenar / Journée internationale de la femme - UNESCO

Pour souligner la Journée internationale de la femme, officialisée par l'UNESCO en 1977, chacun et chacune y va de sa contribution. Les uns choisissent de parler de Simone de Beauvoir, d'autres de Gabrielle Roy . D'autres abordent le rôle de la femme et la mère, Élizabeth Badinter, Lucie Joubert dont les journaux font mention [Le Devoir, Frédérique Doyon(1); La Presse, Anablle Nicoud(2)]. Pour ma part, j'ai choisi «mon» écrivaine préférée: Marguerite Yourcenar. Plus précisément, de son livre Feux. Je vous en dit un mot avant de vous en offrir des extraits.


Feux est une suite de textes, en proses lyriques, en presque-poèmes, inspirés par la mythologie et une certaine notion de l'amour. Textes intercalés d’apophtegmes (paroles ayant valeur de maximes), de notes sur la passion amoureuse. Marguerite Yourcenar raconte à merveille l'histoire «modernisée» de Phèdre, Achille, Patrocle, Antigone, Léna, Marie-Madeleine, Phédon, Clytemnestre, Sappho.

«… les proses lyriques de Feux (1936), ce somptueux chef-d’œuvre, d'une résonance unique dans la production de Marguerite Yourcenar. Dans Feux, des mythes antiques modernisés de façon à faire voler en éclats toute notion de temps et de durée illustrent d'incandescentes pensées sur l'amour et la souffrance, son corollaire. "Produit d'une crise passionnelle" (Préface de Feux), âpre, suppliant et révolté, cet ouvrage glorifie finalement "les valeurs de la passion, qu'elles soient de l'intelligence, de l'âme ou de la chair"(Lettre, 4 janvier 1978). Yvon Bernier (3)

«Dans Feux, où je croyais ne faire que glorifier un amour très concret, ou peut-être exorciser celui-ci, écrit l'auteur, l'idolâtrie de l'être aimé s'associe très visiblement à des passions plus abstraites, mais non moins intenses, qui prévalent parfois sur l'obsession sentimentale et charnelle : dans Antigone ou le choix, le choix d'Antigone est la justice; dans Phédon ou le vertige, le vertige est celui de la connaissance; dans Marie-Madeleine ou le salut, le salut est Dieu. Il n'y a pas là sublimation, comme le veut une formule décidément malheureuse et insultante pour la chair elle-même, mais perception obscure que l'amour pour une personne donnée, si poignant, n'est souvent qu'un bel accident passager, moins réel en un sens que des prédispositions et les choix qui l'antidatent et qui lui survivront.»(4)

«Absent, sa figure se dilate au point d'emplir l'univers. Tu passes à l'état fluide qui est celui des fantômes. Présent, elle se condense; tu atteins à la concentration des métaux les plus lourds, de l'iridium, du mercure. Je meurs de ce poids quand il me tombe sur le cœur.»

Rien à craindre. J'ai touché le fond. Je ne puis tomber plus bas que ton cœur.»

«Où me sauver? Tu emplis le monde. Je ne puis te fuir qu'en toi.»

«J'ai beau changer: mon sort ne change pas. Toute figure peut être inscrite à l'intérieur d'un cercle.»

«Le crime du fou, c'est qu'il se préfère. Cette préférence impie me répugne chez ceux qui tuent et m'épouvantent chez ceux qui aiment.La créature aimée n 'est plus pour ces avares qu'une pièce d'or où crisper les doigts. Ce n'est plus qu'un dieu: c'est à peine une chose. Je me refuse à faire de toi un objet, même quand je serais l'objet Aimé.»

«Brûlé de plus de feux... Bête fatiguée, un fouet de flammes me cingle les reins. J'ai retrouvé le vrai sens des métaphores de poètes. Je m'éveille chaque nuit dans l'incendie de mon propre sang.»

«Et tu t'en vas? Tu t'en vas?... Non, tu ne t'en vas pas: je te garde... Tu me laisses dans les mains ton âme comme un manteau.»

«Il faut aimer un être pour courir le risque d'en souffrir. Il faut t'aimer beaucoup pour rester capable de te souffrir.»

«On dit: fou de joie. On devrait dire: sage de douleur.»

«Tes cheveux, tes mains, ton sourire rappellent de loin quelqu'un que j'adore. Qui donc? Toi-même».

De l'esprit? Dans la douleur? Il y a bien du sel dans les larmes.»

«Cesser d'être aimée, c'est devenir invisible. Tu ne t'aperçois plus que j'ai un corps.»

Vous appréciez, ou apprécierez, sûrement ces magnifiques textes aux noms évocateurs: Phèdre ou le désespoir; Achille ou le Mensonge; Patrocle ou le Destin; Antigone ou le Choix; Léna ou le Secret; Marie-Madeleine ou le Salut; Phédon ou le Vertige; Clymtemnestre ou le Crime; Sappho ou le Suicide. Une liste qui chante comme un poème.


Ces paroles de Marguerite Yourcenar trouvent-elles un écho en vous? Je le parie...
«À travers la fugue ou la désinvolture inséparables dans ce genre d'aveux quasi publics, certains passages de Feux me semblent aujourd'hui contenir des vérités entrevues de bonne heure, mais qu'ensuite toute la vie n'aura pas été de trop pour essayer de retrouver et d'authentifier. Ce bal masqué a été l'une des étapes d'une prise de conscience.»(2)

Bon dimanche!
___
Livre. Marguerite Yourcenar, Feux, coll. L'Imaginaire, Gallimard, Poche (livre et cd), 2007, 216 pages.
Le livre dont je me suis servi pour ce blogue.
Marguerite Yourcenar, Œuvres romanesques, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1982. Bibliographie établie par Yvon Bernier. Feux, p.1073 à p. 1167.
[] (1) Frédérique Doyon, En avoir ou pas. Gare aux Diktats actuels qui tendent à ériger la maternité en idéal féminin et social, Le Devoir. Pour lire l'article, cliquer ici.
[] Vous trouverez une présentation du livre de Lucie Joubert, L'envers du landau, sur Littéranaute, et un lien pour en lire un extrait. Veuillez cliquer ici.
[] (2) Anabelle Nicoud, Le paradoxe de la femme-mère, La Presse. Pour lire l'article sur Cyberpresse, cliquer ici.
[]
(3) Yvon Bernier, Marguerite Yourcenar, itinéraire d'une œuvre. Article lu sur l'Encyclopédie de l'Agora, ici.
[] (4) Extraits tirés de la Préface de Feux, dans Œuvres romanesques, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1982.
[] Note: Les citations sont également tirés de Feux, p.1073 à p. 1167(dans La Pléiade),

samedi 28 novembre 2009

Cinéma. «The Road» - L'apocalypse - Cormac McCarthy - John Hillcoat

Cinéma. «The Road», l'apocalypse, selon Cormac McCarthy; le film de John Hillcoat. La sortie en salles du film -d'abord présenté à la Mostra de Venise- ramène le roman de Cormac McCarthy, dans l'actualité littéraire et cinématographique. «"The Road" retente le saut périlleux de la littérature au cinéma», écrivait l'envoyé spécial du journal Le Monde, à la Mostra. «Les grands livres sont-ils adaptables au cinéma?», se demandait-t-il. Ce qu'il restait à voir... en voyant le film. Voilà, c'est fait.
Examinons donc, ensemble, ce qu'en disent les critiques de cinéma qui ont vu le film. Mon échantillon comprend 5 comptes rendus, ceux du journal Le Monde et de l'Agence France-Presse (AFP), à Mostra de Venise; et, trois articles récents parus sur Tv5.org, sur Cyberpresse, par Marc Cassivi et dans Le Devoir, par Odile Tremblay.

Les acteurs et l'actrice.
Viggo Mortensen -hagard, le visage émacié- et Kodi Smit-McPhee incarnent respectivement l'homme et l'enfant, le père et son jeune fils. Dans le roman, ils ne portent pas de nom et leur physique n'est pas décrit: ce sont deux «êtres» qui errent dans un monde qui n'existe plus. Ils errent dans un no man's land, obligés de se protéger contre les hordes sauvages. L'humanité a régressé au point de pratiquer le cannibalisme.

Il faut savoir gré à John Hillcoat d'avoir évité de récupérer ce récit en film de genre, avec surenchère de scènes d'horreur et d'effets spectaculaires. Des forfaits qui sont, à mon avis, à la limite de l'insupportable dans le roman. Ces scènes d'horreur, je le précise, sont essentielles dans le roman.

Charlize Theron joue le rôle de la mère de l'enfant. Elle se suicide par désespoir au début du roman. Seuls au monde, le père et l'enfant prennent la route, à pieds et se dirigent vers le Sud, espérant y trouver leur salut. Mais... le bleu du ciel ne sera pas au rendez-vous... Une fin dure, bouleversante, et qui m'a chavirée. Seulement à y repenser, les larmes me montent aux yeux. La route a été longue et pénible, ces deux êtres attachants feront face à un «dead end».

«Robert Duvall, en vieil homme errant, est méconnaissable et «extraordinaire en vieillard aux yeux voilés.

Les images
«Souvent très retouchés par ordinateur ou entièrement numériques, les paysages au ton gris métallique sont d'une grande beauté» (AFP). Le Monde dit que: «L'essentiel de son travail (John Hillcoat) a été de créer un climat visuel.» Odile Tremblay souligne «le travail sur la lumière estompé, les teintes sépia qui baignent le film (malgré certaines scènes où le soleil paraît trop présent). Plusieurs images magnifiques... Un travail immense et méritoire fut accompli pour rendre l'univer de toutes les détresse...»

La musique

«Sobre, mais obsédante, la musique originale composée par Nick Cave contribue avec efficacité à l'atmosphère angoissante du film», lit-on sur Tv5.org. Marc Cassivi est d'avis contraire: «Où le film rend... moins justice au roman de Cormac McCarthy, c'est dans sa musique. Pas celle, métaphorique, de sa réalisation [le roman a sa propre musicalité, et le film a la sienne], mais dans les notes noires, bien concrètes, de sa bande sonore. Le travail d'esthète du romancier commandait à mon sens une musique, sourde, inquiète, aérienne.» Pour lui, la musique de Nick Cave, «en constante rupture avec le récit tend trop souvent vers le sentimentalismeOdile Tremblay exprime de sérieuses réserves: «La musique, surtout au milieu des segments avec l'épouse, met du rose et des violons sur une désolation appelant des accords brisés
L'insertion des images de l'épouse fait justement problème...

Les flashbacks
«Resserrant la narration et ajoutant quelques flashbacks mettant en scène un univers familial harmonieux d'avant la catastrophe qui était absent du roman, il gomme l'ambiance énigmatique tissée par McCarthy.» (AFP) Pour Le Monde: L'homme et l'enfant «traumatisés par le suicide de la mère de famille dont l'obsédante présence est évoquée en flash-backs lumineux (...)».
Lumineux, peut-être, mais ajoutés et sans aucun rapport avec le roman. Un gommage pour alléger le roman?

La conclusion des comptes rendus
L'Agence France Presse. «Mais au final le cauchemar mis en scène par The Road ne bouleverse pas le spectateur.»

Le Monde. «John Hillcoat s'attache aux rapports père-fils, à la veine philosophique de propos, à sa portée métaphorique. Car The Road est une invitation à s'interroger sur les réflexes de l'être humain, ses pulsions de sauvagerie (...)», etc. La veine éducatrice du père, que la situation pousse à partager de façon primaire le monde entre les bons et méchants, est "réformée" par la vision plus charitable du gamin, qui pousse l'adulte à ne pas laisser des innocents démunis au bord du chemin.»

Tv5.org. «Mais au final le cauchemar mis en scène par «The Road», dont certaines séquences flirtent avec le film d'horeur, ne bouleverse pas le spectateur.»

Marc Cassivi. «Ce n'est pas un mauvais film. Mais ce n'est pas non plus un très bon film. Oeuvre moyenne se fondant dans un magma d'œuvres moyennes.» Il pose la question: «Existe-t-il des romans inadaptables au cinéma? Peut-on excuser à un film mineur de s'inspirer d'une œuvre majeure? John Hillcoat, qui n'a rien de Gus Van Sant, risque de l'apprendre à ses dépens.»

Odile Tremblay. «À l'écran, John Hillcoat n'a pas totalement manqué son coup... il a juste évacué l'essentiel: l'immense charge émotive.» Elle ajoute:«Et que dire du happy end à contresens, sur des scènes de famille gentillette, là où la lumière n'avait pas sa place? Le fil, en tâchant d'alléger la charge, en a égaré la portée.»

Ma conclusion
Me basant sur les comptes rendus, j'en arrive à conclure que le film, sans les ajouts, sans le happy end, et sans le gommage, aurait pu réussir -haut le jambe- le saut périlleux de la littérature au cinéma. John Hillcoat n' a pas su aller jusqu'au bout...

Une question se pose: à qui s'adresse le film? À ceux et celles qui ont lu le roman... et qu'il risque de décevoir? Au public qui ne l'a pas lu et que l'on craint d'effrayer? D'ennuyer même...

Je vous le dis, tout de go, un film qui ne rend pas rend pas l'atmosphère (l'ambiance) d'un roman: je déteste. Dans ce cas de «The Road» de Cormac McCarthy: c'est une trahison. Pourtant, John Hillcoat s'était fixé comme objectif de rester le plus fidèle possible à l'esprit du livre» Qu'est-ce que veut dire le «plus fidèle possible»?
J'ai gardé au creux de l'oreille, la réplique de Arletty à Louis Jouvet dans l'Hôtel du Nord (1938), de Prévert et Carné.
__ «J'ai besoin de changer d'atmosphère.» (Monsieur Edmond)
__ «Atmosphère! Atmosphère! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère?» (Raymonde)

dimanche 22 novembre 2009

Foutu livre? Patrick Lagacé -Cyberpresse. La Route - Cormac McCarthy

Ce foutu livre? Patrick Lagacé écrit sur Cyberpresse: «Les pères ne devraient pas lire La route (de Cormac McCarthy). On devrait le vendre avec un avertissement, comme les paquets de cigarettes. J'ai longtemps pensé que c'est parce que le spectre de la mort y est trop éblouissant. Et, bien sûr, le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement, comme a dit le grand homme.» [Le 21 novembre 2009]

Je pense plutôt que tous les pères devraient lire La Route... J'ai même suggéré ce livre pour, tenez-vous bien, la fête des Pères! Eh oui, ici même sur Littéranaute. Me sentant «interpellée», j'ai donc envoyé un message à Patrick Lagacé. En voici la teneur.

Un foutu livre...essentiel. Sur mon blogue, je suggérais un cadeau pour la fête des Pères. Un livre qui restera, à jamais, gravé dans la mémoire de celui qui le recevra. Un livre qu'un père dédie à son fils John Francis, huit ans. Voilà, nous y sommes. L'écrivain, peu bavard, a tout de même révélé qu'il n'aurait jamais écrit ce livre sans son fils.

Un livre trop sombre, trop dur, trop... Non, il n'y a rien de trop dans La Route de Cormac McCarthy. Vous l'avez faux, tout faux. Un livre qu'un père dédie à son jeune fils s'offre à un père. Bon, on s'entend là-dessus?

Le puissant sentiment qui traverse le livre est celui de l'amour inconditionnel du père envers son fils, et réciproquement, celui d'une confiance indéfectible. Tout au long du récit, des liens filiaux forts se tissent, qui illuminent ce monde sombre. Une relation père-enfant si douce, malgré l'extrême dureté de leurs conditions de survie. Une relation si rationnelle, malgré le fait que le père veut préserver son jeune enfant, il ne lui raconte pas d'histoires... il explique.

Des échanges si simples et si profonds tout à la fois, sans babillage, sans plainte, ni complainte. Et quelle leçon de courage! «Il faut que tu continues d'avancer, tu ne sais pas ce qu'il pourrait y avoir plus loin sur la route», dit le père à son fils.

Jamais, du moins dans un roman, un père n'aura tant aimé son fils.

Le thème central du livre: ce père aimant qui guide son jeune enfant, au milieu d'embûches, pour assurer sa survie. Qui lui inculque le courage d'aller plus loin sur la route de leur vie. N'est-ce pas le rôle d'un père dans la vraie vie...

Oui, La route est un cadeau impérissable à offrir à un père avec une dédicace toute simple. Pas un mot de trop...

Notez que le père avait apporté le livre du petit... Un livre, pas un jouet...

Bonne journée à vous tous!
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Note. Sur Livranaute, j'ai consacré plusieurs billets au livre de Cormack McCarthy, la Route.

samedi 7 novembre 2009

À l'affiche... sur Livranaute - Paradis, clef en main

À l'affiche... sur Livranaute. Le roman «Paradis, clef en main», de Nelly Arcan (2009). Alertée par la note, «En bref - Extrait du dernier roman de Nelly Arcan» (Le Devoir, 15 octobre 2009), je me suis empressée de lire l'extrait, sur mon écran, de «Paradis, clef en main» publié aux éditions «Coups de tête». Imprimé, relu, annoté dans le but de le commenter... j'ai déposé l'extrait dans un tiroir. Je n'étais pas prête. Le trop-plein d'émotion, le trop-près du drame sont de mauvais conseillers, ils risquent de biaiser l'analyse d'un texte, à ce que je pense.

Tout roman est fiction,
il faut donc lire le roman «Paradis, clef en main» sous cet angle. Le temps est venu de faire l'analyse du roman d'un point de vue critique, et de vous communiquer mon point de vue. Si vous l'avez lu, vous serez curieux, sans doute, de confronter votre opinion à la mienne. Si vous ne l'avez pas lu, j'espère que je pourrai vous convaincre de le lire.

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Je vous invite donc à vous rendre sur Livranaute pour lire mon billet d'aujourd'hui, samedi 7 novembre 2009, et savoir ce que je pense de «Paradis, clef en main», un roman de Nelly Arcan. Cliquer ici.

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Auparavant, je vous signale 3 articles sur le sujet:
[] «En Aparté - Les immortels», par Jean-Françcois Nadeau, Le Devoir des 24 et 25 octobre 2009. En voici un extrait:
  • Prisonnière dans la cale de ses mots, Nelly Arcan n'avait accès au grand pont de la littérature que pour constater l'infini horizon du tragique d'une époques à laquelle elle appartenait presque à son corps défendant. Ses livres suivent ses plongées dans les fosses profondes des sentiments humains.
  • Tous les bons écrivains jouent sans doute sur la crête qui annonce leurs propres précipices. Leurs livres se construisent là, sur cette ligne du risque, en un équilibre fragile. Dans la réussite de leurs jeux trompe-la-mort surgit d'un coup la vie d'une œuvre. Et c'est devant l'immortalité de pareil travail qu'on se refuse à croire un jour à la disparition de leur auteur.
Il nomme Hubert Aquin, Jacques ferron, Claude Gauvreau, Roland Giguère. Il nomme Virginia Woof, Guy Debord, Romain Gary, Paul Celan, Stig Dagerman, Paul Lafargue, Yves Navarre. Une femme et des hommes...

[] «La part manquante», par Danielle Laurin, Le Devoir des 31 octobre et 1er novembre 2009. Le début de l'article m"horripile:
  • Voici le livre d'une suicidée...
[] «Nelly Arcan, le vain combat contre la mère», par Chantal Guy, le 31 octobre 2009. Voici le début et un extrait du dernier paragraphe.
  • On le savait, le dernier roman de Nelly Arcan parle de suicide. La tentation d'y lire une lettre d'adieu est grande deux semaines après sa mort. Par suicide. Mais ce n'est pas ce qu'on retient de paradis clef en main, une fois la dernière page retournée.
  • Ses lecteurs ne s'y sentiront pas perdus, et oublieront même pendant un peu plus de 200 pages qu'ils ont perdu un écrivain dont la voix était si vivante. Le sentiment de perte revient quand on se rappelle que ce livre est son dernier.

Merci de me lire! Merci de vous rendre sur Livranaute!
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Pour télécharger l'extrait du roman, sur le site des éditions Coup de tête, cliquer ici.

mercredi 4 novembre 2009

Tristes tropiques - Claude Lévi-Strauss

«Tristes tropiques», de Claude Lévi-Strauss. On vient d'apprendre la mort de Claude Lévi-Strauss, le célèbre ethnologue, à l'âge vénérable de 100 ans. Les hommages affluent de partout et de tous horizons. Claude Lévi-Strauss nous laisse une œuvre exceptionnelle en héritage, en particulier, «Tristes tropiques. À nous de le lire ou revenir à sa lecture. C'est -et personne ne me contredira- un livre indispensable dans toute bibliothèque. Avec «Tristes tropiques», Claude Lévi-Strauss a sorti l'ethnologue de sa tour d'ivoire pour s'adresser à un large public: il s'y montre un vulgarisateur hors pair. Publié en 1955, dans la collection «Terre humaine», ce sera un gros succès de librairie. Et depuis, il ne cesse d'être réédité: il est toujours d'actualité.

«Tristes tropiques» est un essai littéraire dans lequel, l'ethnologue fait le récit de ses voyages, donne ses impressions et dévoile ses pensées, livre, sans détour, ses réflexions. Il décrit notamment la culture des Indiens Bororos (Amazonie). Il parle aussi de sa vie, par exemple, son exode à New York (c'est un juif) à cause de l'occupation allemande en France. Il expose sa vision originale du voyage. En somme, de son point de vue, le voyageur doit garder à l'esprit 3 éléments: il a certes changé de lieu, mais aussi de temporalité car les sociétés n'évoluent au même rythme; il lui faut également considérer les classe sociales car l'argent n'a pas la même valeur partout. C'est ce que Claude Lévi-Strauss nomme le «triple décentrement.» Bref, ne pas tout ramener à soi, à sa société, à son porte-monnaie. Monsieur le voyageur prend congé de lui-même, il n'est pas chez lui...

«Je hais les voyages et les explorateurs.»

Que faut-il comprendre? Claude Lévi-Strauss avait en horreur l'exotisme patenté, les récits superficiels de voyage, les stéréotypes dont les touristes raffolent et qu'ils se plaisent à répandre. N'oublions pas l'industrie touriste qui s'en sert pour les attirer. Et vlan!

Claude Lévi-Strauss nous rappelle les dangers qui menacent les grands équilibrent naturels dont une somme un partie. Tout ce que nous avons détruit inexorablement et risque de faire boomerang.

«Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui.»

Hubert Reeves, notre astrophysicien préféré, abonde dans le même sens. Comme quoi 1955 n'est pas trop loin de 2009...

«des petits coins de l'horizon jouissaient encore d'une vie éphémère et indépendante dans toutes les variantes du rose et du jaune: crevette, saumon paille... »


Ce passage tiré des premières pages de «Tristes tropiques» est cité par Pierre Foglia, dans son article «Retouches (d'un intouchable)» sur Cyberpresse, le 24 octobre 2009.

«"Je possédais un sac rempli que j'avais envie de déverser", a-t-il dit (en parlant de Claude Lévi-Strauss). Ce qu'il va déverser, ce n'est pas seulement son savoir mais aussi son âme: c'est toute la différence entre un récit érudit, même de haut vol, et une œuvre d'art», écrivait NouvelObs, hier.
Dans cet cet article, on souligne la langue extraordinaire (en gras dans le texte) de «Tristes Tropiques». Le titre de l'article? «"Tristes tropiques", œuvre majeure du XXe siècle.»

Une seul conclusion s'impose. «Tristes tropiques» de Claude Lévi-Strauss est un livre à lire ou à relire impérativement, on ne le referme jamais complètement...

Une lecture ou une relecture pour nous tous, lecteurs et lectrices.
Mais aussi pour tous les écrivains... surtout pour ceux et celles qui se prétendent tels. Et vlan dans les gencives!

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Pour lire la quatrième de couverture, cliquer ici.
Pour voir la vidéo que j'ai sélectionné pour vous, sur Tv5 Monde, WebTV, «L'oeil de la rédaction», cliquer ici.

Bonne journée! À bientôt...

mercredi 28 octobre 2009

Halloween- Dracula- Stoker - Coppola

Halloween - Dracula - Stoker -Coppola. Quel quatuor! «Chaque mot, c'est une histoire qui surgit, comme un enfant masqué, dans ton dos, un soir d'halloween», écrit Jacques Ferron. Dans ce billet, je lèverai, ou soulèverai, le masque du mot Halloween, avant de vous suggérer un livre, «Dracula», de Bram Stoker, et un film de Francis Ford Coppola, «Dracula», qui fut d'abord un livre. Mais, allons d"abord fêter joyeusement! Du moins, allons voir comment on fêtera l'halloween 2009, car chaque année est une nouvelle édition.

À Laval (Québec). «Trente acteurs s'emploient à terroriser les visiteurs sous les chapiteaux d'Hollywood Halloween». À Ypres (Belgique). «Le parc d'attractions... met les citrouilles et les sorcières au placard. Pour célébrer Halloween [sans l'] sur un mode nouveau, les attractions de Bellewaerde ont été redécorées sur le thème du "Roi des rats".
Les déguisements, les monstres, les fantômes, les sorcières, les citrouilles... seront aussi de la fête comme chaque année. On les aime depuis longtemps, on continuera à les aimer encore longtemps [c'est «l'amour éternel»... celui qui nous conduira -tremblants de peur- à Dracula]. À preuve, au Jardin botanique de Montréal (Québec), c'est «Le grand Bal des citrouilles». La sorcière Esmeralda, en personne, sera présente au Bal!

Que se cache-t-il sous le masque du mot «Halloween»?
Il se rattache, en gros, à 3 expressions : «All Hallow Even» ; «All Hallow' Day» ; «La veille de la Toussait». Le sens religieux, le rappel des saints et des morts est aujourd'hui occulté, et le mot Halloween (une contraction) a revêtu le sens de fête d'automne dont la citrouille est un des symboles. Une fête... profane... qui ne gêne personne. Il est intéressant de noter qu'en Amérique du Nord, on dit l'Halloween, et en France et en Belgique, Halloween. Particularités (ou particularismes...) obligent.
L'Halloween, c'est aussi une fête... commerciale. Elle est entrée en France par le commerce via un fabricant de déguisements et des sociétés américaines établies en France (Disneyland Paris et autres). Cela dit, ne laissons personne, ni rien, gâcher notre plaisir. Plaisir... d'éprouver de la peur, de la frayeur, de... d... Une bonne grosse frousse, quoi!

La littérature ne manque pas d'œuvres «effrayantes». Parmi celles-ci, j'ai fait des choix, et je vous les propose très simplement:
  • mercredi, Dracula, le livre de Bram Stoker et le film éponyme de Francis Ford Coppola;
  • jeudi, La Chute de la Maison Usher de Allan Edgar Poe et le CD éponyme. Vous verrez, il y a un lien de parenté...;
  • vendredi, Dix petits nègres de Agatha Chritie;
  • samedi, une grande nouvelle, accrochez-vous à vos oreilles, Dracula n'est pas mort...

Dracula, le livre de Bram Stoker

Dracula est le vampire le plus célèbre, la créature des Ténèbres qui, sorti du roman original de Bram Stoker, a engendré d'innombrables avatars au cinéma, au théâtre, en littérature, etc.
Dracula est devenu un mythe qui hante l'imaginaire. C'est un mort-vivant tiraillé entre Eros et Thanatos, c'est une âme errante puni par Dieu pour l'avoir défié. Le personnage aurait une source historique. Le prince Vlad l'Empaleur, fils de Vlad II le Dragon ou Vlad Dracul, de Transylvanie, aurait servi d'inspiration à Bram Stoker pour créer le personnage de Dracula. Une légende...
Pourquoi opter pour une pâle copie lorsqu'on peut avoir l'original? Poser la question c'est y répondre. C'est un bon choix, car c'est bien écrit, et bien décrit...Ce n'est pas de «la Grande Littérature», c'est un bon livre qui a eu un immense impact sur l'imaginaire collectif. Tout de même, ce n'est pas à dédaigner...
Ce qui ajoute à son charme indiscret, il ne vous en coûtera que 0,99$ US en eBook sur Google Books, Éditions Hayes Barton Press, en format VitalBook... Dracula en Vital... Le prix n'a pas été fixé par Beidegger: il a la tête ailleurs... en ce moment.

Pour réaliser son film «Dracula», Francis Ford Coppola s'est basé sur le roman original de Bram Stoker, qu'il a tenu à cerner de près, d'où le titre en anglais «Bram Stoker's Dracula». Un film à l'esthétique léchée, dont les images, le rythme, le bruitage, la musique se déroulent dans une grand unité. Le dialogue est loin du bavardage, on est au cinéma... ce sont les images et l'ambiance qui «parlent».
J'aime trois scènes, en particulier. Le début du film qui introduit le mystère et l'inquiétude; et montre la naïveté du jeune Jonathan -qui s'est fait avoir par son patron [ça n'arrive que dans les films...]. La scène d'amour entre Mina et Dracula, «l'éternel amour»: je la classe comme l'une des plus belles scènes d'amour au cinéma [le coeur a ses raisons...]. Et la scène où Dracula meurt, il atteindra le «repos éternel» auquel il aspire et ira rejoindre sa femme Elizabeth, alors que Mina reste près de lui, brisée par la douleur de perdre son Amour. Je vous invite à visionner les deux premières scènes. Et, je vous laisse découvrir la troisième.
Faites de beaux rêves! Du moins, ne faites pas de cauchemar... À demain!

Scènes tirées du film «Dracula» de Francis Ford Coppola






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[] La citation de Jacques Ferron est turée du Petit Robert
[] La fête de l'Halloween à Laval: article de Stéphani Morin et photo de Bernard Brault, La Presse. Lu sur Cyberpresse, ici
[] La fête d'Halloween à Ypres: article sur «La Voix du Nord», Secteur de Montreuil, ici
[] Le Roi des rats, de Bellewaerde est ici. Allez voir ce Roi Rat... étrange, et écoutez les bruits environnants. De quoi faire peur... aux adultes! Aux adultes qui se souviennent des peurs de leur enfance...

dimanche 11 octobre 2009

Nouvelles d'octobre / Cyberpresse

Nouvelles d'octobre / Cyberpresse. Le journal «La Presse» annonce, dans sa section «Arts et spectacles - Littérature», que des nouvelles littéraires, s'inspirant de faits divers, seront publiées hebdomadairement sur «cyberpresse.ca/nouvelle». Répondant à l'invitation du journal, des écrivains s'adonneront à ce que le journal nomme «Littéréalité»... Dossier: «Quand l'actualité inspire les romanciers».

La présentation de la série est bien faite: une courte bio de l'auteur; un extrait de la nouvelle; le résumé et la source, soit un fait divers tiré des médias (une histoire racontée par un journaliste), textes de Chantal Guay. Ainsi, pour le mois d'octobre:


«Unagi», de Dominique Fortier
Le fait divers: « (...) [Une] femme a été tuée par une dalle de béton alors qu'elle dînait avec son conjoint dans un restaurant du centre-ville de Montréal».
Le résumé: «Un dîner de couple au restaurant, comme tant d'autres, et qui ne sera perturbé par aucun drame. Ou presque».

«Léo de la Main», de Pierre-Léon Lalonde
Le fait divers: « (...) [Les] transformations que subira le boulevard Saint-Laurent pour accueillir le nouveau Quartier des spectacles».
Le résumé: «Après des décennies en prison, un vieil homme retrouve la Main où il a passé sa jeunesse considérablement transformée (sic), et il croise une jeune fille qui est en train de s'y abîmer».

«La beauté du sport», de Carole Allard
Le fait divers: (...) «le 15 février 2009» l'AFP a annoncé que «le premier champion mexicain du jeu "roche-papier-ciseaux" allait représenter son pays au prochain tournoi international qui doit avoir lieu au Canada, sous l'égide de la Fédération internationale, la World RPS (Rock, Paper, Scissors) Society.
Le résumé: Roberto, champion international de roche-papier-ciseaux, bourré d'obsessions, s'apprête à affronter le Québécois Dave Champoux, très fier de se considérer comme un être abject. Le combat sera sans merci. Vengeance, trahisons, tricheries... Bref, c'est la beauté du sport.»

«Un squeek et deux gros bangs», de Stéphane Dompierre
Le fait divers: «Un accident de la route à Châteauguay.» Un badaud a déclaré: «J'ai entendu un squeek et deux gros bang (sic)».
Le résumé: «Le protagoniste de cette nouvelle est le représentant typique de monsieur-tout-le-Monde. Or, il a un passe-temps particulier: parler aux journalistes de faits divers!».

Sur les cinq auteurs, deux sont des blogueurs... un bon ratio.
Dans ce dossie, Mathieu Perreault présente un article intitulé, «Écrire plus vrai que vrai». Il y fait mention de l'essai de Franck Evrard «Littérature et faits divers», dont je vous reparlerai, un de ces quatre...

Bon dimanche!

vendredi 11 septembre 2009

Apprendre à lire - Pierre Assouline / Pierre Foglia

Dans un texte brillant, «Il va devenir urgent d'apprendre à lire», Pierre Assouline (La république des lettres) écrit: «Il va falloir (ré) apprendre à lire tous autant que nous sommes.» Pour sa part, Pierre Foglia (Cyberpresse) s'inquiète de la capacité de lire en profondeur, faisant écho à l'article «Google Making Us Stupid» (The Atlantic). Nous qui écrivons, qui lisons des blogues, qui lisons des livres, des textes sur Internet, ces 3 textes nous interpellent. Je vous en dis en un mot, puis je vous aiguillerai vers ceux-ci, ainsi que vers des lectures complémentaires.

On conviendra que l'on n'écrit plus, on ne communique plus comme on le faisait il y a quelques années. Faut-il alors s'étonner que l'on ne lise plus comme avant...? Poser la question, c'est y répondre. Faut-il s'en inquiéter?

«Le lecteur se retrouve désormais dans la situation du consommateur dans une hypersurface. On lui demande de se débrouiller seul. À lui désormais de faire le tri. Encore doit-il en être capable. Il est urgent de (ré) apprendre à lire.» (Pierre Assouline)

«Le web est en train d'emporter ce qu'il vous restait de capacité de lire, pas seulement en profondeur, mais pire, en limitant le rapport au langage dans ce qu'il y a de «pratique» pour communiquer.» (Pierre Foglia)

Pour ma part, j'écrivais: « (...) on peut, surtout, s'interroger sur notre capacité de concentration, un préalable à notre capacité de lire en profondeur. Combien de pages lisez-vous sur internet? Fuyez-vous les textes trop longs? Bref, lisez-vous court et facile? Cherchez-vous dans un texte, ce qui vous convient à l'instant même? Oui... Non... Ça dépend...» (billet du 23 juin 2009 )

Le manque de concentration -pour lire des textes longs, des textes profonds (courts ou longs)- pourrait venir, du moins en partie, de la sollicitation qui nous assaille de toutes parts. Et aussi, du temps qui nous manque, nous presse et nous compresse. À la fin d'une journée, on se sent parfois comme un fichier «zip», ou encore comme un accordéon serré dans son étui qui geint en sourdine (personne ne l'entend à part soi).

Pierre Foglia, tout comme Pierre Assouline, pense à l'avenir: «Qui va savoir lire dans 50 ans?» ( Pierre Foglia) Sauf qu'il montre du doigt le web... Sur ce point, leurs points de vue divergent. Vous verrez...
En fait, le Web, Google et autres, ce sont des «canaux» de distribution de «messages», qu'ils soient écrits ou sonores, médias ou multimédias -en veux-tu, en v'la!.

«Imperceptiblement, nous nous acheminons vers une lecture à deux vitesses (...)»

Pierre Assouline, dans l'article sur son blogue, «Il va devenir urgent d'apprendre à lire», nous aide à démêler les écheveaux (quasi) labyrinthiques des allées de «l'hypersurface» -semblables à l'enchevêtrement des fils des gros ordinateurs institutionnels des années '60.

Un article pénétrant, perspicace, clair, où l'auteur dévoile sa pensée et guide la nôtre. En cela, Pierre Assouline remplit pleinement son rôle d'intellectuel. Il faut l'en remercier.

Lectures incontournables
__ Pierre Assouline, «Il va devenir urgent d'apprendre à lire», La république des lettres sur Le Monde.fr, le 08 septembre 2009. Cliquez ici.
__ Pierre Foglia, «Inquiet», La Presse sur Cyberpresse.ca, le 23 juin 2009. L'article est ici.
__ Nicholas Carr, «Is Google Making Us Stupide», The Atlantic, juillet-août 2008. Disponible sur Internet (au complet).
__ Vous trouverez la version française de cet article, sur Framablog, sous le titre: Internet et Google vont-ils finir par nous abrutir?

Lectures complémentaires et un débat audio
__ Elise Barthet, «Internet m'a-t-il rendue plus bête?», sur Le Monde.fr, le 28 août 2009. Cliquez ici.
__ Sophie Lherm, «Internet rend-il bête?», sur Télérama no 3166, le 23 juillet 2009. Un article substantiel, fort intéressant, qui pose la question: «Comment notre cerveau s'adapte-t-il au Net? Lire la suite...
__ Sur le même thème, écoutez le débat audio, sur Télérama. Ça vaut la peine. On peut télécharger le débat au complet. Super! Écoutez pour voir...


Conclusion
Je n'ai pas la réponse, vous pensez bien... Est-ce que l'on nous rendra bête, idiot, stupide? Serons-nous plus bêtes? plus idiots? plus stupides? Plus... Oh! Mama Mia...

Par contre, ce que je sais avec certitude, c'est que nous serons plus intelligents et mieux renseignés après avoir lu ces textes, et écouté l'audio. Nous aurons quelques connexions neuronales de plus...

À demain! Sans faute...
Paperblog