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lundi 13 juillet 2009

C'est lundi! Exerçons nos zygomatiques

En ce lundi 13 juillet 2009 -qui n'est pas, par chance, un vendredi 13- exerçons nos zygomatiques. D'abord avec Tristan Bernard, qui ne l'avait pas triste.
__ L'homme (y inclus la femme!) n'est pas fait pour travailler et la preuve, c'est que ça le fatigue.
__ Je suis un contempleur (sic) fervent de l'effort d'autrui.
__ La vraie paresse, C'est de se lever à 6 heures du matin pour avoir plus longtemps à ne rien faire.
__ J'ai demain un rendez-vous important. Réveillez-moi à 7 heures. Si à 8 heures je ne suis pas levé, laissez-moi dormir jusqu'à midi,! disait-il à sa bonne, Elisa.

Et de trois...
__ Un mois avant le mariage: il parle, elle écoute. Un mois après le mariage:elle parle, il écoute. Dix ans après le mariage: ils parlent en même temps et les voisins écoutent (Pierre Verron)
__ Il y a trois choses vraies: Dieu, la sottise humaine et le rire. Puisque les deux premières dépassent notre entendement, nous devons nous arranger au mieux avec la troisième. (John F. Kennedy)

Des vers à rire...
__ Ariane, ma sœur, de quel amour blessée / Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée (Jean Racine) Flûte alors!
__ Plus le désir s'accroît, plus l'effet se recule. (Pierre Corneille) Triste désir: les fesses se reculent...
__ Car ce n'est pas régner qu'être deux à régner. (Pierre Corneille) Pourtant, deux araignées valent mieux qu'une...
__ Je suis Romaine, hélas! puisque mon époux l'est. (Pierre Corneille). Poulet... avec de la romaine: une bonne salade!

De la prose à rire...
__ J'irai à la montagne, et j'aime à la vallée. (Prévot d'Arlincourt). L'avaler... quel appétit gargantuesque!
__ Sur le sein de l'épouse, il écrasa l'époux (Prévost d'Arlincourt). Les poux sur le sein de madame... quel époux!
__ Mon père, en ma prison, seul à manger ma porte. (Prévost d'Arlington). Quel père dévoué! Il est le seul à manger sa porte. Il avait des dents de castor, probablement.

Je vous souhaite une bonne journée! A+
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Source: Au bonheur des mots, de Claude Gagnière, Éditions Robert Laffont, 741 pages.

dimanche 12 juillet 2009

Blanche Neige - NeigeNoire

NeigeNoire et les sept chiens, de Victor-Lévy Beaulieu. J'ai adoré ce livre, comme je vous le disais hier. Voici le pourquoi...

Un bonheur
de lecture! Un conte hors de l'ordinaire!
Des plaisirs pour l'oeil! Des douceurs pour les doigts!

La neige est blanche. Le conte s'appelle Blanche Neige et les sept nains. Futée votre fille, elle se montrera sceptique. Tant mieux, ce sera une belle surprise, et elle ira à la découverte d'une histoire moderne, incarnée par une petite Québécoise, aux cheveux crépus, belle comme un cœur. Née d'une mère portoricaine et d'un père québécois, elle a la peau noire.

Un jour, NeigeNoire doit se faire garder par sa tante Gertrude qu'elle n'aime pas, et c'est réciproque. Cette fois-là, la tante Gertrude, une vraie sorcière jalouse de sa beauté, en profite pour lui voler son image (son reflet dans le miroir), au moyen de son miroir magique; elle tente de l'empoisonner avec des framboises. Elle veut, enfin, se débarrasser de NeigeNoire, une fois pour toutes. Malade, à demi-empoisonnée, NeigeNoire s'enfuit dans la forêt...

Heureusement, ses nouveaux amis l'aideront à se sortir des griffes de sa méchante tante sorcière: les sept chiens qui ont le don de la parole et portent des noms rigolos. Leur préféré sera, peut-être, Numéro-Deux, un poète, rêveur et joueur de tours. Ou bien, ce sera...
En fait, le conte plaira aussi à votre petit garçon, car il est plein d'aventures, et à cause des chiens... Il aura son préféré...

C'est NeigeNoire, elle-même, avec son langage d'enfant, qui raconte son aventure à des enfants. C'est extra! Elle raconte son histoire sur un rythme époustouflant... Heureusement, que tout finira bien... En prime, l'auteur a glissé, dans le texte, des références subtiles. Certaines s'adressent aux enfants et d'autres sont pour vous.

Feuilleter ce livre, c'est comme visiter un magasin de bonbons. Du papier glacé tout doux. Des pages de toutes les couleurs -roses, mauves, rouges, turquoise... Une pagination folichonne. Et quelle typographie! Du jamais vu. Des exemples. «chair de poule», «m'effraya», en lettres tremblantes de peur. «...les yeux aussi petits que des trous de souris», en tout petits caractères. Le mot «boulette» prend la forme d'une boulette. C'est un livre rempli de trouvailles.

Tous les éléments forment, comme par magie, un ensemble harmonieux au service du texte et des émotions qu'il suscite. Tout comme les superbes illustrations de Mylène Hardy.

Les Européens ont eu le privilège de l'original, Contes d'enfants et du foyer, publié en 1812 et 1815. L'un des contes Blanche-Neige est, à l'origine, une histoire racontée aux inséparables et sympathiques frères Grimm par une vieille paysanne -que j'imagine édentée, allez savoir pourquoi- qui, elle, la tenait de ses ancêtres. Les Américains ont eu droit à une première adaptation, un film muet, en noir et blanc, Blanche-Neige. Puis, en 1937, au film de Walt Disney, en couleur et plein d'innovations, Blanche-Neige et les sept nains. C'est ainsi que, de fil en aiguille, le conte Blanche-Neige est arrivé jusqu'ici, NeigeNoire et les sept chiens. Et ce, 95 ans après le conte ds frères Grimm, et 70 ans après le film d'animation de Disney.

À nous d'en faire un classique qui s'ajoutera aux deux autres, et d'espérer un film... Y a-t-il un ou une cinéaste dans ma salle de lecture?

samedi 11 juillet 2009

Cachez vos lunettes! Cachez vos filles! Voilà Tender Morsels

Tenders Morsels, Morsures tendres, mieux encore, Morsures dans la chair tendre. Le prologue commence ainsi: «There are plenty would call her a slut for it.» On la traitait de salope... pour ça. On verra bien ce qui se cache sous le «ça».
On enchaîne. Dès le début, une scène de sexe, une sorcière et un nain s'envoient en l'air. Ensuite, un viol collectif décrit sans ménagement. Et puis, une fausse couche décrite avec une crudité, une brutalité sans pareille. Le livre est cohérent... tout le reste est du même acabit. Il y a de quoi soulever le coeur, dans les deux sens de l'expression. D'autant plus que la chaire tendre est celle d'une adolescente livrée à ses prédateurs, son père et des garçons. Allez-y, servez-vous... Pas de pitié pour les filles, elle sont faites pour «ça».

Le hic est que ce roman hard, trash, porn, s'adresse aux jeunes ados, selon le classement, à partir de 13-15 ans. Il faut entendre les propos lénifiants de l'auteure australienne, Margo Lanagan, qui tente de se justifier. Par exemple, selon elle, le viol du père est traitée de telle façon (par sous-entendus, si j'ai bien compris) -si délicatement...- que les trop jeunes ne pourront pas comprendre. Selon cette même logique, le viol collectif par des garçons.... bof, on est entre enfants, quoi! Elle en a long à dire sur le «ça, car son roman compte plus de 350 pages.
L'éditeur, Random House, Collection Jeunesse en rajoute. Ce serait une version moderne, un croisement entre Blanche-Neige et Cendrilllon. Hein!!! Je ne sais pas pourquoi, mais j'imagine ses yeux en signe de $, et son ton doucereux, et condescendant. Tiens donc, un air m'arrive aux oreilles... Money de Pink Floyd. Allez, par ici, le cash... qui a tendance à suivre le scandale. C'est comme les taxis de New York qui s'empressent de suivre, à une vitesse grand V, une ambulance qui passe dans le corridor réservé. Oh! My God!

Qu'en pensent les principaux intéressés? Je lis sur actualitte.com: «Si vous en regardez en ligne, dans les commentaires, presque tous les parents pensent qu'il (le livre) est tout à fait inadapté. Beaucoup d'enfants ont aimé le livre, mais parmi les filles, elles étaient nombreuses à le trouver effrayant ou même répugnant» explique Anne Fine, lauréate jeunesse, sur BibliObs. Si les filles étaient nombreuses à décrier le livre, est-ce à dire que peu de filles et beaucoup de garçons (les enfants) l'ont aimé? Si ma déduction est juste, elle a de quoi nous turlupiner...

Pour calmer le tollé, l'éditeur propose une solution... dont la tartufferie n'échappe à personne. Une version adulte et une version jeunesse. Une couverture adulte (en haut, à gauche) et une couverture enfant (à droite). Mais, c'est exactement le même: texte: c'est là où le bat blesse. Haro sur l'éditeur et sur l'auteure (oui, re). Coiffons-les, tous les deux, du Bonnet d'âne.

Phénomène, tout de même, curieux. D'un côté, un livre adulte XXX en littérature jeunesse (Anne Fine utilise le mot enfants), et aux antipodes, un livre inoffensif que les jeunes filles lisent, et adorent, Fascination / Twiligth, de Stephanie Meyer, de même que les Hauts de Hurle-Vent d'Emily Bronte. C'est le monde à l'envers!
Pourquoi ne pas faire lire à votre fille ce livre, je parle de Fascination? Elle l'aimera ou ne l'aimera pas, mais elle n'éprouvera aucun dégoût. Elle ne sera pas blessée par des scènes sordides. L'héroïne Bella n'a que 16 ans... À vous de juger.

Demain: un conseil de lecture pour offrir un livre à vos filles, une version moderne de Blanche-Neige et les sept nains. J'ai a-do-ré ce livre, qui trône dans ma bibliothèque. Un beau livre!

vendredi 10 juillet 2009

À l'affiche sur Livranaute - Sur de la route de Jack Kerouac

Sur la route de Jack Kerouac est un livre fascinant! Sans vampire... Il nous fait parcourir des kilomètres et des kilomètres à travers les États-Unis et le Mexique. Une véritable carte géographique -un Google maps, en franco-français. Des routes, des villes, des villages, des déserts, des paysages ... Des nouvelles rencontres, des vieilles connaissances, des amours, amitiés qui se nouent et se dénouent. Du jazz, Nietsche, des auteurs français - Alain Fournier, Eugène Sue, Marcel Proust-, des auteurs américains-Hart Crane, Jack London. Des filles, de l'alcool, de la drogue, du sexe... Toute (ou presque) la gamme des sentiments et des émotions y passent, et plus encore...

Ce livre est un feu d'artifice. Les extraits de chacun des 5 chapitres que je vous invite à lire sur mon blogue Livranaute vous en donneront une idée. Comme de raison, ils ne sauraient couvrir tout le livre qui compte 479 pages. Le but recherché est tout autre: vous donner le goût de lire ce livre. À mon avis, on ne peut pas passer à côté. C'est un des meilleurs livres de Jack Kerouac, et Jack Kerouac est l'un des grands romanciers américains. Je vous conseille le Folio Plus, de Gallimard, bien traduit pas Jacques Houbart, parce qu'il contient des notes et un dossier présenté par Bernard Nouis.

En plus des extraits, vous trouvez un dessin de Jack Kerouac accompagné d'une note manuscrite, et deux vidéos. L'entrevue de Jack Kerouac au Sel de la semaine avec Fernand Seguin, et celle de Bernard Derome à l'occasion de la lecture publique des Belles-Soeurs de Michel Tremblay. Le lien entre les deux? Je vous laisse le découvrir...

jeudi 9 juillet 2009

Fascination / Les Hauts de Hurle-Vent

Avez-vous lu Fascination, de Stephenie Meyer, publié chez Hachette Jeunesse? Moi, non plus... Des milliers de pages en petits caractères, des vidéos, des livres audio, un film. Et ce n'est pas fini, les petits pains se multiplient. Les jeunes de moins de 20 ans en redemandent... Tout de même, avouons, chères lectrices, qu'il y a de quoi frissonner lorsqu'un beau garçon comme Edward vous dit, sincèrement: «Tu es toute ma vie à présent». Vampire ou non... Un vampire moderne, étudiant dans un collège américain, jeune et beau -malgré son teint blafard- sans cape, sans cercueil. Un coup de foudre entre lui et une jeune fille rondelette -de quoi se mettre sous la dent. Des situations inversées, ce sont les parents-vampires qui n'aiment pas voir débarquer une si jeune fille -réellement jeune. La fuite des amoureux devant les dangers qui les guettent. En plus, plus, plus... Edward s'évertue à retenir ses pulsions pour ne pas mordre, ni même mordiller le cou de cygne de cette belle et romantique jeune fille qui croit au prince charmant. Et puis? Les jeunes vont en librairie, achètent des livres, les lisent, en discutent, écoutent le livre lu sur Cd ou MP3. Et alors?...

En prime, un court dialogue entre Bella et Edward, dans le tome 3 de la saga, a suscité la curiosité les jeunes filles et les a amenées à lire les Hauts de Hurle-Vent de Emily Bronte*. Pas mal, non? J'ai lu, sur des blogues, nombre de commentaires: ce livre les a bouleversées. Certaines disent même qu'elle ne peuvent pas en faire une critique, tellement elles sont émues par cette lecture. D'autres disent que c'est un livre qui marque toute une vie -la leur est bien jeune, elles en liront d'autres, et c'est tant mieux. Que les critiques -de profession, plus âgés- soient perplexes et ne partagent pas ces avis sans nuance importe peu. Le plaisir de lecture est là où on le trouve... Je vous le dis, et vous le répète -avec Raymond Queneau: Lisons, liserons!

Pour ma part, je n'ai pas lu le livre, je l'ai écouté il y a quelques années sur des cassettes audio, empruntées à la bibliothèque. Je me souviens d'une histoire captivante, débitée à toute vitesse. Je devais être jeune et romantique... Et aujourd'hui? Le livre est en libre accès sur Wikilivres dans une nouvelle édition revue et corrigée, et signée, accompagnée de remerciements à M. le commandant Beauvais. Invitant. J'ai donc lu le premier chapitre et, je le confesse, j'y ai pris intérêt. Je ne déborde pas d'enthousiasme, mais j'y ai pris plaisir, toutefois, je ne pense pas lire tout ce livre à l'écran, ni l'imprimer - 34 chapitres, plus de 400 pages. Vivement, le livre de poche -même si sa couverture est moche. Si vous avez le goût de lire ce roman, n'hésitez pas. Apportez-le à la plage. Et si quelqu'un vous regarde de travers, montrez-lui vos incisives! Avec votre écran solaire dans le visage, ce sera du plus bel effet... Après tout, vous lisez un classique!
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* http://bibliobs.nouvelobs.com/20090629/13484/les-jeunes-fans-demily-bronte.

mercredi 8 juillet 2009

Le calendrier / L'Africain de JMG Le Cézio / Magazine littéraire

À l'affiche aujourd'hui trois courts sujets.
Vaut mieux en rire. Au fait, saviez-vous que la semaine de travail est une semaine pâté-chinois selon le calendrier québécois? Heureuse de vous l'apprendre! Lundi et mardi, on rush: ce sont des jours-boeuf haché. Mercredi, on sait plus où donner de la tête: jour- du blé d'Inde. Jeudi et vendredi, on est en bouillie: jour-patates pilées. Vive le pâté chinois!
Vous trouvez ça fou? Ce ne l'est pas plus que le calendrier républicain! Concocté, lui, par de grosses têtes qui chaussaient de grandes pointures. Preuve à l'appui. Aujourd'hui, c'est le decadi -9e jour- de la décade 29, du mois de Messidor. On se croirait au mois de Pluviôse... Mais ne nous décourageons pas, le 19 juillet, nous passerons au mois de Thermidor.

Précisions concernant L'Africain de Jean-Marie-Gustave Le Clézio. Le titre réfère à son père «devenu l'Africain, par la force de sa destinée». Les photos en noir et blanc, du livre (publié dans la belle édition Mercure de France, collection Folio (12,95$) ont été prises au Leica à soufflet par le Dr Le Clézio.

À feuilleter, en librairie, Les Essentiels du Magazine littéraire de Joseph Macé-Scaron. C'est une anthologie au riche contenu. 100 écrivains d'aujourd'hui évoquent 50 écrivains d'hier, qui couvrent 600 ans de littérature. Ces écrivains ont été puisés -si j'ose ce raccourci- dans plus de 400 numéros du Magazine litttéraire. Des coups de coeur, des coups de griffes, des coups de gueule... Certains écrivains actuels font vraiment valoir les auteurs choisis, d'autres se font valoir... Pour cette raison, je vous conseille de feuilleter ce livre avant de passer à la caisse...

mardi 7 juillet 2009

Jean-Marie-Gustave Le Clézio / L'Africain

Chose promise, chose due... J'ai relu L'Africain, de Jean-Marie-Gustave Le Clézio, et je livre ce qui en est, pour moi, l'essentiel. Ce récit autobiographique, JMG Le Clézio l'a écrit à 64 ans, dans le but de comprendre son père. Je dirais même pour lui rendre hommage en tentant de dire sa vie et sa vérité. Court, sobrement écrit, il s'élève comme un chant incantatoire adressé à un père qui lui a fermé ses bras et son coeur, jusqu'à la fin...
Pour ce compte rendu, j'ai composé une mosaïque, transgressant l'ordre des pages, centrant l'histoire autour de la figure du père. Les citations insérées sont en italique -je préfère citer plutôt que de paraphraser...

Pendant les premières années de leur mariage, mon père et ma mère ont vécu là leur vie amoureuse, à Forestry House et sur les routes du haut pays camerounais, jusqu'à Banso [Kumbo]. C'est le temps de la jeunesse, de l'aventure, lit-on plus loin. Sa mère accompagne son père dans ses tournées médicales. Ils vivent en symbiose avec la nature, et près des gens.
Mon père y sera le seul médecin, et le seul Européen, ce qui n'est pas pour lui déplaire. On est alors en 1932. C'est à noter.
Pendant plus de quinze ans, ce pays sera le sien. Il est probablement que personne ne l'aura ressenti mieux que lui, à ce point parcouru, sondé, souffert. Rencontré chaque habitant, mis au monde beaucoup, accompagné d'autres vers la mort. Aimé surtout, parce que, même s'il n'en parlait pas, s'il n'en racontait rien, il aura gardé la marque et la trace de ces collines, de ces forêts, de ces herbages, et des gens qu'il a connus.

Et voilà que sa mère tombe enceinte. On peut facilement imaginer leur bonheur... Elle se rend alors en France, chez ses parents, pour accoucher. On est en 1938. Son père prend un congé pour la naissance de l'enfant, et se rend en Bretagne où il reste jusqu'à l'été 1939. Puis, il retourne en Afrique à Ogoja, un poste avancé de la colonie anglaise. Et... la guerre éclate.
Il sera pris dans une sourcière: impossible de sortir du pays. Il essayera, mais sans succès, s'aventurant au Sahara à la frontière des possessions françaises. En temps de guerre, tout étranger est un espion. Finalement, il est arrêté, refoulé. La mort de l'âme, il doit revenir en arrière, refaire la route jusqu'à Kano, jusqu'à Ogaja. À partir de cet échec, l'Afrique n'a plus pour lui le même goût de la liberté. Désormais, il sera seul, isolé. Cette cassure en fera un homme brisé, à tout jamais. La guerre contribuera aussi à changer l'Afrique, et pas pour le meilleur.
À 8 ans, en 1948, Jean-Marie-Gustave, se rend en Afrique, avec son frère et sa mère. Le père qu'il rencontre est homme, usé, vieilli, irritable, rendu amer par la solitude, d'avoir vécu toutes les années de guerre coupé du monde, sans nouvelles de sa famille, dans l'impossibilité de quitter son poste pour aller au secours de sa femme et de ses enfants, ou même de leur envoyer de l'argent. Autoritaire, intolérant, il imposait à ses enfants une rude discipline. Il était plein de manies et de rituels, il avait tracé une ligne de conduite, pour ainsi dire, militaire. Nous avons appris d'un coup qu'un père pouvait être redoutable, qu'il pouvait sévir, aller couper des cannes dans le bois et s'en servir pour nous fouetter les jambes. Qu'il pouvait instituer une justice virile, qui excluait tout dialogue, et toute excuse. Ce qui contrastait avec leur éducation antérieure marquée par la tolérance et l'amour. Ce qui contrastait avec la douceur et la compréhension de leur mère.

Il n'en demeure pas moins que les enfants Le Clézio ont passé de belles années en Afrique. Jean-Marie-Gustave écrit de belles pages à ce sujet. La liberté, la beauté, le plaisir des découvertes, la joie de jouer avec les autres enfants... et la crainte de dangers, bien réels... On sent son attachement à cette terre d'Afrique, à jamais disparue. On sent sa douleur pour ses plaies et ses misères, pour ce qu'elle est devenue.

Le dernier chapitre intitulé L'oubli va vous chavirer. Vous serez ensorcelé par la douce poésie de ce texte imprégné d'une nostalgie qui dit l'absence, qui dit l'amour espéré. En voici un extrait: Quelque chose m'a été donné, quelque chose m'a été repris. Ce qui est définitivement absent de mon enfance: avoir eu un père, avoir grandi auprès de lui dans la douceur du foyer familial. Je sais que cela m'a manqué, sans regret, sans illusion extraordinaire. Quand un homme regarde jour après jour changer la lumière sur le visage de la femme qu'il aime, qu'il guette chaque éclat furtif dans le regard de son enfant. Tout cela qu'aucun portrait, aucune photo ne pourra jamais saisir.

L'Africain de Jean-Marie-Gustave Le Clézio, 124 pages, aux Éditions Mercure de France, avec des photos et une carte provenant des archives de l'auteur. Un récit aussi court que profond. Un récit touchant d'un homme de 64 ans à la recherche de son enfance, à la recherche de son père. Un voyage, au temps passé, dans une Afrique à jamais perdue.
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