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dimanche 31 janvier 2010

L'hiver. Vigneault - Mallarmé - Dumont - Miron / Verne - Gogol - Richepin - Constant

«Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver», chante Gilles Vigneault. Personne ne dit mieux l'hiver qu'un poète, il le dit en des mots qui nous charment et nous enchantent, les pieds bien au chaud... Avec Stéphane Mallarmé, c'est «l'hiver lucide...»; Fernand Dumont, «Vient le temps...»; Gaston Miron, «Les siècles de l'hiver...». Dans un autre volet, «Michel Strogoff» de Jules Verne nous lancera une œillade, qui nous rappellera «Le manteau» de Gogol; Jean Richepin penchera du côté de Gogol, dans «La Chanson des gueux» et «Adolphe» de Benjamin Constant échappera un soupir, un de plus.

Stéphane Mallarmé, L'hiver lucide
Le printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et, dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau
Et triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève...
― Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.
[Poésies. Renouveau, 1866]


Fernand Dumont, Vient le temps
Vient le temps où la brise n’a plus de secret
Où le givre a perdu sa douceur
Où la parole a tour ravi l’hiver

Alors l’homme grave se résume
Parvient au dernier labeur
Met à l’abri quelques rêves encore
Et livre les autres aux patients abatis.
[La part de l’ombre, Veiller encore, 1995]


Gaston Miron, Les siècles de l’hiver
Le gris, l’agacé, le brun, le farouche
Tu craques dans la beauté fantôme du froid
Dans les marées de bouleaux, les confréries
d’épinettes, de sapins et autres compères
parmi les rocs occultes et parmi l’hostilité

pays chauve d’ancêtres, pays
tu déferles sur des milles de patience à bout
en une campagne affolée de désolement
en des villes où ta maigreur ton visage
nous nos amours vidées de leurs meubles
nous comme empesés d’humiliation et de mort

et tu ne peux rien dans l’abondance captive
et tu frisonnes à petit feu dans notre dos
[L'homme rapaillé, La vie agonique, 1979]


Dans Michel Strogoff , de Jules Verne, on lit cette amusante réplique:
__ L’hiver est l’ami du Russe.
__ Oui… mais quel tempérament il faut pour résister à une telle amitié!

Ce qui n'est pas sans rappeler la fine remarque de Nicolas Gogol dans «Le manteau»:
«À Saint-Peterbourg les riches, les pauvres, les plus-que-pauvres ont un même ennemi: «le froid du Nord, quoiqu'on le dise favorable à la santé.» L'hiver s'annonçait, et Akaki Akakievitch avait froid. Son manteau était terriblement usé, à ce point qu'on lui avait même refusé le noble nom de manteau pour le baptiser capuchon.»

Jean Richepin, Les quatre saisons
Voici venir l’Hiver, tueur des pauvres gens
[La Chanson des gueux, 1876]

Adolphe soupire... dans le roman de Benjamin Constant
«C’était une de ces journées d’hiver où le soleil semble éclairer tristement la campagne grisâtre, comme s’il regardait en pitié la terre qu’il a cessé de réchauffer.»

Bonne lecture en ce dernier jour de janvier 2010.

Passe le temps, passe la vie, trépassent nos amours!
__
[] Fernand Dumont, La part de l'ombre. Poèmes 1952-1995, L'Hexagone - Rétrospectives, 1996.
[] Gaston Miron, L'homme rapaillé, PUM, 1970. Réédité avec une préface d'Édouard Gillant, NRF, Poésie, Gallimard, 1999.

dimanche 13 septembre 2009

Sur une île déserte / Sur une note de musique - Lefèvre et Nagano

Sur une île déserte. Sondage. Inspirée par une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP) et «L'Île Mystérieuse» de Jules Verne, je vous ai proposé un court sondage, le 4 août 2009. Petit rappel ou mise au parfum*. L'AFP annonçait qu'un «réfugié» allait s'installer sur l'île de Sgarabbhaig (Écose) pour se plonger dans la solitude et l'éloignement pour tenter de cesser de fumer.

Cet homme, ancien banquier d'affaires de NM Rothschild devrait camper sur une île quasi déserte: 3 cabanes de berger en ruine; pas d'eau, pas d'électricité, mais avec un troupeau de moutons... Et une cargaison de 120 livres! (mon billet du 4 août 2009... ici même). De plus, à la suite d'une émission diffusée sur Tv5 «Sur les traces de Jules Verne», j'avais traité de «L'Île Mystérieuse» de Jules Verne dans mon billet du 1er août courant. (Pour le lire, cliquez ici) [Oui, ces pages existent]

Vous pensez bien, il n'en fallait pas plus pour je vous pose la sempiternelle question: Sur une ile déserte, quels sont les 3 livres que vous apporteriez? Paul Auster s'était prêté à ce jeu sur une vidéo de BibliObs.com., tout comme d'autres écrivains. Me basant sur ses choix, j'ai proposé: Shakespeare, Don Quichotte, Montaigne et, bien sûr, aucun de ces choix.

Les résultats du sondage?
Match nul. Les 4 options ont récolté le même nombre de votes. Je tiens à remercier, très chaleureusement, ceux et celles qui ont participé à ce jeu littéraire. Votre participation m'a fait chaud au cœur. Un gros merci!

En avant-première de mon prochain blogue, un dessin tiré du livre publié par «The New Yorker». La légende dit: «Quels sont les dix livres que tu aurais emportés avec toi si tu avais su?» On est jamais trop prévoyant...

Sur une note de musique - Lefèvre et Nagano
Je vous invite à écouter, ce matin (10 h), l'excellente émission de Alain Lefèvre, notre pianiste bien-aimé. Sensible, l'émotion à fleur de peau, près des amateurs de belle musique comme un ami très cher, un homme cultivé et raffiné, un homme simple. Alain Lefèvre présente des choix musicaux exceptionnels. Il «partage aussi des anecdotes et des confidences sur le milieu de la musique classique.» (Espace Musique)

Chaque dimanche, dès 10 heures, il nous offre des découvertes, et nous laisse le temps d'écouter. Par exemple la semaine passée: «Le Trio Élégiaque», op.9. de Rachmaninoff, interprété par Beaux-Arts Trio, un album Philips. Magnifique!
Les émissions sont disponibles en différé. Pour vous y retrouver, consulter Espace Musique. Suivez le lien ici.

Aujourd'hui, une émission spéciale. Alain Lefèvre reçoit le maestro Kent Nagano. À ne pas manquer!
__
* Pas celui de Grenouille... dans «Le Parfum» de Patrick Suskind. Je vous l'assure!

vendredi 7 août 2009

Brèves... de testament

Vous l'aurez deviné... mes «Brèves... de testament» ont été inspirées par le «Testament d'un excentrique», de Jules Verne. Et, plus particulièrement, par trois passages. «Et voici ce à quoi Wiiliam J. Hypperbone avait réfléchi depuis sa résurrection, et le parti auquel il s'était arrêté -ce qui ne saurait étonner d'un pareil personnage.» Plus loin, notre faux-mort, qui a quitté le cimetière avant le jour du jugement dernier, précise son idée: :«Je vais ajouter un codicille à mon testament et introduire un septième personnage, qui sera William J. Hypperbone sous les initiales de X K Z». Et, enfin, cet aveu de l'excentrique: «(...) Puisque je ne me suis distingué par aucune excentricité jusqu'ici, au moins vais-je me monter excentrique sous le couvert de ma fausse mort.»

Il est vrai que l'excentrique, disons le faux-excentrique, ne peut prendre à son compte le fait qu'il ait été enterré vivant... Ce qui n'est pas banal. Son état cataleptique engendré par une congestion, le 1er avril (Oh! la la), ayant été confondu avec la mort réelle par les docteurs et corroborée par les fameux rayons du professeur Fréférick d'Elbing. Décidément, on ne peut plus se fier à personne...
Pince sans rire, Jules Verne ajoute qu'il est heureux que dans son testament notre milliardaire n'ait pas exprimer «dans son testament, la volonté d'être embaumé après sa mort (un lapsus?), car, assurément (...) il n'en serait pas revenu. Après cela, un homme si chanceux...»
«Il a l'air sinistre (m'écrit le Petit Robert), mais c'est un pince-sans-rire» Allons-y, à notre tour, sur un air rieur, sans en avoir l'air!

*Anecdotes notariales
Dans l'exercice de ses fonctions, le notaire -on le sait- est un homme sérieux, à l'apparence sévère, parlant d'une voix monocorde en toutes circonstances. Toutefois, rien n'interdit qu'il se pince, discrètement, lorsqu'il entend des mots déformés.
__ Monsieur le notaire, je voudrais ajouter un «crodicille» à mon testament... je voudrais signer un «bail antibiotique»... je voudrais signer un «chèque en bonne uniforme».
À la croque au sel. Codicille, crodicille, crocodicille, colibacille, cédille, cédicille, cécille, saintecécille, pourquoi pas faucille!

__ Un testateur, dans son codicille olographe, remercie Saint-Joseph pour sa maternelle protection et l'inplore de lui sonner la santé pour faire une belle mort et demande, ne voulant pas se retrouvé «refroidi» un bon matin, d'être incendié.
À la croque au sel. Voilà un testateur qui souffle le froid et le chaud. On ne sait pas si ce codicille laissa ses héritiers froids, ou s'ils prirent le feu... Ou si notre homme mourut en bonne santé sous la haute protection de la mère Joseph.

__ Dans un autre testament olographe, intitulé «Testament oléographe», le notaire a lu ceci: «Je recommande mon âne à Dieu.»
À la croque au sel. «Pas de chance, c'est complet. L'enclos est plein. Retournez d'où vous venez. Désolé!», lui dit Saint Pierre, le répartiteur en chef. Ninon était absente, ce jour-là. Autrement, elle aurait intercédé en sa faveur.

Des notaires auraient aussi avantage à relire ce qu'ils écrivent. Procédant à un inventaire, l'un de ceux-là écrivit: «Dans cette pièce se trouvent trois tableaux, une table, cinq chaises, dont celle sur laquelle je suis assis; le tout de peu de valeur.»
À la croque au sel. En somme, le tout... ne valait rien. Pauvre notaire ou notaire pauvre. Un plumitif, peut-être?

**Le fantôme de William J. Hypperbone
__ Faute d'héritier direct, un norvégien a couché ses amis sur son testament. Pour dissuader quiconque d'entraver ses dernières volontés, il menaça ceux qui oseraient... «Je jure solennellement, si cela est possible, de venir vous poursuivre dans les heures les plus sombres de la nuit.» Sa demi-sœur fit casser le testament, car les deux témoins qui l'avaient paraphé en ignoraient le contenu.
À la croque au sel. L'histoire ne dit pas si le fantôme est venu croquer le gros orteil de la belle-sœur ou lui faire des hou hou! durant la nuit.

**Le zèle des héritiers
__ À l'inverse, on trouve des héritiers respectueux, dans l'esprit comme dans la lettre, de la moindre volonté du défunt. Et cela, sans aucune menace. Au Monténégro, un sexagénaire s'était pris d'affection pour son téléphone portable. Dans son testament, il demanda à être enterré avec lui. La famille plaça donc le chouchou du défunt à ses côtés. Oups! La carte SIM n'était pas dans l'appareil. La famille a donc fait exhumer le cercueil pour remettre la carte dans l'appareil.
À la croque au sel. À quoi peut bien servir un cellulaire sans sa carte SIM. Je vous le demande! C'est un appareil mort...

** L'indifférence des légataires
__ Une londonienne âgée et fortunée a laissé à Tinker, son légataire, le droit d'habiter sa maison, lui allouant une somme importante pour assurer sa subsistance, et elle plaça, auprès de lui, des curateurs. En contrepartie, sa liberté fut restreinte. «Si Tinker abandonne la maison de façon permanente, les gestionnaires du fonds pourront mettre fin à la pension.» indique le testament.
À la croque au sel. Quelle vie de chien pour un chat de gouttière!

__ Dans son testament, dûment enregistré, un agriculteur indien formule un voeu suprême: «Quand ma vie sur Terre prendra fin, je désire donner mon corps aux animaux de la forêt de Phawngpui, pour qu'ils le dévorent au cours d'une grande fête.»
À la croque au sel. Bon appétit! Mais n'en prenez pas l'habitude...

** Un héritage qui tombe du ciel
__ Décédée, à l'âge de 100 ans, une coiffeuse américaine, veuve depuis 50 ans, est partie en douce. On découvrit son testament, elle laissait 35 millions de dollars à l'université de Miami pour des recherches sur le diabète et à un centre de recherche sur le cancer.
À la croque au sel. Ces deux legs évitèrent à la coiffeuse de glisser dans les oubliettes. Il y a lieu de croire qu'elle est demeurée bien vivante dans la mémoire de ces 2 institutions.

** Les testaments cachetés
__ Un notaire raconte, sous anonymat, qu'il a découvert 17 testaments, tous mauves, d'une dame de 60 ans. Elle désignait un seul légataire universel. Convoqué à l'étude du notaire, le chaudronnier gardait deux vagues souvenirs de la dame. Il lui avait parlé, il avait fort longtemps, lors d'un mariage alors qu'il avait 20 ans; et que, chaque dimanche, la dame se postait devant son appartement, au-dessus de celui du fleuriste, pour le saluer. «Elle vous aime depuis longtemps, lui dit le notaire, elle vous laisse 6 millions.» La connaissant si peu, le chaudronnier, jugeant qu'il serait amoral d'accepter, refusa l'héritage. Des cousins au 6e degré se sont arraché l'héritage. «Pas un seul ne m'a demandé où était enterrée cette dame.», déplora le notaire
À la croque au sel. Le chaudronnier retourna à ses chaudrons Gros-Jean comme devant, tandis que les jean-le-blanc planaient de joie.

__ Le jour de sa mort, une riche comtesse laissa un testament cacheté qui résumait ses dernières volontés en 3 phrases: «Je lègue mes 50 millions à une oeuvre de charité, ci-nommée... Je n'ai jamais cru à vos risettes. Vous êtes des crabes.»
À la croque au sel. Il n'y pas que les vivants qui ont le sens de l'humour Je présume que les crabes ont dû rire jaune.


L'héritage - Paroles de Félix Leclerc

L'engagé de la maison / reste collé avec l'horloge / Dans l'tic-tac de l'horloge / était roulé un million
Chapeau noir, / Les yeux dans l'eau, / Les mouchoirs, / Les gros sanglots, / Rage au coeur, / Couteaux tirés, / C'est la vieille qui a gagné!
___
Psitt! D'où vient le pince-sans-rire? Du jeu, je te pince sans rire, où l'on devait pincer quelqu'un avec des doigts barbouillés (1730). Le petit Robert. Un jeu d'enfant? Ou un jeu de main, jeu de vilain?
*Source: Les chroniques «Notaires et humour», de Me Jean Martineau, notaire, publiées dans Histoire - Québec.
** Mon texte a été inspiré de chroniques publiées dans marianne2.fr et classées dans les archives, ainsi que de l'article rédigé par Clara Dupont-Monod, intitulé «Notaires», 2001, également publié dans marianne2.fr.

Photo: Il Tritico de Verdi, The Metropolitian Opera. L'histoire de la musique.

jeudi 6 août 2009

Le testament d'un excentique - Jules Verne

Lire «Le testament d'un excentrique», de Jules Verne: voilà ce à quoi nous conviait l'émission «Sur les pas de Jules Verne», «En Amérique», diffusée sur Tv5. Je n'avais jamais lu ce roman. Pourtant, j'avais voyagé avec Jules Verne: en ballon, au centre de la terre, sous les mers, sur la lune, mais en Amérique, nenni... pantoute... Je me suis donc empressée de lire «Le testament».

Jules Verne, quel bon conteur d'histoire! L'intrigue, livrée au compte-gouttes, parsemée d'indices ici et là, soutient notre attention d'un chapitre à l'autre. Prenons pour exemple le premier chapitre.
Le titre, «Toute une ville en joie» annonce un événement heureux. Ce qui se déroule le 3 avril 1897, à Chicago, est raconté par un étranger, qui aurait pu se considérer comme «le favori du Dieu des voyageurs», car il aurait pu remplir son carnet de notes curieuses en vue d'articles sensationnels. Cette première phrase donne le ton. L'étranger ne sait rien, alors il observe, il décrit, il se pose des questions, et il nous raconte... On découvre avec lui ce qui se passe, au fur et à mesure.

«Était-ce vers City Hall que sa population se déversait en masses tumultueuses?» Pour quoi faire? S'agit-il d'une adjudication de terrains, d'un meeting électoral, d'une inauguration, se demande-t-il? «Non, il se préparait à une cérémonie d'un tout autre genre...», qui aurait pu être triste, mais pour respecter le vœu d'un personnage, elle s'accomplit «au milieu de la joie universelle.» Ainsi, tous les participants défilaient avec un gardénia à la boutonnière.

Et puis, vers la fin du chapitre: c'est au son d'une valse de Strauss que la foule s'apprête à pénétrer dans un parc" Quel parc? «Ce parc n'était pas un parc... C'était Oakswoods Cemetery (...). Et ce char était un char funéraire, qui transportait à sa dernière demeure les dépouilles mortelles (sic-sic) de William J. Hypperbone, l'un des membres de l'Excentric Club.» On découvre, seulement, à l'avant-dernier chapitre ce que cache mon «sic-sic».

Ce n'est rien... attendez de lire le testament... et ses clauses... les 6 héritiers «potentiels» empêtrés dans des contraintes, et un septième inscrit dans un codicille. William J. Hypperbone était un milliardaire. C'est à qui mettrait la main sur le magot. Mais l'excentrique, qui a mené une vie ordinaire, se paie une énorme excentricité, une fois mort... Même mort, il n'avait pas encore dit son dernier mot.

Et ce n'est encore rien... attendez de lire les deux derniers chapitres... On assiste à un renversement de situation. Un vrai «punch»!

«Le testament d'un excentrique», de Jules Verne, m'a vraiment fait passer de bons moments de lecture, tout comme «L'Île Mystérieuse».

Par contre, l'émission de tv5, «Sur les pas de Jules Verne», «En Amérique», m'a laissée un arrière-goût... Quel rapport avec le roman de Jules? Un seul: le lien -fort ténu- entre le jeu de l'oie du roman et le tirage au hasard de Laurent Bignolas -arrangé (le tirage) avec le gars des vues- pour choisir des états à parcourir. Avouez que c'est mince!

Je m'attendais, à tout le moins, à un joyeux cortège funéraire à la Nouvelle-Orléans. Je m'attendais à visiter les lieux où «avaient pioché» les Six concurrents qui tentaient -péniblement- leur chance de mettre la main sur l'héritage. Le 7e avait, quant à lui, à remplir d'autres conditions, restées secrètes.
Et bien non... Déçue, je suis très déçue de cette émission autant que j'ai été ravie de l'émission précédente.

Que nous réserve la prochaine émission «En Inde»? Elle semble plus prometteuse. «Laurent Bignolas et l'équipe empruntent le même itinéraire», nous dit-on, que celui suivi dans «La Maison à vapeur», de Jules Verne. Voilà, assurément, le chemin à suivre... si on veut marcher «sur les pas de Jules Verne»*.

Ne manquez pas mon prochain billet: Brèves... de testament.
N'ayez crainte, je ne vais pas vous faire pleurer, à moins que ce soit de rire... Comme William J. Hypperbone, j'espère vous surprendre, et semer la joie! À demain donc...
___
Psitt! Le «Ce parc n'était pas un parc... » précède donc le célèbre «Ceci n'est pas une pipe»...
Référence: «Le testament d'un excentrique», Édition du groupe «Ebooks libres et gratuits», sur Internet.
* Pour lire le résumé de l'émission, cliquez ici

samedi 1 août 2009

L'Île Mystérieuse - Jules Verne

«Fuir, m'enfuir, m'éfuir».* Sacrer le camp! Quel livre apporter sur une île déserte? L'Île Mystérieuse de Jules Verne. Serez-vous Cyrus Smith, un ingénieur et savant; Gédéon Spilett, un reporter; Pencroff, un marin; Harbart Brown, botaniste amateur; Nab, un ami fidèle? Ou un 6e doigt de la main: un personnage créé par vous. Ou encore Ayrton, un bandit repenti? Capitaine Nemo?

Un livre pour enfant? Lisez-le... en cachette, lisez-le à votre enfant. Comme Tintin, Astérix, Snoopy, des bandes dessinées? Dans ces livres, comme dans d'autres, l'enfant capte ce qu'il est en mesure de comprendre. En les relisant plus tard, il en fait une autre lecture. Ainsi l'adulte y retrouve, avec plaisir, ses souvenirs d'enfance et fait des «découvertes». Au point même, qu'il a l' impression d'avoir lu un livre incomplet. Pourtant, tout y était, par exemple, ces passages cités ici:

__ «On parlait aussi du pays, de la chère et grande Amérique. Où en était cette guerre de Sécession? Elle n'avait évidemment pu se prolonger! Richmond était promptement donnée, sans doute, aux mains du général Grant! La prise de la capitale des confédérés avait dû être le dernier acte de cette funeste lutte! Maintenant, le nord avait triomphé pour la bonne cause. Ah! Qu'un journal eût été le bienvenu pour les exilés de l'île Lincoln. (...) [p.363].**
__ « Appelons-la du nom d'un grand citoyen, mes amis (proposa Cyrus Smith), de celui qui lutte maintenant pour défendre l'unité de la république américaine! Appelons-la l'île Lincoln! (...) Or, ceci se passait le 30 mars 1865, et ils ne savaient guère que seize jours après, un crime effroyable serait commis à Washington, et que, le Vendredi saint, Abraham Lincoln tomberait sous les balles d'un fanatique.»** [p.131-p.132]
On peut voir dans le rappel des évènements reliés à la guerre de Sécession une occasion de faire une virée dans l'histoire américaine.
Peut-on, encore aujourd'hui, voir des traces de cette fracture qui a divisé le Nord et le Sud? L'élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis d'Amérique...

__ «Le prince Dakkar (...) élevé dans les idées de revendications et de vengeance, ayant l'amour de son poétique pays chargé des chaînes anglaises, ne voulut jamais poser le pied sur cette terre par lui maudite, à qui l'Inde devait son asservissement.» [717]
De quel côté Jules Verne, par la voix de ses personnages, tangue-t-il? À bâbord... à tribord...

Nous nous souvenons tous, à n'en pas douter, du capitaine Nemo. «Jeune et beau, il demeura sérieux, sombre, dévoré de la soif d'apprendre, ayant un implacable ressentiment rivé au cœur.».
... Et de son Nautilus «Cet appareil, semblable au corps d'un énorme cétacé (...) Le canot s'en approcha lentement. À l'avant, Cyrus Smith s'était levé. Il regardait, en proie à une violente agitation. Puis, tout à coup, saisissant le bras du reporter: ''Mais c'est lui! s'écria-t-il...'' Puis il retomba sur son banc, en murmurant un nom que Gordon Spilett fut seul à entendre. (...)» [p. 711)
Nous l'avons vu, de nos yeux vu... ce cétacé. Lui? Qui ça, lui? Il a fallu attendre à la fin de la page suivante pour l'apprendre... Et il a fallu lire bien des pages pour connaître l'histoire du «génie de l'île», le capitaine Nemo. Ces pages, on ne les oublie pas... mais, enfant, on ne peut tout saisir... La colonisation de l'Inde par les Britanniques, les appels à lutter pour son indépendance, l'opposition des factions... sont des questions complexes.

Au fait, le bathyscaphe date de quelle année? Vivre 32 ans à son bord sans perdre la boule: moyen extrême, sans aucun doute, pour «fuir, m'enfuir, m'éfuir».* Sacrer le camp! Il faut y être obligé pour assurer son salut!
Le ballon des 5 prisonniers, avec ou sans eux, pourrait mieux convenir, peut-être? À condition de ne pas souffrir du vertige, ni du mal de l'air, ni de craindre les atterrissages forcés... Il serait, dans tous les cas, préférable de choisir une montgolfière, inventée en... en quelle année déjà?

Les naufragés de L'Île Mystérieuse, devenus les colons de l'île Lincoln, par la force des choses, vivaient en symbiose avec la nature et grâce à l'apport de chacun d'eux, selon leurs talents et leurs connaissances. Le plus inventif est, sûrement, Cyrus Smith, ingénieur et savant, qui force notre admiration.

«Et sa devise aurait aurait pu être celle de Guillaume d'Orange au XVIIe siècle: «Je n'ai pas besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.» [p.15]

C'est un aspect fascinant du livre. Tous s'emballent pour ses inventions, toutes plus ingénieuses les unes que les autres. Mais, chacun a sa préférée. Quant à moi, c'est la fabrication de la lentille avec les deux verres de sa montre. (...) lentille, qui, concentrant les rayons solaires sur une mousse bien sèche, en avait déterminé la combustion.»
Vous pensez que je pense au rôti de gibier - du cabiai, un cochon d'eau? Vous l'avez tout faux! Ce qui me frappe est le génie de Jules Verne qui anticipe l'énergie solaire.

Grâce à l'émission, diffusée sur TV5 mardi passé, la première d'une série intitulée «Sur les pas de Jules Verne», une émission qui portait sur «L'Île Mystérieuse» -qui m'a inspiré ce billet- j'ai visité l'île de Pâques, les îles Salomon, l'île Tanna,... et dans les Émirats arabes unis -EAU, Dubai et Abou Dabi. Quel rapport entre ces deux villes et Jules Verne? L'énergie solaire..
Les Émirats, gros producteurs de pétrole, mais aussi de très grands consommateurs de pétrole -principalement Dubai. Il fait chaud et beau là-bas... on climatise, etc. À Abou Dabi, un petit émirat, des architectes français construisent un prototype de village solaire tournant. Plutôt que d'utiliser les panneaux solaires «ordinaires», ils utilisent des miroirs, de simples miroirs de salle de bain, collés sur les toits, pour capter les rayons solaires... comme dans Jules Verne. Ingénieux!

«Sur les pas de Jules Verne», l'émission de mardi 4 août nous conduira «En Amérique» prenant pour guide «Le Testament d'un excentrique» de Jules Verne.
Selon le court résumé, c'est le seul roman de Jules Verne qui promène son lecteur dans un pays tout entier». L'Amérique... ce sont les USA. Il faut admettre que les États, c'est big!
Pour avoir un avant-goût de l'émission, Sur les pas de Jules Verne - En Amérique
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* Expression tirée de La Grande Tribu, de Victor-Lévy Beaulieu.
** Les citations ont été puisées dans l'Édition du groupe «Ebooks libres et gratuits». Texte libre de droits, à une fin non commerciale et non professionnelle. Site web du groupe: http://www.ebooksgratuits.com
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