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vendredi 18 décembre 2009

Humour - Caricatures et dessins -The New Yorker - BAnQ - en numérique

Sous l'enseigne de l'humour: des caricatures de «The New Yorker»; des caricatures et des dessins humoristiques de la collection numérique de la BAnQ. Prenons un moment de détente avant la folle course finale pour arriver à temps à Noël qui, cette année, tombe un 25 décembre! Ris, rions, riez. Ris... de veau, comme dirait Satie: rions... de nous et de nos manies: riez ... le nez dans les livres ou l'œil sur mon blogue. Les livres les plus drôles et plus spirituels de l'année, louangés par la critique, sont ceux de The New Yorker. Ce n'est pas surprenant, celui-ci publie des caricatures depuis 1925, soit depuis son premier numéro; de plus, il fait appel aux meilleurs caricaturistes du monde. The New Yorker nous offre 3 livres. J'en ai parlé dans mon billet du 14 septembre: à voir sur Littéranaute(1). Je ne reprends donc ici que l'essentiel, en guise de rappel.
L'humour est le sel de la vie!


Les trois livres du «The New Yorker»


The New Yorker, L'intégrale des dessins, par Robert Mankoff et Jean-Loup Chiflet. Éditions Les Arènes, 660p.

Le livre comprend l'intégralité des dessins parus dans «The New Yorker», de 1925 à 2007, soit 68 647 dessins de 400 dessinateurs exceptionnels.

C'est un volume de référence, à déguster lentement. Finesse et ironie.
[Les caricatures présentées ici sont tirées de ce livre]





The New Yorker, «L'Humour des livres», par Jean-Loup Chifflet. Éditions Les Arènes, 200p.

Les 300 dessins qui composent le florilège de «L'Humour des livres»
sont tirés de «L'intégrale». Le «New Yorker» croque le petit monde littéraire. Éditeur, écrivain, lecteur: chacun a ses 15 minutes de gloire!




The New Yorker, Les dessins refusés par le New Yorker, rassemblés et présentés par Matthew Diffee. La traduction est de Jean-Loup Chiflet et Fanny Soubiran. Éditions les Arènes, 100p.

Humour, impudence, imprudence. Des vertes et des pas mûres!

Chaud en avant! L'Enfer!





Des caricatures et des dessins humoristiques, de la BNaQ


Le site de la BNaQ (Bibliothèque Nationale et archives du Québec) -disponible partout dans le monde- contient des trésors. La souris à la main, l'œil à l'écran, bien au chaud par -20o C, j'ai puisé dans sa collection numérique des caricatures et dessins publiés dans des revues ou journaux... -accrochez-vous à votre tuque- de 1872 à 1902. C'est curieux comme l'«Ancien Bon Temps» ressemble au nôtre! Faut-il en rire? Faut-il en parler! Souris, sourions, souriez... Par contre, «Le chapeau» ne date pas d'hier, mais il est inspirant... Vous verrez. «Les chevaux malades», c'est du Ionesco... Ces caricatures et dessins n'ont rien à envier aux anciennes caricatures de «The New Yorker»


Montréal la nuit: Les figures rencontrées dans certains établissements surveillés de près par la police. L'album universel, vol. 19 no 2 . p. 35 (10 mai 1902)
Gravure

§ Il me semble avoir vu de pareils visages à la télévision. Je me trompe?

À droite: Combat entre la lampe au pétrole et la théière: tristesse du sucrier. L'opinion publique, Vol. 8, no. 10, pp. 115 (8 mars 1877)
Gravure

§ Le pétrole, qui l'aura?
Triste est le sucrier...






Bâtisses du parlement : modèle de girouette pour la tour centrale.
L'opinion publique, Vol. 4, no. 14, pp. 161 (3 avril 1873)
Gravure


§ C'était en 1873... Aujourd'hui, on ne verrait pas pareil ridicule!






Au Monument national: Les chapeaux des dames.
Le Monde illustré, vol. 15 no 762. p. 507 (10 décembre 1898)
Gravure.

§ Inspirant? Pour sûr... Un trou dans les sièges de cinéma, de théâtre, d'autobus: une idée géniale!

D'ici peu, on rira de ces humains qui se déplaçaient avec des (gros) sacs dans le dos. On dirait des dromadaires ou des Bossus de Notre-Dame, on dirait...

Ce sera au siècle de la simplicité volontaire -ou involontaire-, plus rien ou si peu à mettre dans le sac. Alors, on le portera ostensiblement devant soi, comme la vie... ou ce qui en restera.




«Les chevaux malades»
L'opinion publique, Vol. 3, no. 45, pp. 536 (7 novembre 1872)
Gravure

§ C'est du Ionesco, vous dis-je.

Les chevaux valent bien «Le Rhinocéros», non?







Excellente journée!
___
(1) Pour lire et voir, le billet du 14 septembre sur Littéranaute. Cliquer ici ou veuillez taper «new yorker» dans la ligne de recherche de Google.
(2) Pour rejoindre la bibnum, la Bibliothèque numérique de la BNaQ, cliquer ici.

jeudi 22 octobre 2009

L'ordinateur et l'écriture - Umberto Eco / Antidote HD

L'ordinateur et l'écriture - Umberto Eco / Antidote HD. Diable, dites-vous, quels liens peut-il y avoir entre un texte de Umberto Eco et Antidote HD? Entre un érudit, romancier, et un logiciel. Laissez-moi d'abord vous dire que Druide informatique vient de lancer une nouvelle version, repensée et enrichie, de son célèbre logiciel d'aide à la rédaction en français et de correction grammaticale. La version HD «Hautement Désirable» -«Cet obscure objet du désir», comme dirait Bunuel- pourrait bien vous induire en tentation, et vous faire succomber... d'où le «Diable»... Dictionnaire étymologique, citations historiques, guide historique, illustrations du Visuel Nano, liens vers Wikipédia, etc. Un correcteur de texte «à deux colonnes», de nouveaux filtres, possibilité d'éditer un texte dans la fenêtre du correcteur... 120 nouveautés! Ce n'est pas tout, un«Anti-Oups, -«Hallucinant et Débile» dixit, avec humour, un «druide»- pour le courriel. Qui plus est: votre iPhone sera content de vous!*

Cela étant dit, abordons la question des liens, sans (trop) les tirer par les cheveux...
Le trio ordinateur, écriture, Antidote HD: ça va.
Le trio ordinateur, écriture, Umberto Eco: ça va.
Or, deux quantités égales à une même troisième sont égales entre elles.
Donc Antidote HD et Umberto Eco: ça va.
Mais oui: si A=B, et si B=C, donc... A=C
Et vous voilà... piégé! Comme Socrate par Eugène Ionesco... qui retourna le célèbre syllogisme d'Aristote, qui dit: Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel. La logique est implacable.
Eugène Ionesco pondit un syllogisme, tout à fait drôle, mais à la logique... disons, floue. «Tous les chats sont mortels. Or, Socrate est mortel. Donc, Socrate est un chat.»
En attendant cela, la Cantatrice chauve s'esclaffa bien haut, le Rhinocéros barrit, et Ionesco sourit, fier d'ajouter une absurdité à son répertoire.

Je ne sais pas si Umberto Eco apprécierait mon faux syllogisme... mais nous savons qu'il a un solide sens de l'humour. Vous serez à même de le constater, à nouveau, dans le texte qui suit, et que je vous invite à lire, texte tiré de «Comment j'écris». Écrire à la main, écrire à l'ordinateur, avec quel traitement de texte? Comment écrit-il? Quelle idée vous vous en faites?

«L'ordinateur et l'écriture», Umberto Eco
« [Mais] quelqu’un un jour m’a dit : On sent que le roman a été écrit directement à l’ordinateur; sauf la scène du cimetière: celle-là oui, on sent qu’il y a du ressenti, elle a dû êtres plusieurs fois réécrite, et au stylo.» J’ai honte de le dire, mais de ce roman qui a subi tant de phases de rédaction, où sont intervenus le bic, le stylo, le feutre, et d’infinies révisions, l’unique chapitre écrit directement à l’ordinateur, et d’un trait, sans trop de corrections a été justement celui de la trompette. La raison en est très simple: cette histoire, je l’avais tellement portée en moi, je me l’étais racontée tant de fois, que c’était comme si elle était déjà écrite. Je n’avais rien à ajouter. J’avais mes doigts sur le clavier comme sur un piano sur lequel j’aurais joué une mélodie que je savais par cœur; et s’il y a du bonheur dans cette scène, il est dû au fait qu’elle est née comme une jam session. Vous jouez en vous laissant aller, vous enregistrez, et ça donne ce que ça donne.

En fait, ce qui est bien avec l’ordinateur, c’est qu’il encourage la spontanéité : vous écrivez d’un seul jet, en hâte, ce qu’il vous vient à l’esprit. Après, vous savez que vous pouvez corriger et varier.

L’utilisation de l’ordinateur concerne surtout le problème des corrections, et donc des variantes.

(…) Avec l’utilisation de l’ordinateur (Le Pendule [de Foucault] a été écrit en Wordstar 2000, L’Ile du jour d’avant en Word 5, Baudolino en Winword dans des diverses versions au cours des années. Les choses changent. (…) Mais il serait erroné de penser qu’un fanatique des variantes pourrait demain reconstruire votre processus d’écriture. (…) Une fois je me suis penché sur les variantes des Hymnes sacrés de Manzoni. Alors, la substitution d’un mot était décisive. Aujourd’hui non: demain vous pouvez revenir sur le mot abandonné hier. Ce qui comptera tout au plus, ce sera la différence entre le premier jet manuscrit et le dernier jet sur imprimante. Le reste est un va-et-vient, souvent déterminé par votre taux de potassium dans le sang.»
[Umberto Eco, De la littérature, Grasset, 2002. Les extraits sont tirés des pages 421 à 423, «L'ordinateur et l'écriture» faisant partir du texte «Comment j'écris»]
__
* Sources d'information: Branchez-vous! «Lancement d'Antidote HD: «La plus grande évolution du logiciel à ce jour», par Aude Boivin Filion. Pour lire l'article, cliquez ici.
Direction Informatique: «Antidote HD: présentation déjantée pour une formule améliorée», par Jean- François Ferland. Sous ce même titre (sic), on trouve 2 articles. «Nouveautés et améliorations», en page 1: cliquez ici. «Mieux desservir la clientèle actuelle», en page 2: cliquez ici.

jeudi 8 octobre 2009

Fables - La Cantatrice chauve / Eugène Ionesco

«Fables, tirées de «La Cantatrice chauve», de Eugène Ionesco. Fables, anecdotes ou histoires, Le Pompier raconte à la bonne compagnie, Mme et M. Smith, Mme et M. Martin, «des choses» qu'il a expérimentées lui-même. «Pas dans les livres»... Pensez donc! D'ailleurs, M.Smith estiment que «les histoires de pompier» tiennent le haut du pavé. Dans un instant, nous retrouverons Le Pompier dans le salon des Smith. Auparavant, une question: d'où vient ce titre «La Cantatrice chauve». Eugène Ionesco l'aurait-il inventé de toutes pièces?

Qui est donc cette «fâmeuse» «Cantatrice chauve»?
«Cédant aux impératifs du théâtre aussi bien qu'à son penchant naturel, Ionesco grossit démesurément les effets, accentue la banalité jusqu'à l'absurde, invente une pendule insolite, trouve un rythme et conçoit un dénouement. Restait le titre. L'auteur avait songé à «L'Anglais sans peine», puis à «L'Heure anglaise». Finalement, la cocasserie du hasard trancha: Henri-Jacques Huet ayant eu un lapsus en répétant le monologue du «Rhume», métamorphosa une «institutrice blonde» en «Cantatrice chauve». Ce coup de baguette magique qui alliait la mystification à la provocation ne pouvait que séduire l'auteur.»

Eugène Ionesco avait d'abord rédigé une version en roumain, intitulée «L'Anglais sans professeur», sous-titrée «Comédie inédite en un acte». Cette pièce était, en fait, une parodie de l'apprentissage de l'anglais, La méthode Assimil lui ayant fourni les matériaux de base. Seul le personnage Le Pompier résiste à l'Assimil...
La version française, «La Cantatrice chauve», diffère de la version roumaine sur plusieurs aspects.

Pendant ce temps, dans le salon des Smith...
  • Le Pompier: Voulez -vous que je vous raconte des anecdotes?
  • Mme Smith: Oh, bien sûr, vous êtes charmant.
  • M. Smith, Mme Martin, M. Martin: Oui, oui, des anecdotes, bravo!
  • M. Smith: Et ce qui est encore plus intéressant, c'est que les histoires de pompier sont vraies, toutes, et vécues.
  • Le Pompier: Je parle des choses que j'ai expérimentées moi-même. La nature, rien que la nature. Pas les livres.
  • M. Martin: C'est exact, la vérité ne se trouve d'ailleurs pas dans les livres, mais dans la vie.

«Le Chien et le bœuf»
Fable expérimentale: un autre bœuf demandait à un autre chien: «pourquoi n'as-tu pas avalé ta trompe?» «Pardon, répondit le chien, c'est parce que j'avais cru que j'étais un éléphant.»
  • Mme Smith: Quelle est la morale?
  • Le Pompier: C'est à vous de la trouver.
  • M. Smith: Il a raison.
  • Mme Smith, furieuse: Une autre

«Un jeune veau»
Un jeune veau avait mangé trop de verre pilé. En conséquence, il fut obligé d'accoucher. Il mit au monde une vache. Cependant, comme le veau était un garçon, la vache ne pouvait pas l'appeler «maman». Elle ne pouvait lui dire «papa» non plus parce que le veau était trop petit. Le veau fut alors obligé de se marier avec une personne et la mairie prit alors toutes les mesures édictées par les circonstances à la mode.
  • M. Smith: À la mode de Caen
  • M. Martin: Comme les tripes.
  • Le Pompier: Vous la connaissiez donc?
  • Mme Smith: Elle était dans tous les journaux.
  • Mme Martin: Ça s'est passé pas loin de chez nous.
  • Le Pompier: Je vais vous en dire une autre.
«Le Coq»
Une fois, un coq voulut faire le chien. Mais il n'eut pas de chance, car on le reconnut tout de suite.
  • Mme Smith: Par contre, le chien qui voulut faire le coq n'a jamais été reconnu
«Le Rhume»
Mon beau-frère avait, du côté paternel, un cousin dont l'oncle maternel avait un beau-père dont le grand-père paternel avait épousé en secondes noces (...) lui-même fils naturel d'un médecin de campagne, marié trois fois de suite dont la troisième femme...
[Le Pompier trace l'arbre généalogique du beauf... 30 lignes, une phrase, qui se termine par 3 points de suspension, car le Pompier, interrompu, continue son histoire comme si de rien n'était. Ainsi va la conversation!]
  • M. Martin: J'ai connu cette troisième femme, si je ne me trompe. Elle mangeait du poulet dans un guêpier.
  • Le Pompier: C'était pas la même
  • Mme Smith: Chut!
Je dis: ... dont la troisième femme était la fille de la meilleure sage-femme de la région et qui, veuve de bonne heure...
  • M. Smith: Comme ma femme.

... s'était remariée avec un vitrier, plein d'entrain, qui avait fait, à la fille d'un chef de gare, un enfant qui avait su faire son chemin dans la vie...
  • Mme Smith: Son chemin de fer...
  • M. Martin: Comme aux cartes.

... Et avait épousé une marchande de neuf saisons, dont le père avait un frère, maire d'une petite ville, qui avait pris pour femme une institutrice blonde dont le cousin pêcheur à la ligne...
  • M. Martin: À la ligne morte?

... avait pris pour femme une autre institutrice blonde, nommée elle aussi Marie, dont le frère s'était marié à une autre Marie, toujours institutrice blonde...
  • M. Smith: Puisqu'elle est blonde, elle ne peut être que Marie.

... dont le frère avait été élevé au Canada par une vieille femme qui était la nièce d'un curé dont la grand-mère attrapait, parfois, en hiver, comme tout le monde, un rhume.
[Après plusieurs interventions...]
  • Mme Martin. Excusez-moi, monsieur le capitaine, mais je n'ai pas très bien votre histoire. À la fin quand on arrive à la grand-mère du prêtre, on s'empêtre.
  • M. Smith: Toujours, on s'empêtre entre les pattes du prêtre.
  • Mme Smith: Oh oui, Capitaine recommencez! tout le monde vous le demande.
  • Le Pompier: Ah! je ne sais pas si je vais pouvoir. je suis en mission de service. Ça dépend de l'heure qu'il est.
  • Mme Smith: Nous n'avons pas l'heure chez nous.
  • Le Pompier: Mais la pendule?
  • M. Smith: Elle marche mal. Elle a l'esprit de contradiction. Elle indique toujours le contraire de l'heure qu'il est.
Et le «Rhinocéros»?
Pour l'instant, je ne l'ai pas sous la main. Il est resté dans mon billet du 20 septembre 2009. Pour rendre visite au «Rhinocéros», et voir quelle tête lui a faite le metteur en scène Iranien (à Téhéran), voyez:
http://litteranaute.blogspot.com/2009/09/rhinoceros-eugene-ionesco-actualite.html [oui, la page existe].

Merci de me lire! À demain...
__
Source: «La Cantatrice chauve», Eugène Ionesco, Éditions d'Emmanuel Jacquart. Coll. Folio Théâtre, Gallimard, 153 pages, extraits des p.79 à p.87. Une excellente édition présentée, établie et annotée par Emmanuel Jacquart.
Pour plus de détails, cliquez ici.

dimanche 20 septembre 2009

Rhinocéros- Eugène Ionesco / Actualité

«Rhinocéros», de Eugène Ionesco. Dans l'actualité. La pièce, «Rhinocéros», de Eugène Ionesco est jouée partout dans le monde, aujourd'hui comme hier. Son succès ne se dément pas. Et pour cause, c'est une pièce intemporelle et universelle. Ce qui surprend c'est que: «En Iran, "Rhinocéros" écrase tout sur son passage. Une adaptation de la pièce d'Eugène Ionesco a été le spectacle le plus vu à Téhéran l'an passé. (...) 25 674 billets ont été écoulés. Pour se faire idée de ce que représente ce succès, il faut savoir que le deuxième spectacle le plus populaire ne totalise que 4 801 entrées et le troisième 390», écrivait Baptiste Touvery, dans son article «Ionesco cartonne en Iran», sur BibliObs. Pierre Assouline en glissait un mot: «"Rhinocéros" triomphe en Iran» (République des livres). Que les principaux comédiens soient des stars de cinéma, ça n'y change rien: c'est partout pareil... (par exemple, un cas célèbre, Michèle Morgan).

Jamais un sans trois... Du même coup, j'apprenais que la BNF (Bibliothèque Nationale de France)*, en partenariat avec Ina, Le Magazine littéraire, France 5, présentera bientôt une exposition consacrée à l'oeuvre de Eugène Ionesco. Pour marquer le centenaire de la naissance du Fondateur du «théâtre de l'absurde» et le don de ses archives par sa fille à la BNF. Ce qui me fait penser au «fâmeux» Rhinocéros bleu de la station du Louvre (!), qui galope sur Internet, et me laisse perplexe...
Quoi qu'il en soit, le «Rhinocéros» est dans le texte: c'est là qu'il charge...

Le «Rhinocéros», de Eugène Ionesco.
Le propos. Dans une ville, une étrange maladie se répand: la «rhinocérite». Elle transformera, peu à peu, les habitants en rhinocéros, sauf Béranger.

Extrait tiré du début - Dialogue entre Jean et Béranger:
J. Vous êtes dans un triste état, mon ami.
B. Dans un triste état, vous trouvez?
J. Je ne suis pas aveugle. Vous tombez de fatigue, vous avez encore perdu la nuit, vous bâillez, vous êtes mort de sommeil...
B. J'ai un peu mal aux cheveux...
J. Vous puez l'alcool!
B. J'ai un petit peu la gueule de bois, c'est vrai!
J. Tous les dimanches matins, c'est pareil, sans compter les jours de la semaine.
B. Ah non , semaine c'est moins fréquent, à cause du brueau...
J. Et votre cravate où est-elle? Vous l'avez perdue dans vos ébats!
B. mettant la main à son cou __ Tiens, c'est vrai, c'est drôle, qu'est-ce que j'ai bien pu en faire?
J. sortant une cravate de la poche de son veston __ Tenez, mettez celle-ci.
B. Oh, merci, vous êtes bien obligeant (il noue la cravate à son cou).
J. pendant que Bérenger nous sa cravate au petit bonheur __ Vous êtes tout décoiffé! B. passe les doigts dans ses cheveux
B. Tenez, voici un peigne! Il sort un peigne de l'autre poche de son veston.
J. Merci! il se peigne vaguement.

Et le même manège continue: pas rasé... vêtements chiffonnés, chemise sale, souliers pas cirés, poussière blanche sur les épaules . Quand Bérenger se regarde dans le miroir (pas rasé!) et tire la langue et dit:« J'ai la langue bien chargée», Jean lui annonce une cirrhose: «Ce n'est pas étonnant! La cirrhose vous menace, mon ami.»

La rhinocérite
Toute la ville attrapera la rhinocérite, une étrange maladie... qui illustre la montée du nazisme, du fascisme, du stalinisme, du totalitarisme, de l'endoctrinement, de la fanatisation.
Béranger, l'alcoolique le non-conformiste, le résistant -si je puis dire ainsi- n'en sera pas atteint. Il est en marge de la société.

Ionesco dira de sa pièce: «Bien qu'elle soit une farce, elle est surtout une tragédie... Nous assistons à la transformation mentale de toute une communauté. (...)
Un homme assiste impuissant à la transformation de son monde contre laquelle il ne peut rien,. Il ne sait plus s'il a raison ou non, il débat sans espoir, il est le dernier de son espèce. Il est perdu.»

Dans la ville, les petits fonctionnaires -de service- se métamorphosent en rhinocéros. Protégés par leur carapace, (leur uniforme...), ils détruisent tout ce qui ne leur ressemble pas. Sauf Bérenger représentant la minorité... d'irréductibles.

Place au théâtre! Un... deux... trois.... Rideau!

___
Psitt! Au fait, avez-vous déjà rencontré un Rhinocéros, un grand ou un petit, près de chez-nous? Dans votre milieu de travail, ou ailleurs...? Prenez garde, il n'existe pas de vaccin... contre la rhinocérite.
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