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dimanche 17 janvier 2010

Tu seras un homme, mon fils - Kipling / J'suis un enfant perdu - d'Ormesson / Leçon aux enfants - Villon - Favier. Poésie

En ce dimanche de la mi-janvier 2010 -Le temps file comme sable entre nos doigts...- je vous offre 3 poèmes. Un père s'adresse à son fils; un adulte à sa mère; un poète aux enfants perdus. Soit, «Tu seras un homme, mon fils», de Rudyard Kipling; «J'suis un enfant perdu», la ballade d'un communard, ou d'un chouan, monté sur la potence, cité par Jean d'Ormesson dans un texte à propos de «Tombeau de la Rouerie», de Michel Morht; «Belle leçon aux enfants perdus», de François Villon, poète à qui Jean Favier a consacré une biographie éponyme.

Tu seras un homme, mon fils (1907)
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.
[Tiré de «Vertige de la liste», de Umberto Eco, p.276
chapitre 15. «L'excès à partir de Rabelais».]
À droite, une peinture de Walter Quirt.

Dans son livre «Saveur du temps», Jean d'Ormesson parle de Michel Morht, auteur de «Tombeau de la Rouerie», en indiquant que celui-ci a voulu peindre «ces soldats perdus que la France a connu tout au long de son histoire, de Cadoudal à Roussel, combattant de la Commune de paris en 1871...» À fin de son texte, il cite une ballade de cette époque, peut-être que l'air vous reviendra en tête?

J'suis un enfant perdu
... Monté sur la potence
Je regardai la France:
J'y vis mes compagnons
À l'ombre de... vous m'entendez!
J'y vis mes compagnons
À l'ombre d'un buisson.

Compagnons de misère,
Allez dire à ma mère
Qu'elle ne me verra plus.
J'suis un enfant... Vous m'entendez!
Qu'elle ne me verra plus:
J'suis un enfant perdu.
[Tiré de «Saveur du temps», de Jean d'Ormesson, p.137
Michel Morth: «Tombeau de la Rouerie»]

Dans son livre «Saveur du temps», Jean d'Ormesson parle, au passage, de François Villon «voleur, assassin, immense poète célébré à juste titre par Jean Favier», qui «met en garde ceux qu'il appelle 'les enfants perdus" contre la vie trop semblable à la sienne. La description du poète faite par Jean d'Ormesson est un peu courte. Ajoutons celle de Jean Favier:

Francois Villon. «Un homme comme les autres, dans le futur quartier Latin des années 1450. Il ressemble à quelques milliers d'écoliers plus riches d'illusions que de bagage ou d'emploi. En ce temps de dynamisme retrouvé au sortir de la guerre, il y a des places à prendre, mais la société, déjà, se défend des nouvelles ambitions: beaucoup de places sont prises, ou réservées.
[] Clerc et célibataire par opportunité, amoureux par tempérament et misogyne par résignation, il hésite entre les femmes et les filles. Il n'hésite pas moins entre l'école et la taverne. Sa science est courte, tout juste propre à fournir les références indispensables en une époque où mieux vaut s'appuyer sur les autorités que faire preuve d'originalité.
[] Le malheur fond sur l'écolier sans emploi. Il tue, il vole, il s'essaie à la vie de cour et se retrouve sur les grands chemins. On veut le prendre. Est-il un bandit? Est-il un amuseur qui joue au truand?» Quoiqu'il en soit sa mise en garde est pertinente.
[Jean Favier, François Villon, Fayard. Descriptif du livre]

Belle leçon aux enfants perdus
Beaux enfants, vous perdrez la plus
Belle rose de vos chapeaux;
Mes clercs près prenant comme glus,
Se vous allez à Montpipeau
Ou à Ruel, gardez la peau:
Car, pour s'ébattre en ces deux lieux,
Cuidant que vausît le rappeau,
Le perdit Colin de Cayeux.

Ce n'est pas un jeu de trois mailles,
Où va corps, et peut-être l'âme.
Qui perd, rien n'y sont repentailles
Qu'on n'en meure à honte et diffame;
Et qui gagne n'a pas à femme
Dido, la reine de Carthage.
L'homme est donc bien fol et infâme
Qui, pour si peu, couche tel gage.

Qu'un chacun encore m'écoute!
On dit, et il est vérité,
Que charterie se boit toute,
Au feu l'hiver, au bois l'été.
S'argent avez, il n'est enté,
Mais le dépendez tôt et vite.
Qui en voyez-vous hérité?
Jamais mal acquît ne profite.

Je vous souhaite un bon dimanche! À demain... sans faute.

mardi 29 décembre 2009

Neige. Montréal -Québec- Hamelin - Provencher - Cazelais - Huot / Villon - Shakespeare - Nelligan

Neige - Glace - Pluie - Grésil. Des mots pour dire l'hiver aux humeurs capricieuses: Louis-Edmond Hamelin, Jean Provencher, Normand Cazelais, Claude Huot;Villon, Shakespeare, Nelligan. Deux villes sous la neige: Montréal, Québec.«Mais où sont les neiges d'antan», se demandait François Villon? Nous savons que l'année dernière «les neiges d'antan» -que nous rappelle si bien Jean Provencher, dans «Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent»- étaient à Québec, la toute blanche avec ses 558 cm de neige; elles étaient aussi à Montréal, avec ses 425 cm de neige.

Louis-Edmond Hamelin qui, à 80 ans, a publié un œuvre aussi remarquable qu'unique, jamais égalée «Le Québec par des mots. L'hiver et le nord.»(1) Le géographe est, sans contredit, le grand connaisseur de la neige dans tous ses états! Il «a passé sa vie à étudier le Nord, d'est en ouest, du nord ou sud. Par conséquent, c'est un nordiste. Sur son chemin, tout au long de sa vie, il a trouvé les mots de l'hiver. Quand ils n'existaient pas, il les a inventés», écrit Caroline Montpetit dans un article du journal «Le Devoir», titré «Louis-Edmond Hamelin. Un homme en hibernie». Louis-Edmond Hamelin connaît la neige. Il connaît la glace. Il dit:
«J'écris pour le peuple, je n'écris pas pour les savants.
J'écris pour ceux qui veulent apprendre et non pas pour ceux qui savent.»
Louis-Edmond Hamelin

Glace. «La glace noire, très dure, très froide et très glissante, qui doit son nom non pas à son apparence mais à son fond sans lumière et à l'absence de neige dans sa constitution.
La glace pourrie, celle dont on doit se méfier parce qu'elle peut craquer sous le poids d'un être humain.
Louis-Edmond Hamelin sait tout d'elle: de glace verte à la glace de rive, des glaces flottantes à l'érosion glacielle, de la glace vive à la glace peignée, en passant par la glace de batture, la glace fondue et la glace molle.»*

Hivernophobes. « Et aux hivernophones qui souffrent du cafard de l'hiver, il a cette réflexion pour vaincre l'hivernitude. Ces gens, constate-t-il, «vivent deux hivers en même temps». Un hiver dur, réel, tel qu'on le retrouve dans la vallée du Saint-Laurent, mais aussi un hiver inventé, rendu plus pénible qu'il ne l'est vraiment, un hiver vécu comme un boulet au pied.»*

«L'hiver est un appel à se bâtir soi-même.
Puisqu'il est là pour rester, mieux vaut l'entendre et l'écouter.»
Louis-Edmond Hamelin
«Louis-Edmond Hamelin. Un homme en hibernie»


Redoux... la pluie et le grésil. «Porté par le vent, il (le grésil) se joue comme un lutin de tous les êtres exposés à ses tracasseries; il frappe les joues, pince le nez, s'introduit dans les yeux, dans les oreilles; il siffle, bourdonne, s'enligne, revient en pirouettant, fait les cent coups, sous lesquels, les plus fiers sont obligés de courber la tête.»
Jean Provencher
«Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent»






L'hiver au Québec. Montréal
«Montréal, en hiver, c'est la neige qui danse, flotte et virevolte, s'accroche aux arbres, courtise le halo des lampadaires, se transforme en boules et bonshommes.C'est la poudre blanche, la vraie, faite de cristaux apparemment tous pareils et, pourtant si dissemblables qui lui fait tourner la tête.
La neige, c'est le blanc sur la ville grise des jours d'ennui.»
Normand Cazelais,
«Vivre L'hiver au Québec. Un espace marqué par l'hiver»

En exergue, Normand Cazelais cite Louis-Edmond Hamelin, géographe et pionnier de la nordicité et ... Shakespeare.
«L'hiver se présente comme une saison, un espace, ainsi qu'une émotion.»
Louis-Edmond Hamelin

«Gèle, gèle, ciel rigoureux
Ta morsure est moins cruelle
Que ce d'un bienfait oublié.»
Shakespeare

* * *

« Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé ! »
Émile Nelligan


Le Vieux-Québec sous la neige
«Des premières neiges d’automne au dégel printanier, la ville de Québec est, elle aussi, un jardin de givre. Et dans ce jardin immaculé que la lumière du soleil irise, la neige prend des tons de bleu, de jaune et de gris. Les arbres sont nus. Les hommes et les femmes ploient sous le vent et sous la morsure du froid. Les vieilles pierres de la capitale, elles, résistent aux rafales, aguerries depuis longtemps.»
Claude Huot
«Le Vieux-Québec sous la neige»

Claudel Huot, avec l’œil perçant d’un photographe qui connaît sa ville par cœur, capte toute la magie et la poésie qui saisit Québec et ses habitants au cours de cette longue saison hivernale qui participe de l’unicité de la ville intra et extra muros. Depuis plus de 30 ans, il photographie avec fascination la lumière évocatrice de Québec. Son point de départ: la Basse-Ville où il demeure.


Les trois photos sont tirées du livre de Claude Huot
___
* Citations tirées de l'article de Carole Montpetit, «Louis-Edmond Hamelin. Un homme en hibernie», Le Devoir, mars 2003.
[] Louis-Edmond Hamelin. Pour vous informer, veuillez cliquer ici.

jeudi 28 mai 2009

Des brèves de Satie (1)

Des brèves et des pas mûres… Commençons par le commencement.

Veau mieux… quand il n'est pas sur… Voici, vois-là une règle de prudence. Sinon, il pourrait t'en cuire, chère blogueuse. Tête de veau... d'or....Oui.

Pratiquez l'autodérision de peur que... les autres ne vous tournent... la tête... en dérision. Il pourrait vous en bouillir... Tête de bouc... émissaire. Oui.

«Méfiez-vous des gens qui ne rient jamais, ce ne sont pas des gens sérieux», absurdinait Alphonse Allais. Oui.

Diantre! Que vient faire Allais dans les Brèves de Satie? Un instant, j'allais... vous le dire. Oui.

Tiens, je lui laisse plutôt la parole, bien qu'il soit mort depuis 1925, après être né en 1866. Oui.

Allons donc rejoindre Satie à la Brasserie. Oui.

«Évidemment, il m'arrive d'aller à la Brasserie; toutefois, je me cache – non par une blâmable hypocrisie, mais conseillé par une prudente réserve – et, surtout, pour que l'on ne me voie pas. J'aurais honte d'être vu! car, comme le disait Alphonse Allais : «cela peut vous faire rater un mariage.». Parole de Satie.

«Mon oncle –ainsi que tous les braves militaires- buvait avec une surprenante abondance tout en racontant force histoires dont le sel lui grattait le gosier et le poussait à lever le coude sans arrêt. Il est fâcheux qu'il n'ait pu connaître Villon : qu'est-ce que ce dernier aurait «pris» , si j'ose dire moi-même.

Malheureusement, Villon était«devenu mort», depuis un certain temps – et ne pensait plus à boire, même à petites gorgées; de plus, mon oncle naquit que bien après la mort de Villon. Tous motifs assez péremptoires qui les tinrent éloignés l'un de l'autre. Oui. »

Diantre! Que diantre! Qu'allait-il faire dans un débit de boissons ? Le «mon oncle», on s'en doute, bien qu'on ne le sache pas. Oui.

Mais… le «son neveu»? C'est qu'il gagnait sa vie, en grande partie, en jouant du piano au Cabaret du Chat noir, puis à l'Auberge du Clou. Au Cabaret, il se lie d'amitié avec Alphonse Allais, qui l'affuble du surnom de Ésotérik Satie; à l'Auberge, avec Claude Debussy. C'est là, également, qu'il y perdit sa vie : il est mort d'une cirrhose du foie –dans la plus totale des misères, et dans l'amertume, son talent n'ayant pas été reconnu. Poète, musicien, compositeur d'œuvres musicales des plus originales –avec titre à l'avenant-, Satie pratiquait un humour décapant, plein d'ironie et de finesse. Avec Satie, ça déménage! Déménageons! Oui.

Mais ceci est une autre histoire. Oui.

En terminant par la fin, je cède à la tentation -qui ne demande que ça- de vous citer le texte de Satie sur la librairie. Oui.

Eh bien, non! Je ne cède pas. Je coupe court... les brèves seraient trop longues... Oui.

Je vous reviendrai pour vous livrer la suite de... de. Je tâcherai de m'en... Vous savez, j'ai la mémoire courte... Tête de linotte! Enfin... nous reprendrons notre tête-à-tête, là où nous l'avons laissé... si personne ne nous l'a piqué... Oui.

Mes remerciements à Mélusine et à Marie Muller.

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