}
Affichage des articles dont le libellé est Le monde des livres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le monde des livres. Afficher tous les articles

dimanche 15 août 2010

Sur les routes avec le peuple de France. 12 – 20 juin 1940 - Marguerite Bloch / Mai 1940, les enfants de l'exode / Extraits - Vidéo.

Ayant de la suite dans les idées, je vous propose de lire… dans le train. Que vous alliez à Poitiers, ou ailleurs, quelle que soit votre destination en train, la suggestion de Jérôme Garcin –que je fais mienne- tient… les rails.
Il écrit : «Cet été, si vous allez à Poitiers en TGV depuis Paris, comptez une heure trente. Le temps de lire, à tête reposée, dans ce confort ouaté que le silence donne à la vitesse, l'incroyable récit d'une femme jetée, il y a soixante-dix ans, sur la longue route de l'exode. Partie à pied de Paris, le 12 juin 1940, elle arrive à Poitiers le 29 juin. »(1)

Oui, cette femme, Germaine Bloch, et tant d’autres, des enfants, des malades, des infirmes, des vieux et des «moins vieux»… des gens de toutes classes sociales fuient Paris sous l’avancée des Allemands.

«Elle est accompagnée de sa fille enceinte –Marianne, d'une amie allemande, d'un peintre flamand –Frans Masereel- et de son épouse. Elle décrit, jour après jour, la lente progression de leur petite troupe vers la Loire par les routes secondaires. La traversée des villages aux volets clos et aux commerces fermés. Les nuits blanches dans les granges, les presbytères, à la belle étoile. Les pieds cloqués qu'on soigne à la pommade de Reclus. La faim, la soif, le désarroi. Et, soudain, l'annonce de la signature de l'armistice qui couronne, en pleine campagne, une chorégraphie de l'absurde dont ils sont les témoins accablés : derrière eux, les troupes allemandes aguerries descendent vers le sud ; devant eux, les soldats français en loques remontent vers le nord ; au milieu, la cohorte sans fin des civils apeurés dont "l'étrange silence [lui] paraît un hurlement "». Jérôme Garcin(1)

Qui est donc Germaine Bloch?
Pierre Largesse, historien, la présente ainsi : «Marguerite (1884-1975), née Herzog, d’une famille de fabricants de drap alsaciens, était la sœur d’Émile (André Maurois). À dix-neuf ans, elle rencontre Jean-Richard Bloch (1884-1947), jeune agrégé d'allemand et futur romancier. Ils se marient à Elbeuf en 1907 et auront cinq enfants. Cette famille juive et communiste participe pleinement à la vie intellectuelle et politique ; elle allait être frappée de plein fouet par la guerre.»(2)

Mercredi 12 juin 1940, 21 h 30. Dans son appartement de la rue de Richelieu, à Paris, Marguerite Bloch, […] allume la radio. Les nouvelles sont terrifiantes : «L'ennemi accentue sa pression des deux côtés de la capitale.» Impossible de dormir. La peur, bien sûr. Mais aussi le bruit. Celui des canons, au loin. Celui des gens, surtout, écrit-elle(3) :

«Des gens à pied, avec des ballots, des sacs, des valises ; des gens à bicyclette avec des chargements biscornus, des gens avec des poussettes, des charrettes à bras, et dessus, au milieu des paquets, les enfants, leurs jouets, quelquefois une vieille femme»

Juive et communiste… aussi bien dire en danger de mort, elle et ses proches. Les Bloch craignent, avec raison, d’être arrêtés par les Nazis. Marguerite va donc fuir Paris avec sa fille et des amis, alors que son mari fuit de son côté. Elle cherche à rejoindre la maison familiale à Poitiers, elle réussira. En effet, Marguerite et sa fille retrouvent Jean-Richard dans leur maison de La Mérigotte, en Poitou. Avec l’aide de l’ambassade soviétique, le couple Bloch quitte la France pour l’Union soviétique le 15 avril 1941, il reviendra en France quelques années plus tard.

«Sur les routes avec le peuple de France. 12 – 20 juin 1940»
Simplement signée à l’origine «Une Française», ce récit de Marguerite Bloch vient d’être publié. «Claire Paulhan, grande éditrice d'introuvables, a déniché ce manuscrit dans les archives de son grand-père, Jean Paulhan, le patron de la NRF, qui l'avait jugé aussi «poignant» que «sobre». Mais il ne parut jamais. [...]. C’est un modèle d’Histoire en direct», écrit Jérôme Garcin.

«Le récit de ces journées chaotiques est confirmé par les études historiques de Marc Bloch (l’Étrange défaite), de Claude Willard, Robert O. Paxton ou d’Olivier Wieviorka», précise l’historien Pierre Largesse.
Pour sa part, Irène Némirovsky, trace un portrait touchant, et réaliste, de cette exode de juin 1940 dans son roman «Suite française» qui m’a profondément bouleversée.

Voici quelques extraits du livre de Marguerite Bloch.
«Orléans était encore loin. Nous avions hâte pourtant d’y arriver. Quand je dis nous, je veux dire nous tous, ces milliers et milliers de gens qui, comme nous, espéraient y trouver une poste, des trains, du ravitaillement, et, sans doute – idée moins claire peut-être mais dominante – l’armée, rassemblée sur la Loire et formant enfin rempart entre cet ennemi accourant de toute la vitesse de ses forces motorisées et le peuple de France, chassé de ses foyers.»

«Sans la crainte des bombardements, celle de ne plus rien trouver à manger, les mères de famille, les vieillards n’auraient pas entrepris de fuir, souvent sans savoir où aller… Cela a permis de créer une désorganisation complète… Incapacité, bien sûr, mais volonté de dissocier surtout. Livrer l’armée à l’ennemi ne suffisait pas sans doute, il fallait aussi lui livrer le peuple et dans un état d’abandon moral et matériel qui le laissait absolument sans défense. Combien de ces pauvres fuyards pensent à l’Espagne ? Ils pensent seulement à la minute présente. Partir, s’éloigner de la zone de feu, se réfugier dans un coin paisible. Une jeune femme devant une boulangerie en veut à mort et passion à Daladier, à Munich… j’abonde dans son sens pour la Tchécoslovaquie. Il est bien temps ! Courir le jour, courir la nuit ; sous le soleil et sous les avions ; avec des enfants, des vieillards, des petits chiens et des oiseaux en cage, oui, tout cela on peut l’endurer, mais il faut reprendre des forces. L’autorité militaire ne pouvait-elle pas ravitailler en même temps les soldats en retraite et les civils entraînés dans cette retraite ? Non ; rien. Leur refrain à tous était : on n’a pas été battus, on pouvait très bien tenir, on a été trahis, si on s’est repliés, c’est par ordre, notre défaite a été voulue».

«Dire que nous avons vu tant de films de réfugiés sur les routes... mais rien, non rien n’approchait de cela. Non seulement la route, mais les bas-côtés sont occupés et le trottoir. Gros camions commerciaux ; camions mi-militaires, attelages paysans, voitures de tourismes de tous modèles, de tous âges, et motocyclistes, et bicyclistes, et une collection de poussettes les plus invraisemblables; charrettes à bras traînées par l’homme et supportant le mobilier, les enfants, la grand’mère les jambes ballantes, petites voitures d’enfants contenant jusqu’à trois enfants et les paquets les plus biscornus, ou pas d’enfants du tout et toutes les richesses de la famille, - mais surtout des piétons chargés, écrasés sous les valises, les ballots, les sacs et se frayant un passage à travers les véhicules, foule tendue, qui ne pense qu’à avancer, qu’à fuir, la tête basse, et, chose impressionnante, complètement silencieuse.»

L’exode des Belges, en mai 1940, précédera celle des Français en juin 1940.
Le témoignage qu’en livrent les femmes et les hommes alors enfants, mais aujourd’hui âgés, font frissonner, et les images qui accompagnent leurs témoignages nous font vivre ses moments pénibles de la Seconde Guerre mondiale.
À vous arracher le cœur. Ce vieil homme qui raconte -il avait 10 ans en 1940- avoir vu sourire l'aviateur d'un bombardier juste avant qu'il lâche sa bombe sur son père et lui. Son père a été décapité; et lui fut aspiré et se retrouva dans le cratère de la bombe. Grièvement blessé, un médecin allemand en prit soin et lui sauva la vie...
Tous les témoignages ne sont pas aussi pathétiques, mais les témoins abondent dans le même sens: c'est à cet âge tendre qu'ils ont perdu leur enfance, qu'ils sont devenus adultes...
Haro sur les voleurs de vie, les voleurs d'enfance!

Ainsi en complément à mon billet, je vous invite à voir ce documentaire, en 10 épisodes, sur YouTube, qui s'intitule:
«Mai 1940, les enfants de l'exode».

Voici le premier épisode. Une page d'histoire touchante.


Le livre... . à lire sans faute: un essentiel.
«Sur les routes avec le peuple de France. 12 Juin - 29 juin 1940», de Marguerite Bloch. Édition établie et annotée par Philippe Niogret & Claire Paulhan. Préface par Danielle Milhaud-Cappe. Postface et Repères biographiques par Philippe Niogret.
Notes sur le texte par Claire Paulhan. 18 photographies et fac-similés en noir. et blanc. 9 illustrations de Frans Masereel, Éditions Claire Paulhan 2010, 192 pages.

Sources:
(1) Sur la route de Poitiers, par Jérôme Garcin, sur BiblioObs.
(2) Marguerite Bloch sur les routes de l'exode, par Pierre Largesse, historien, dans L'humanité.
(3) Le printemps où le peuple fut jeté sur les routes, Le Monde des livres.

samedi 12 septembre 2009

L'Enigme du retour - Dany Laferrière

«L'Enigme du retour», de Dany Laferrière. Critique sur «Le Monde des livres». Contrairement, au roman «Yanvalou pour Charlie», de Mathurin D. Saint-Fort qui «est bel et bien une œuvre de fiction», le roman de Dany Laferrière est, en fait, un récit comme plusieurs (faux) romans de la rentrée littéraire*. Dans une formule-choc, l'auteur écrit: «Le dictateur (Duvalier) m'avait jeté à la porte de mon pays (Haïti). Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman.»

Il part «pour découvrir le pays profond, le village natal de son père. Un père qui avait rompu depuis longtemps avec femme et enfants et qui a été enterré à New York.» (Le Monde des livres).
Marcher sur les traces de son père: c'est donc là le but de son voyage dans son pays d'origine, un pays de misère, toujours et encore.

C'est un livre d'émotions, qui surgissent des observations fines et précises que l'auteur note minutieusement dans un carnet. Un livre «de couleurs, d'odeurs, et de saveurs tropicales», et de portraits de femmes et d'hommes. Sous ce feu d'artifice (au sens propre» pointent une douleur aigüe et des regrets profonds. Mais, pour autant que je sache lire entre les lignes, le livre n'est pas triste, ni larmoyant. Il dit la vérité tout entière d'un être tout entier «dans un livre criant de vérité». (Le Monde des livres).

«L'exil du temps et plus
(impitoyable
que celui de l'espace.
Mon enfance
me manque plus cruellement
que mon pays.»
«L'Enigme du retour»

Parmi les 3 extraits du livre, cités sur «Le Monde des livres» (pp. 97-99), j'ai retenu celui-ci:

Cela fait trois décennies que je (fais gras à Montréal
Pendant qu'on continue
A faire maigre à Port-au-Prince.
Mon métabolisme a changé.
Et je ne sais plus ce qui se passe
Dans la tête d'un adolescent (d'aujourd'hui
Qui ne se souvient
D'avoir mangé un seul jour
A sa faim.»
«L'Enigme du retour»

Une écriture éblouissante! Splendide! Ces passages sont « (...) des poèmes en prose. Le simple fait de couper une phrase aux bons endroits lui donne une force étonnante», note «Le Monde des livres». Évidemment, tout le livre n'est pas écrit ainsi...

La conclusion de la critique tient dans un seul mot: «Superbe!» La démonstration en est faite...

Dernière heure... Dernière heure...
Les Éditions Boréal annonce que «L'Enigme du retour», de Dany Laferrière, publié en coédition Boréal/Grasset, est en lice pour les prix Médicis, qui seront publiés le 4 novembre 2009.

Souhaitons-lui «Bonne chance» de tout notre cœur!
___
Psitt! Pourquoi ne pas appeler un chat un chat? Il y a de bons récits et de mauvais romans... Serait-ce une approche marketing (trompeuse) pour attirer la clientèle... pour se positionner pour les prix littéraires? Heureusement que la critique littéraire (fiable) nous met la puce à l'oreille, car une chatte n'y retrouverait pas ses petits.
Source: Pour lire l'article du «Monde des livres», paru le 11 septembre 2009, cliquez ici.

mardi 21 avril 2009

Paul se dévoile

Discret quant à sa vie privée, Paul Auster se dévoile en tant qu'écrivain. Sur France5, à La Grande Librairie; sur YouTube; sur Wat.tv, Le monde des livres. Allez à sa rencontre via mon blogue Livranaute, billet des 18 et 20 avril 2009.

Paperblog