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vendredi 29 janvier 2010

Marie Darrieussecq - Camille Laurens / Yannick Haenel - Claude Lanzmann - Annette Wieviorka / Polémique.

La polémique entre Marie Darrieussecq et Camille Laurens amène l'une et l'autre à publier un livre y faisant écho. Marie Darrieussecq avance à visage découvert dans «Rapport de police. Accusations et autres modes de surveillance de la fiction», un essai de 368p. chez POL. Pour Camille Laurens, c'est dans un roman à clefs qu'elle règle ses comptes, «Romance nerveuse». La polémique entre les 2 romancières court sur les fils de presse. Impossible de l'éviter: chacune revient sur «l'affaire», une accusation de plagiat -rien de moins- de Camille Laurens contre Marie Darieusseq. Devant la virulence des propos, leur éditeur commun, Paul Otchakovsky-Laurens (sans lien de parenté), le patron des éditions P.O.L, décide de ne plus publier Camille Laurens, qui passe chez Gallimard.

Marie Darrieussecq versus Camille Laurens. Polémique.

Tout d'abord, en 1998, Marie NDiaye accuse Marie Darrieussecq de "singerie", lui reprochant de s'être inspirée de deux de ses livres pour l'un de ses romans. Marie Darieusseq, qui publiait «Naissance des fantômes»(1) lui répond, en substance, que les fantômes ne lui appartiennent pas.
«Lors de l'affaire Marie NDiaye, Philippe Sollers m'avait dit:
"Faites très attention. C'est une tentative d'assassinat".»


En 2007, Marie Darrieussecq publie «Tom est mort», un roman dans lequel elle imagine la mort de son fils. Douze ans auparavant, Camille Laurens avait publié «Philippe» portant sur le deuil de son «fils mort-né (il a vécu exactement deux heures et dix minutes)». Un récit, ou témoignage, sur un drame poignant.

Camille Laurens l'accuse alors de «plagiat psychique». Un nouveau concept.. qui revient à dire: un écrivain n'a pas le droit d'écrire à propos d'un drame qu'il n'a pas personnellement vécu. A fortiori, si un autre écrivain a déjà publié un livre qui relate son cas vécu. Oups! Dérapage en vue... Que serait le littérature sans l'imagination créatrice des écrivains et écrivaines. Autofiction, autobiographie, récit, témoignage...? Du vécu, et le mien prime sur le tien? Quid!!!
À bas le concept de «plagiat psychique» forgé de toutes pièces!

Sauf exception, j'avoue que je n'aurais pas grand-chose à me mettre sous l'œil. Que serait les écrivains de romans policiers, de polars, à l'aune du «plagiat psychique»? D'Edgard Allan Poe, en passant par Agatha Christie, Patricia Highsmith et bien d'autres, jusqu'à James Ellroy... Terrifiant!(2)
Pitié pour les écrivains de polars !

Pour clore le sujet, je vous présente le texte d'un critique pour chacun des livres. Si vous les avez lus, ces livres, c'est encore mieux... Ce sont 2 textes différents, portant sur le même sujet -la mort d'un enfant et la douleur de la mère-, publiés chez le même éditeur, POL, dans la collection «Fiction». Il suffit de savoir lire pour s'en rendre compte.

Philippe, Camille Laurens, POL, collection Fiction, 1995, 80 pages. Repris chez Folio (Poche) en 2008.
«Philippe est né le 7 février 1994 à Dijon -clinique Sainte-Marthe. Le lendemain, je suis allée avec Yves, son père, le voir à la morgue", lit-on dans le premier chapitre de Philippe intitulé "Souffrir". Philippe est le fils mort-né (il a vécu exactement deux heures et dix minutes) de Camille Laurens. La mort aurait pu être évitée. L'obstétricien qui a procédé à son accouchement n'est pas intervenu quand il le fallait. Même si "le malheur est toujours un secret", parce que les mots restent en deçà, Camille Laurens s'est mise à écrire : c'est son seul moyen de défense. Elle décrit avec précision, dans le chapitre intitulé "Comprendre" le déroulement de son accouchement, et notamment l'évolution du rythme cardiaque de l'enfant, qui, mis en perspective avec des extraits du rapport d'expertise, accable l'action, ou plus exactement l'inaction de son médecin.
Il faut malgré tout continuer à "vivre", titre du chapitre suivant, où elle cite les différentes réactions des autres après cette mort, réactions peu courageuses en règle générale. Enfin, le verbe "Ecrire" ouvre le dernier chapitre. "On écrit pour faire vivre les morts, dit-elle, et aussi, peut-être, comme lorsqu'on était petit, pour faire mourir les traîtres."Philippe" transmet au lecteur le dégoût de ces traîtres", médecins suffisants, incompétents, meurtriers.
Mais dans les quelques pages finales, une conception de l'écriture s'exprime aussi. Pour soigner comme pour écrire, il faut avoir un regard aigu, une sensibilité aux signes les plus subtils et une grande capacité à les réfléchir" Le livre aurait pu s'achever sur un chapitre intitulé "Publier". Pourquoi Camille Laurens a-t-elle décidé, hormis pour "rendre justice", de publier ce texte, éminemment -mais presque forcément- bouleversant? Et par-là même de l'intégrer à son œuvre, qui comptait jusque-là trois romans sans aucun caractère autobiographique? Parce que "Philippe" -nous le disons au risque de choquer- est aussi un superbe texte littéraire, qui exauce le vœu de Camille Laurens : "Pleurez, vous qui lisez, pleurez: que vos larmes tirent Philippe du néant."»
[Le Matricule des Anges, le mensuel de la littérature contemporaine]

Tom est mort, Marie Darieusseq, POL, Collection Fiction, 2007, 246 pages. Repris dans Folio (Poche) 2009.
«La mort de son enfant, nous dit Marie Darrieussecq, c'est la vie qui s'arrête, irrévocablement, puis une autre qui commence, différente, marquée de douleur et de vide, à jamais. 'Tom est mort' n'est pas un témoignage, mais plutôt un exercice littéraire. C'est à peine un roman, mais bien une fiction, écrite avec la conviction et l'implication que l'on pouvait attendre de l'écrivain. Le titre revient comme un leitmotiv, une digression sur la même obsession, la même douleur lancinante. Et il faut avouer que le travail de Marie Darrieussecq impressionne. Pas tant parce qu'il est criant de réalisme, mais surtout pour la maîtrise de l’écriture, la recomposition des sentiments dans un style syncopé, essoufflé, qui transmet plus que le sens des mots la désolation et l'angoisse. Pourtant l'auteur ne verse pas dans la tragédie, par pudeur, peut-être. C'est du deuil, du vide viscéral qu'elle dessine les symptômes. Elle cherche à mettre les mots sur l'indicible, là où le mutisme semble être un refuge acceptable. Elle va jusqu'à comparer, raconter d'autres douleurs pour trouver l'expression juste de cette perte innommable. Il n'y a que le vide, qui fait écho au vide. L'absence dans laquelle on guette le moindre souffle, le signe d'une présence qui ne s'incarne plus.Pour sa maîtrise, son évocation sensible des désordres intérieurs, pour la prouesse toute littéraire et l'empathie la plus franche, la plus humaine, 'Tom est mort' est un livre précieux, qui confirme un talent que l'on soupçonnait déjà fortement.»
[Tomas Flamerion, Évènement]

Et surtout, lisons ces deux romancières, tout en espérant qu'elles en aient fini avec leur querelle... après leur récent livre. Je reviendrai très prochainement sur les deux livres.

Yannick Haenel versus Claude Lanzmann, Annette Wieviorka, et bien d'autres. Polémique.

La querelle entre Marie Darieusseq et Camille Laurens devrait pâlir et prendre le chemin des oubliettes face à la foire d'empoigne entre Yannick Haenel et Claude Lanzmann, Annette Wieviorka, et d'autres encore. Une vaste polémique autour du livre de Yannick Haenel «Jan Karski»; elle s'accentuera dès la parution du livre de Jan Karski, «Mon témoignage devant le monde. Histoire d'un État secret». À commencer par la diffusion du documentaire «Shoah» de Claude Lanzmann sur Arte cette semaine.

Je vous ai déjà dit le peu de bien que je pensais des 2 premières parties du livre de Yannick Haenel... une reprise du texte de Claude Lanzmann, aisément disponible; un résumé du livre de Jan Karski. L'écrivain-résumeur... se fait rattraper par sa facilité.
Je ne me suis pas prononcé alors sur la 3e partie, seule partie fictive... un bien court roman, avec de belles pages sur «Le Cavalier polonais» de Rembrandt. Toutefois, si on place cette partie romanesque en regard des deux autres, il y a un problème de concordance. Par exemple, des idées prêtées à Jan Karski sont historiquement fausses.

On ne le sait que trop... une polémique en balaie une autre, une information en chasse une autre, un drame en remplace un autre, une diversion masque un problème. Dans notre société du «va-vite» et de la nouveauté «forcenée», on gambade d’une idée à l’idée. Ainsi vogue l’actualité en tous domaines.
L’actualité littéraire n’y échappe pas... C’est à qui glissera sur la peau de banane, se fera assommer par la rumeur assassine, étouffera dans l’ambiance empoisonnée.
Dans la polémique autour de Jan Karski, des critiques acerbes, des propos virulents font rage sur internet. Les hostilités sont ouvertes, les passions s'exacerbent. Cette dure polémique rendra bien fade la querelle entre les deux écrivaines.
Ne comptez pas sur moi pour plonger mes belles mains blanches et douces dans ce panier de crabes.

Tout de même... passez un bon vendredi en cette fin de janvier! Bonne journée!
___
(1) C'est son 2e roman. «Truismes» l'a déjà rendue célèbre en 1996.
(2) Je fais implicitement référence au hors-série «Le Polar d'Edgar Poe à James Ellroy», Le Magazine Littéraire. Un numéro des plus intéressants (no 17, Juillet-Août 2009). Il présente un long historique du polar, une sélection des meilleurs romans, un hommage à Raymond Chandler, un guide des 50 maîtres du genre, des suggestions de lecture et d'autres chroniques. À lire sans modération.

vendredi 11 décembre 2009

Enchères - Poe - Nobokov - Zola - McCarthy - En chair...

Enchères. Elles ont le mérite de ramener dans l'actualité littéraire de grands noms. Aujourd'hui: Poe, Nobokov, Zola et McCarthy. Au passage, quelques citations ou suggestions de lecture viendront «arrondir» les chiffres. Je terminerai mon billet par une surprise bien en chair.. Comme dirait un loustic: il y a enchères et en chair... Dans ce dernier cas, la chaire prêchi-prêcha n'est jamais loin.

Edgar Allan Poe. (1)
Un exemplaire de la première édition, une édition originale de 1827, de «Tamerlan et autres poèmes» a été vendu à un prix fort (662 500$). C'est le premier livre de Poe, grand poète et romancier du XIXe siècle.
Là où il est, Poe sera content d'apprendre que c'est un record pour un recueil de poésie du 19e siècle.

Poe avait fait publier ces textes, écrits à l'âge de 18 ans, sous le nom de «Un Bostonnien», alors qu'il venait de quitter le domicile de sa famille d'accueil en Virginie pour retourner à Boston, sa ville natale.

Ces textes, fortement inspirés de Lord Byron, ne sont pas sans mérite. Le talent de Poe pointe à chaque page.

«Écrivain absolu, maître de l'horreur, démoralisateur professionnel,
astrophysicien annonçant l'apocalypse,
Edgar Alla Poe est plus que jamais notre contemporain»
Philippe Sollers

Vladimir Nobokov. (2)
L'inédit... et très inachevé, «The Original of Laura» - «L'Original de Laura», sous-titré «Mourir, c'est marrant» n'a pas été vendu. La vente a été annulée, les enchères n'ayant même pas atteint la fourchette inférieure (280 000$ contre une fourchette fixée de 400 000$ à 600 000$). Son fils et héritier Dimitri doit être déçu, lui qui trouve ce dernier roman de son père -une publication posthume: «brillant, original, assez radical» Cette non-vente: un jugement littéraire? Non, la logique du marché que la raison ne comprend pas toujours.

«Un artiste devrait détruire sans pitié ses manuscrits après la publication,
pour qu'ils ne conduisent pas de médiocres universitaires à penser qu'il est possible
de comprendre les mystères d'un génie en étudiant les versions supprimés.
Dans l'art, les objectifs et les plans ne sont rien. Il n'y a que les résultats qui comptent.»
Valadimir Nobokov

«On doit tirer tout ce qu'on peut des mots,
car c'est le seul vrai trésor qu'un écrivain vrai possède;
les grandes idées générales sont dans la gazette d'hier.»
Valadimir Nobokov


Émile Zola. (3)
Thérèse Raquin? Rougon-Maquart? Vous n'y êtes pas. Un panneau de sarcophage de 2 mètres de long sur 63 cm de haut. Datant du 3e siècle après Jésus-Christ, il représente quatre scènes dionysiaques dans un décor architectural sophistiqué, entouré de satyres et de bacchantes. Sorti de son «Égypte éternelle», si je puis dire ainsi, ce panneau a dormi 300 ans dans la collection des Borghese. Puis, il est devenu un côté de baignoire de l'actrice française Cécile Sorel avant se se retrouver chez Paul Reynauld (IIIe République de France).

«Dans son journal intime, Zola raconte comment, lors de son voyage à Rome, un ami diplomate, Édouard Lefebvre de Béhaine, l'avait emmené chez les Borghese, qui, ruinés, soldaient leurs marbres. Le couple Zola en avait acheté une dizaine, dont celui-ci.»
Florent Heintz,
vice-président des enchères d'art de l'antiquité romaine et égyptienne de Sotheby's.

Les marbres ont été livrés au domicile parisien des Zola en janvier 1895. Dans une lettre aux douanes, Émile Zola se plaint du montant des taxes à l'importation qu'il avait dû payer. Des taxes... trop élevées.


Cormac McCarthy. (4)
Sa machine à écrire Olivetti, bleu pâle, a trouvé preneur. Estimée à moins de 20 000$, elle a été vendue... 254 500$. En prime, l'acquéreur déjeunera avec le romancier à Santa Fe (Nouveau-Mexique). C'est sur cette machine que Cormac McCarthy aurait écrit tous ses romans dont «The Road». On saura peut-être, un de ces jours, quelles relations il entretenait avec sa machine à écrire.

D'ici là... on peut lire Paul Auster qui nous raconte l'«Histoire de ma machine à écrire» illustrée par Sam Messer. Sa bonne vieille, et fidèle, Olympia sur laquelle il tape tous ses livres depuis les années 1970. C'est une triple histoire d'amitiés: entre l'écrivain et sa machine à écrire; entre l'écrivain et un peintre; et, entre un peintre et la machine à écrire de l'écrivain.
«Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?»
Alphonse de Lamartine


En chair... sans un os.
Sur Arte.tv, un documentaire intitulé sur «La face cachée des fesses» vous attend.. Présenté sur Arte-7, il traversera, sûrement, l'Atlantique pour aboutir sur l'écran de Tv5. Un documentaire, plus un livre + DVD + VOD.

Ce qu'on en dit: «Objet d'obsession, de refus, d'admiration. La fascination pour les fesses comme forme fondamentale et le rejet du "cul" comme organe obscène font depuis toujours partie de notre culture. Mais que nous révèle donc cette partie du corps si souvent cachée? Ce documentaire exceptionnel tente une réponse...

Pour vous faire une idée du documentaire...
[] Lisez: «De quoi les fesses sont-elles le nom», par Jean-Luc Henning, sur Biblios. Il est ici.
[] Voyez des vidéos tirées de «la face cachée des fesses»,sur Arte.tv en cliquant ici.
Ne vous gênez pas, il y a plein de derrières au Louvre! Et puis... après tout... Bon... des fesses, ce sont des fesses.

Bonne journée!

__
Sauf Zola, les autres écrivains, Poe, Nobokov et McCarthy ont fait l'objet d'un ou de plusieurs billets sur mon blogue.
(1) Poe. Edgar Allan Poe est né en 1809, il est mort en 1849. Cette année 2009 marque donc ce double anniversaire. Aussi, Poe a-t-il fait l'objet de plusieurs billets sur Littéranaute. Une recherche sur mon blogue, vous conduira à ces billets.
(2) Nobokov. Je vous invite à relire mon billet du 24 novembre 2009.
(3) Zola.
Au début 2009, j'ai écouté «Thérèse Raquin», lu par Myriam Boyer, aux éditions Livraphone. Hélas, c'est un texte abrégé. Le livre audio peut être téléchargé en intégralité -ou par chapitre- sur Littérature audio. Cliquer ici.

vendredi 27 novembre 2009

Vu du banc - Guy Foissy. Attali - Finkielkraut - Delerm - Sollers

Vu du banc, livre de Guy Foissy. Paroles d'écrivains: Attali - Finkielkraut - Delerm - Sollers. Dans «Vu du banc», de Guy Foissy (L'Harmattan, 2009), le personnage anonyme, assis sur un banc, regarde passer les gens, regarde passer la vie. Au théâtre: ce personnage est incarné par un comédien qui monologue... à haute voix. Dans la vie: ce pourrait être vous ou moi, assis sur un banc dans un parc (brrr)*, monologuant... ou soliloquant. Dans l'actualité littéraire... et... sportive: assis sur un banc du stade -ou dans un fauteuil devant la télé- Attali, Finkielkraut, Delerm, Sollers regardent le match de football France-Irlande. Mais que voient-ils au juste? Une main! Pas n'importe laquelle... non, messieurs dames, la main de Thierry Henry. Oh! Alors, la «fine fleur de la République des lettres» monologue, si je puis dire ainsi, sur la tragédie française. Et moralise...


Paroles d'écrivains recueillies par David Caviglioli

Jacques Attali: «Nous sommes tous des Irlandais.» David Caviglioli ajoute: «En réalité, il parlait surtout pour lui.»
Alain Finkielkraut: «...chanter une victoire ou pleureur "cum grano salis" en case de défaite.» Quid? Il se serait lamenter, mais avec réserve. Caviglioli nous informe que la locution latine fleurie est tirée de Pline l'Ancien dans «Histoire naturelle.» Il s'agit d'un antidote plus facile à avaler avec un peu de sel. Une peur bleue pourrait aussi aider à l'avaler sans faire le difficile... à ce qu'il me semble.
Philippe Delerm: Il ne comprend pas le refus des institutions à instaurer le contrôle vidéo. «Hier, dans le stade, personne n'a vu la main. En revanche, tous les téléspectateurs ont pu le (sic) voir, presque en direct.»
Philippe Sollers: «Je trouve que c'est beaucoup de bruit pour pas grand chose. Cette affaire prend une dimension disproportionnée. Il suffit d'une anecdote pour que la machine s'emballe (...). L'autre chose, c'est le déluge de morale que ça provoque. On met de la morale partout maintenant.»
La main de la honte! La main de la discorde! Attali rappelle «L'acte inqualifiable de Zidane! Mauvais exemple, etc.
Seul Sollers ajoute à ses propos un zeste de littérature... «Nous vivons à une époque de régression spectaculaire. Mettez "spectaculaire" en italique, en hommage à Debord
Ces écrivains seraient-ils en train de se faire la main pour leur prochain roman? Football, morale et littérature: curieux triangles, tout de même!

Eh bien, retournons vite sur le banc de Guy Foissy pour lire 17 histoires (nommées 17 bancs).
Si un comédien les interprète pour nous: fort bien! Sinon, nous lirons ces 17 histoires nous-mêmes. Elles sont courtes, elles sont «parlantes», pleines d'esprit et d'observations fines.
Sur ce banc, on voit bien des choses, on réfléchit... C'est la vie, quoi! Parmi les histoires que vous pouvez lire ci-après, ma préférée est la «Bougeotte» ou «Douzième banc» (comme on dit douzième chapitre).
«C'est fou ce que les gens bougent. / C'est fou ce que les gens ont envie de bouger. / C'est fou ce que les gens ont besoin de bouger. / Quand je dis les gens.. / Quand on est quelque part il y a comme qui dirait urgence à être ailleurs»

Voici des extraits interactifs de «Vu du banc», de Guy Foissy tirés de Google Livres.



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*Psitt! Personnellement je me tiendrais debout, en arrière du banc, les mains appuyées sur le dossier pour éviter les... les hémorroïdes. Et ça, juste à penser à Rudy Descars dans «Fanta», «Trois femmes puissantes», de Marie NDiaye.
Illustration: «Miniature 22» Karo Alexanian. Mixte. Oeuvre encadrée. Galerie L'Harmattan, Baie-Saint-Paul (Québec)

jeudi 29 octobre 2009

Pour Halloween / La Maison Usher - Edgar Allan Poe

Pour Halloween / La Maison Usher - Edgar Allan Poe. Voici 2 autres suggestions pour Halloween 20009. La nouvelle «La Chute de la Maison Usher» de Allan Edgar Poe, dans la traduction de Baudelaire. Saviez-vous que la famille Usher a existé? Les «deux protagonistes, Roderick et Madeline, seraient des portraits de James et Agnes Usher, nés, l'un à Boston (1807), comme Allan Edgar Poe (1809); l'autre à Québec (1809), tous deux alliés à la famille de la famille maternelle de Poe». [Note, dans La Pléiade]. Eh oui! Madeline, alias Agnes, serait une Québécoise!

Comme complément à cette courte nouvelle, 20 pages, et pour accentuer le malaise que crée cette horrible histoire -croyez-moi, je ne cherche pas à vous effrayer- qui se termine dans une apothéose à vous rendre insomniaque, il n'y a rien de mieux que d'écouter un CD audio. J'y reviendrai. Le livre, d'abord.

Lire «La chute de la Maison Usher»

Il n'y a pas de maisons hantées, de maisons habitées par des esprits malicieux, habitées par les esprits d'outre tombe, il n'y en a aucune autre, je vous l'assure, qui vous causera autant de frayeur ou de malaise. Vous garderez de la lecture de «La chute de la Maison Usher» un souvenir impérissable, et une impression durable. Edgar Allan Poe est maître en la matière. Il sait mettre au nu les peurs primitives qui se tapissent au plus profond de notre inconscient.

«Écrivain absolu, maître de l'horreur, démoralisateur professionnel,
astrophysicien annonçant l'apocalypse,
Edgar Alla Poe est plus que jamais notre contemporain»
Philippe Sollers

Bienvenue dans «La Maison Usher»!


Je lis le début:
Pendant toute la journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher. Je ne sais comment cela se fit, mais, au premier coup d'oeil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment d'insupportable tristesse pénétra mon âme. (...) Je regardai le tableau placé devant moi et, rien qu'à voir la la maison et la perspective caractéristique de ce domaine, les murs qui avaient froid, les fenêtres semblables à des yeux distraits, quelques bouquets de jonc virougeux, quelques troncs d'arbres blancs et dépéris, j'éprouvais cet entier affaissement d'âme (...) C'était une glace au coeur, un abattement, un malaise, une irrémédiable tristesse de pensée qu'aucun aiguillon de l'imagination ne pouvait raviver ni pousser au grand. Qu'était-ce donc -je m'arrêtai pour y penser- qu'était-ce donc ce que je ne sais quoi qui m'évervait ainsi en contemplant la Maison Usher?

«un je ne sais quoi qui m'énervait...»... Nous avons tous ressenti, à un moment donné, une pareille impression, un malaise flou qui fait hésiter... et souvent regretter de ne pas s'y être fier... «Ah! j'aurais donc dû suivre ma première impression!» Trop tard!
Mais que diantre, allait-il faire dans cette galère? Que diantre allait-il faire dans cette Maison Usher?

Sur Internet, on raconte que Philip Winthrop se rend à la Maison Usher rejoindre sa fiancée Madeline dont le frère, Roderick, s'oppose à leur mariage, sans distinguer la nouvelle de Poe et le synopsis de films. C'est du cinéma!
Nuance! L' histoire d'amour a été introduite, par exemple, dans le film de Vincent Prince, qui est une adaptation de «La chute de la Maison Usher». Mais, elle n'est pas dans le texte de Edgar Allan Poe, loin, loin de là... À preuve:

C'était néanmoins dans cet habitacle de mélancolie que je me proposais de séjourner pendant quelques semaines. Son propriétaire, Roderick Usher, avait été l'un de mes bons camarades d'enfance; mais plusieurs années s'étaient écoulées depuis notre dernière entrevue. Une lettre cependant m'était parvenue récemment dans une partie lointaine du pays, une lettre de lui, dont la tournure follement pressante n'admettait pas d'autre réponse que ma présence même.

L'apparition de lady Madeline:
Pendant qu'il parlait, lady Madeline -c'est ainsi qu'elle se nommait- passa dans une partie reculée de la chambre, et disparut sans avoir pris garde à ma présence. Je la regardai avec un immense étonnement, où se mêlait quelque terreur; mais il sembla impossible de me rendre compte de mes sentiments. Une sensation de stupeur m'oppressait, pendant que mes yeux suivaient ses pas qui s'éloignaient.

Au cours d'une nuit d'orage:
Une insupportable terreur pénétra tout mon être; et à la longue une angoisse sans motif, un vrai cauchemar, vint s'asseoir sur mon cœur.

Ce passage annonce la scène d'horreur qui vous fera frémir... et qui rejoint à sa manière «Dracula» de Bram Stoker et le film éponyme de Francis Ford Coppola [comme je vous le signalais, dans mon billet précédent].

Écouter «La chute de la Maison Usher»
Les éditions «Autrement dit», entre autres, propose de télécharger un bon choix d'audios. On en trouve aussi sur Numilog et autres sites sur Internet.
L'extrait audio de «La Chute de la Maison Usher» vient de Numilog, lu par Alain Carré, de sa voix chaude et (trop?) rassurante: à écouter en cliquant ici.

Pour ma part, j'ai écouté une audio «épeurante». L'environnement sonore -voix, bruitage, musique- ajoute de l'horreur à l'horreur du texte de la »Maison Usher». Le texte est livré dans la langue.. de Poe. Évidemment, une première lecture en français aide à la compréhension. «The Fall of the House of Usher, The Pit and the Pendulum and other Tales», lu par William Roberts, Naxos Audio Books.

Le texte de Poe dans la langue... de Baudelaire est de toute beauté, c'est un texte de poète... qui rend justice à Edgar Allan Poe.

Bonne journée! Merci de me lire!
__
[] La citation est tirée de l'article «Coup de Poe», par Philippe Sollers, sur BibliObs.
[] Les extraits de «La Chute de la Maison Usher»: La Pléiade. La nouvelle p. 337 à p.357; La note: Notes et variantes, p.1088. Je vous signale que vous pouvez lire la nouvelle sur Wikisource.

lundi 10 août 2009

Avec Poe - Le Corbeau

Michel Lapierre, dans Le Devoir des 8 et 9 août 2009, présente le livre «Avec Poe jusqu'au bout de la prose» de Henri Julien, dans son article intitulé «Poe, le détective de l'inconscient». Peut-on dire, tout à fois, que Poe est un ingénieur littéraire, un artiste scientifique, un initiateur de la psychanalyse, un précurseur du roman policier? Ou encore un détective de l'inconscient? À vue de nez, les termes dichotomiques des premières expressions surprennent. Les autres vont de soi, pour peu qu'on ait passé quelque temps avec Poe... Voyons ce qu'il en est.

Me dédoublant en détective Dupin, j'ai relu très attentivement Le Corbeau, un poème en prose de 3 pages et demie, sous le titre La genèse d'un poème (p.978 à p. 997). «Dans le moulage de la prose appliquée à la poésie, il y nécessairement une affreuse imperfection; mais le mal serait encore plus grand dans une singerie rimée.» Voilà qui est clair et net.

Poe écrit qu'il lui est impossible de nous «donner une idée exacte de la sonorité profonde et lugubre, de la puissante monotonie de ces vers, dont les rimes larges et triplées sonnent comme un glas de mélancolie.» C'est à nous de lire son poème: c'est là notre part. Nous y découvrons une ampleur, un souffle, une musique lancinante, des mots qui sonnent.

À la suite du poème, Le Corbeau, Poe écrit: «Maintenant, voyons la coulisse, l'atelier, le laboratoire,le mécanisme intérieur, selon qu'il vous plaira de qualifier la Méthode de composition. Poe explique sa démarche de création, le choix des impressions, des effets à produire, des répétitions -par exemple, jamais plus- le choix des noms, de la sonorité des mots, etc.

Je vous entends me dire: Poe, c'est un vieux Barbon! Tenez-vous bien, j'en ai une bonne pour vous. Le texte de Poe sur sa méthode de composition rejoint celui de Umberto Eco, dans «Apostille au ''Au nom de la rose''», à moins que ce soit l'inverse... Dans un petit livre -petit, par le nombre de pages- Eco nous livre les secrets de sa composition de son roman, il raconte le processus, le choix des noms, etc. Qu'est-ce que vous en dites?

«Poe dans sa Genèse d'un poème raconte comment il a écrit Le Corbeau. Il ne nous dit pas comment nous devons le lire, mais quels problèmes il s'est posés pour réaliser un effet poétique», écrit justement Umberto Eco, dans «Apostille». En effet...

Poe dit quelque chose qui m'a beaucoup plu: il ne croit pas les écrivains qui laissent entendre, particulièrement les poètes, qu'ils composent «grâce à une espèce de frénésie subtile ou d'intuition extatique.»
Umberto Eco abonde dans le même sens: «Quand l'auteur nous dit qu'il a travaillé sous le coup de l'inspiration, il ment. Genius is twenty per cent inspiration and eighty per cent perspiration (sic).» Le texte a été traduit de l'italien au français, d'où le passage en anglais... Bizarre, non?
On ne s'en sort pas, les plus grands le disent: 20% d'inspiration et de 80% de transpiration!
Les autres sont des menteurs ou des médiocres.

La lecture de Genèse d'un poème et d'autres - Le Chat noir, La lettre volée...- démontrent, nettement, que Poe est bien un ingénieur littéraire, un artiste scientifique, un initiateur de la psychanalyse, un précurseur du roman policier et un détective de l'inconscient. Il rallie les contraires et les fond dans un même creuset. Edgar Alan Poe: un écrivain unique.

En terminant, je vous cite la conclusion de deux articles. Une matière à réflexion... et matière à lire...

Philippe Sollers termine son article «Coup de Poe» ainsi:« Mais quand Poe meurt, on se dit que personne ne reprendra le flambeau. Erreur: c'est en 1851 qu'un jeune auteur de 32 ans publie sa bombe: Herman Melville. «Moby Dick».

Pour sa part, Michel Lapierre, dans «Poe, le détective de l'inconscient» conclut: À l'opposé de Melville ou de Whitman, l'écrivain (Poe) préférait au souffle épique du Nouveau Continent les détails évocateurs des perversités individuelles.
Il était le premier à effleurer le cauchemar d'une Amérique parcellisée, puissance obscure qui génère les guerres impériales de notre temps.»
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L'article de Philippe Sollers a été publié sur BibliObs.
Référence: Edgar Allan Poe, Oeuvres en prose, Bibliothèque de la Pléiade.
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