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vendredi 11 décembre 2009

Enchères - Poe - Nobokov - Zola - McCarthy - En chair...

Enchères. Elles ont le mérite de ramener dans l'actualité littéraire de grands noms. Aujourd'hui: Poe, Nobokov, Zola et McCarthy. Au passage, quelques citations ou suggestions de lecture viendront «arrondir» les chiffres. Je terminerai mon billet par une surprise bien en chair.. Comme dirait un loustic: il y a enchères et en chair... Dans ce dernier cas, la chaire prêchi-prêcha n'est jamais loin.

Edgar Allan Poe. (1)
Un exemplaire de la première édition, une édition originale de 1827, de «Tamerlan et autres poèmes» a été vendu à un prix fort (662 500$). C'est le premier livre de Poe, grand poète et romancier du XIXe siècle.
Là où il est, Poe sera content d'apprendre que c'est un record pour un recueil de poésie du 19e siècle.

Poe avait fait publier ces textes, écrits à l'âge de 18 ans, sous le nom de «Un Bostonnien», alors qu'il venait de quitter le domicile de sa famille d'accueil en Virginie pour retourner à Boston, sa ville natale.

Ces textes, fortement inspirés de Lord Byron, ne sont pas sans mérite. Le talent de Poe pointe à chaque page.

«Écrivain absolu, maître de l'horreur, démoralisateur professionnel,
astrophysicien annonçant l'apocalypse,
Edgar Alla Poe est plus que jamais notre contemporain»
Philippe Sollers

Vladimir Nobokov. (2)
L'inédit... et très inachevé, «The Original of Laura» - «L'Original de Laura», sous-titré «Mourir, c'est marrant» n'a pas été vendu. La vente a été annulée, les enchères n'ayant même pas atteint la fourchette inférieure (280 000$ contre une fourchette fixée de 400 000$ à 600 000$). Son fils et héritier Dimitri doit être déçu, lui qui trouve ce dernier roman de son père -une publication posthume: «brillant, original, assez radical» Cette non-vente: un jugement littéraire? Non, la logique du marché que la raison ne comprend pas toujours.

«Un artiste devrait détruire sans pitié ses manuscrits après la publication,
pour qu'ils ne conduisent pas de médiocres universitaires à penser qu'il est possible
de comprendre les mystères d'un génie en étudiant les versions supprimés.
Dans l'art, les objectifs et les plans ne sont rien. Il n'y a que les résultats qui comptent.»
Valadimir Nobokov

«On doit tirer tout ce qu'on peut des mots,
car c'est le seul vrai trésor qu'un écrivain vrai possède;
les grandes idées générales sont dans la gazette d'hier.»
Valadimir Nobokov


Émile Zola. (3)
Thérèse Raquin? Rougon-Maquart? Vous n'y êtes pas. Un panneau de sarcophage de 2 mètres de long sur 63 cm de haut. Datant du 3e siècle après Jésus-Christ, il représente quatre scènes dionysiaques dans un décor architectural sophistiqué, entouré de satyres et de bacchantes. Sorti de son «Égypte éternelle», si je puis dire ainsi, ce panneau a dormi 300 ans dans la collection des Borghese. Puis, il est devenu un côté de baignoire de l'actrice française Cécile Sorel avant se se retrouver chez Paul Reynauld (IIIe République de France).

«Dans son journal intime, Zola raconte comment, lors de son voyage à Rome, un ami diplomate, Édouard Lefebvre de Béhaine, l'avait emmené chez les Borghese, qui, ruinés, soldaient leurs marbres. Le couple Zola en avait acheté une dizaine, dont celui-ci.»
Florent Heintz,
vice-président des enchères d'art de l'antiquité romaine et égyptienne de Sotheby's.

Les marbres ont été livrés au domicile parisien des Zola en janvier 1895. Dans une lettre aux douanes, Émile Zola se plaint du montant des taxes à l'importation qu'il avait dû payer. Des taxes... trop élevées.


Cormac McCarthy. (4)
Sa machine à écrire Olivetti, bleu pâle, a trouvé preneur. Estimée à moins de 20 000$, elle a été vendue... 254 500$. En prime, l'acquéreur déjeunera avec le romancier à Santa Fe (Nouveau-Mexique). C'est sur cette machine que Cormac McCarthy aurait écrit tous ses romans dont «The Road». On saura peut-être, un de ces jours, quelles relations il entretenait avec sa machine à écrire.

D'ici là... on peut lire Paul Auster qui nous raconte l'«Histoire de ma machine à écrire» illustrée par Sam Messer. Sa bonne vieille, et fidèle, Olympia sur laquelle il tape tous ses livres depuis les années 1970. C'est une triple histoire d'amitiés: entre l'écrivain et sa machine à écrire; entre l'écrivain et un peintre; et, entre un peintre et la machine à écrire de l'écrivain.
«Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?»
Alphonse de Lamartine


En chair... sans un os.
Sur Arte.tv, un documentaire intitulé sur «La face cachée des fesses» vous attend.. Présenté sur Arte-7, il traversera, sûrement, l'Atlantique pour aboutir sur l'écran de Tv5. Un documentaire, plus un livre + DVD + VOD.

Ce qu'on en dit: «Objet d'obsession, de refus, d'admiration. La fascination pour les fesses comme forme fondamentale et le rejet du "cul" comme organe obscène font depuis toujours partie de notre culture. Mais que nous révèle donc cette partie du corps si souvent cachée? Ce documentaire exceptionnel tente une réponse...

Pour vous faire une idée du documentaire...
[] Lisez: «De quoi les fesses sont-elles le nom», par Jean-Luc Henning, sur Biblios. Il est ici.
[] Voyez des vidéos tirées de «la face cachée des fesses»,sur Arte.tv en cliquant ici.
Ne vous gênez pas, il y a plein de derrières au Louvre! Et puis... après tout... Bon... des fesses, ce sont des fesses.

Bonne journée!

__
Sauf Zola, les autres écrivains, Poe, Nobokov et McCarthy ont fait l'objet d'un ou de plusieurs billets sur mon blogue.
(1) Poe. Edgar Allan Poe est né en 1809, il est mort en 1849. Cette année 2009 marque donc ce double anniversaire. Aussi, Poe a-t-il fait l'objet de plusieurs billets sur Littéranaute. Une recherche sur mon blogue, vous conduira à ces billets.
(2) Nobokov. Je vous invite à relire mon billet du 24 novembre 2009.
(3) Zola.
Au début 2009, j'ai écouté «Thérèse Raquin», lu par Myriam Boyer, aux éditions Livraphone. Hélas, c'est un texte abrégé. Le livre audio peut être téléchargé en intégralité -ou par chapitre- sur Littérature audio. Cliquer ici.

samedi 28 novembre 2009

Cinéma. «The Road» - L'apocalypse - Cormac McCarthy - John Hillcoat

Cinéma. «The Road», l'apocalypse, selon Cormac McCarthy; le film de John Hillcoat. La sortie en salles du film -d'abord présenté à la Mostra de Venise- ramène le roman de Cormac McCarthy, dans l'actualité littéraire et cinématographique. «"The Road" retente le saut périlleux de la littérature au cinéma», écrivait l'envoyé spécial du journal Le Monde, à la Mostra. «Les grands livres sont-ils adaptables au cinéma?», se demandait-t-il. Ce qu'il restait à voir... en voyant le film. Voilà, c'est fait.
Examinons donc, ensemble, ce qu'en disent les critiques de cinéma qui ont vu le film. Mon échantillon comprend 5 comptes rendus, ceux du journal Le Monde et de l'Agence France-Presse (AFP), à Mostra de Venise; et, trois articles récents parus sur Tv5.org, sur Cyberpresse, par Marc Cassivi et dans Le Devoir, par Odile Tremblay.

Les acteurs et l'actrice.
Viggo Mortensen -hagard, le visage émacié- et Kodi Smit-McPhee incarnent respectivement l'homme et l'enfant, le père et son jeune fils. Dans le roman, ils ne portent pas de nom et leur physique n'est pas décrit: ce sont deux «êtres» qui errent dans un monde qui n'existe plus. Ils errent dans un no man's land, obligés de se protéger contre les hordes sauvages. L'humanité a régressé au point de pratiquer le cannibalisme.

Il faut savoir gré à John Hillcoat d'avoir évité de récupérer ce récit en film de genre, avec surenchère de scènes d'horreur et d'effets spectaculaires. Des forfaits qui sont, à mon avis, à la limite de l'insupportable dans le roman. Ces scènes d'horreur, je le précise, sont essentielles dans le roman.

Charlize Theron joue le rôle de la mère de l'enfant. Elle se suicide par désespoir au début du roman. Seuls au monde, le père et l'enfant prennent la route, à pieds et se dirigent vers le Sud, espérant y trouver leur salut. Mais... le bleu du ciel ne sera pas au rendez-vous... Une fin dure, bouleversante, et qui m'a chavirée. Seulement à y repenser, les larmes me montent aux yeux. La route a été longue et pénible, ces deux êtres attachants feront face à un «dead end».

«Robert Duvall, en vieil homme errant, est méconnaissable et «extraordinaire en vieillard aux yeux voilés.

Les images
«Souvent très retouchés par ordinateur ou entièrement numériques, les paysages au ton gris métallique sont d'une grande beauté» (AFP). Le Monde dit que: «L'essentiel de son travail (John Hillcoat) a été de créer un climat visuel.» Odile Tremblay souligne «le travail sur la lumière estompé, les teintes sépia qui baignent le film (malgré certaines scènes où le soleil paraît trop présent). Plusieurs images magnifiques... Un travail immense et méritoire fut accompli pour rendre l'univer de toutes les détresse...»

La musique

«Sobre, mais obsédante, la musique originale composée par Nick Cave contribue avec efficacité à l'atmosphère angoissante du film», lit-on sur Tv5.org. Marc Cassivi est d'avis contraire: «Où le film rend... moins justice au roman de Cormac McCarthy, c'est dans sa musique. Pas celle, métaphorique, de sa réalisation [le roman a sa propre musicalité, et le film a la sienne], mais dans les notes noires, bien concrètes, de sa bande sonore. Le travail d'esthète du romancier commandait à mon sens une musique, sourde, inquiète, aérienne.» Pour lui, la musique de Nick Cave, «en constante rupture avec le récit tend trop souvent vers le sentimentalismeOdile Tremblay exprime de sérieuses réserves: «La musique, surtout au milieu des segments avec l'épouse, met du rose et des violons sur une désolation appelant des accords brisés
L'insertion des images de l'épouse fait justement problème...

Les flashbacks
«Resserrant la narration et ajoutant quelques flashbacks mettant en scène un univers familial harmonieux d'avant la catastrophe qui était absent du roman, il gomme l'ambiance énigmatique tissée par McCarthy.» (AFP) Pour Le Monde: L'homme et l'enfant «traumatisés par le suicide de la mère de famille dont l'obsédante présence est évoquée en flash-backs lumineux (...)».
Lumineux, peut-être, mais ajoutés et sans aucun rapport avec le roman. Un gommage pour alléger le roman?

La conclusion des comptes rendus
L'Agence France Presse. «Mais au final le cauchemar mis en scène par The Road ne bouleverse pas le spectateur.»

Le Monde. «John Hillcoat s'attache aux rapports père-fils, à la veine philosophique de propos, à sa portée métaphorique. Car The Road est une invitation à s'interroger sur les réflexes de l'être humain, ses pulsions de sauvagerie (...)», etc. La veine éducatrice du père, que la situation pousse à partager de façon primaire le monde entre les bons et méchants, est "réformée" par la vision plus charitable du gamin, qui pousse l'adulte à ne pas laisser des innocents démunis au bord du chemin.»

Tv5.org. «Mais au final le cauchemar mis en scène par «The Road», dont certaines séquences flirtent avec le film d'horeur, ne bouleverse pas le spectateur.»

Marc Cassivi. «Ce n'est pas un mauvais film. Mais ce n'est pas non plus un très bon film. Oeuvre moyenne se fondant dans un magma d'œuvres moyennes.» Il pose la question: «Existe-t-il des romans inadaptables au cinéma? Peut-on excuser à un film mineur de s'inspirer d'une œuvre majeure? John Hillcoat, qui n'a rien de Gus Van Sant, risque de l'apprendre à ses dépens.»

Odile Tremblay. «À l'écran, John Hillcoat n'a pas totalement manqué son coup... il a juste évacué l'essentiel: l'immense charge émotive.» Elle ajoute:«Et que dire du happy end à contresens, sur des scènes de famille gentillette, là où la lumière n'avait pas sa place? Le fil, en tâchant d'alléger la charge, en a égaré la portée.»

Ma conclusion
Me basant sur les comptes rendus, j'en arrive à conclure que le film, sans les ajouts, sans le happy end, et sans le gommage, aurait pu réussir -haut le jambe- le saut périlleux de la littérature au cinéma. John Hillcoat n' a pas su aller jusqu'au bout...

Une question se pose: à qui s'adresse le film? À ceux et celles qui ont lu le roman... et qu'il risque de décevoir? Au public qui ne l'a pas lu et que l'on craint d'effrayer? D'ennuyer même...

Je vous le dis, tout de go, un film qui ne rend pas rend pas l'atmosphère (l'ambiance) d'un roman: je déteste. Dans ce cas de «The Road» de Cormac McCarthy: c'est une trahison. Pourtant, John Hillcoat s'était fixé comme objectif de rester le plus fidèle possible à l'esprit du livre» Qu'est-ce que veut dire le «plus fidèle possible»?
J'ai gardé au creux de l'oreille, la réplique de Arletty à Louis Jouvet dans l'Hôtel du Nord (1938), de Prévert et Carné.
__ «J'ai besoin de changer d'atmosphère.» (Monsieur Edmond)
__ «Atmosphère! Atmosphère! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère?» (Raymonde)

dimanche 22 novembre 2009

Foutu livre? Patrick Lagacé -Cyberpresse. La Route - Cormac McCarthy

Ce foutu livre? Patrick Lagacé écrit sur Cyberpresse: «Les pères ne devraient pas lire La route (de Cormac McCarthy). On devrait le vendre avec un avertissement, comme les paquets de cigarettes. J'ai longtemps pensé que c'est parce que le spectre de la mort y est trop éblouissant. Et, bien sûr, le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement, comme a dit le grand homme.» [Le 21 novembre 2009]

Je pense plutôt que tous les pères devraient lire La Route... J'ai même suggéré ce livre pour, tenez-vous bien, la fête des Pères! Eh oui, ici même sur Littéranaute. Me sentant «interpellée», j'ai donc envoyé un message à Patrick Lagacé. En voici la teneur.

Un foutu livre...essentiel. Sur mon blogue, je suggérais un cadeau pour la fête des Pères. Un livre qui restera, à jamais, gravé dans la mémoire de celui qui le recevra. Un livre qu'un père dédie à son fils John Francis, huit ans. Voilà, nous y sommes. L'écrivain, peu bavard, a tout de même révélé qu'il n'aurait jamais écrit ce livre sans son fils.

Un livre trop sombre, trop dur, trop... Non, il n'y a rien de trop dans La Route de Cormac McCarthy. Vous l'avez faux, tout faux. Un livre qu'un père dédie à son jeune fils s'offre à un père. Bon, on s'entend là-dessus?

Le puissant sentiment qui traverse le livre est celui de l'amour inconditionnel du père envers son fils, et réciproquement, celui d'une confiance indéfectible. Tout au long du récit, des liens filiaux forts se tissent, qui illuminent ce monde sombre. Une relation père-enfant si douce, malgré l'extrême dureté de leurs conditions de survie. Une relation si rationnelle, malgré le fait que le père veut préserver son jeune enfant, il ne lui raconte pas d'histoires... il explique.

Des échanges si simples et si profonds tout à la fois, sans babillage, sans plainte, ni complainte. Et quelle leçon de courage! «Il faut que tu continues d'avancer, tu ne sais pas ce qu'il pourrait y avoir plus loin sur la route», dit le père à son fils.

Jamais, du moins dans un roman, un père n'aura tant aimé son fils.

Le thème central du livre: ce père aimant qui guide son jeune enfant, au milieu d'embûches, pour assurer sa survie. Qui lui inculque le courage d'aller plus loin sur la route de leur vie. N'est-ce pas le rôle d'un père dans la vraie vie...

Oui, La route est un cadeau impérissable à offrir à un père avec une dédicace toute simple. Pas un mot de trop...

Notez que le père avait apporté le livre du petit... Un livre, pas un jouet...

Bonne journée à vous tous!
__
Note. Sur Livranaute, j'ai consacré plusieurs billets au livre de Cormack McCarthy, la Route.

lundi 7 septembre 2009

Mostra. The Road - Cormac Mc Carthy / John Hillcoat

Le film The Road. À la Mostra de Venise, le film The Road, du réalisateur John Hillcoat, d'après le roman éponyme de Cormac McCarthy, a fait l'objet d'une présentation très attendue. Virgo Mortensen et Mads Mikkelsen en sont les vedettes principales incarnant l'homme et l'enfant. Charlize Theron joue le rôle de la mère. Le film sera bientôt sur nos écrans sous peu...

Sur Livranaute, je présente le compte rendu du journal Le Monde, et celui de l'Agence France-Presse (AFP). Je passe ainsi en revue les divers aspects du film: les acteurs et l'actrice; les images, la musique, les flashbacks introduits dans le film, mais absents dans le roman. Enfin, vous lirez, avec intérêt, la conclusion de l'un et de l'autre envoyé spécial.

Comme il se doit, j'ajoute mon grain de sel ici et là, et je vide ma salière dans ma conclusion. Une photo tirée du film et une vidéo de la bande-annonce viennent compléter le billet.

Je vous invite, chaleureusement, amis lecteurs et lectrices, à vous rendre sur mon autre blogue Livranaute. [oui, la page existe]

Place au cinéma... cinéma!
En avant-première sur Livranaute The Road de John Hillcoat, d'après le roman de Cormac McCarthy

À bientôt, sur Littéranaute, pour un prochain billet!

mardi 21 juillet 2009

Paul Valéry - La Lune - La Terre

«Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles», écrit Paul Valéry dans la fameuse lettre parue en 1919 -j'y reviendrai. Nous avons vu, et revu, le premier homme -Neil Armstrong- marcher sur la Lune, le 20 juillet 1969 et hier. Nous savons, avec certitude, que la Lune n'invite pas au voyage, moins encore -si d'aucuns ont pu le croire- à sa colonisation. La Lune est un astre dépourvu d'air et d'eau, au paysage aride: nous le savons, nous l'avons vu de nos yeux vu. La Lune est inhospitalière.

Entendons-nous bien. La Lune est le satellite de la Terre, et ne peut changer de nature pour devenir une planète, une autre Terre. Dire que si la Terre sera trop polluée, si elle devient invivable, nous pourrons aller nous installer sur une autre planète, dire cela relève de la pure fantaisie.
Et voilà, on me sert du Jules Verne! Pourquoi pas du Tintin? J'en reste, chaque fois, sidérée: une telle ineptie m'assomme. Le cousin Pons me pompe l'air, je vous l'assure. Je me contente de détourner la conversation -un bien grand mot pour exprimer le vide. Le cousin Pons et ses semblables sont des croyants... crédules.

Hubert Reeves, l'astrophysicien renommé, le dit: la Terre peut continuer sans nous. C'est nous qui avons besoin de la Terre, et non pas l'inverse. Notre civilisation pourrait bien s'éteindre. La Terre et la Lune, l'Univers entier, dans une immuable indifférence, continueront... sans nous.
Si «notre planète» n'est plus vivable, où irons-nous? Nulle part, car il n'y a nulle part où aller? Comme dirait l'autre, quand vous verrez arriver la fin -si cela devait se produire- empressez-vous de faire un enfant de 8 ans. Comme ça, vous pourrez prendre la route, tels le père et le fils dans La Route de Cormac McCarthy...
Sachez bien que je ne dirai pas ça au Cousin Pons: il serait bien capable de me croire...

Au lendemain de la première guerre mondiale (1919), paraissait dans «La crise de l'esprit» la fameuse lettre de Paul Valéry. Elle commençait ainsi:
«Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles. Nous avons entendu parler de mondes disparus en entier, d'empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins (...). Nous savions bien que toute la terre est faite de cendres et que la cendre signifie quelque chose*. Nous apercevions à travers l'épaisseur de l'histoire, les fantômes d'immenses navires qui furent chargés de richesse et d'esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages après tout n'étaient notre affaire. Elam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l'abîme de l'histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu'une civilisation a la même fragilité qu'une vie.»**

La civilisation a la même fragilité qu'une vie. À méditer...
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* «Puis ils repartirent le long du macadam dans la lumière couleur métal de fusil, pataugeant dans la cendre, chacun tout l'univers de l'autre.» Extrait de La Route de Cormac McCarthy, publié sur Livranaute (billet du 14 juin 2009).
** Ce passage, tiré de La Pléiade, I, p. 988, est cité dans Les essais de Paul Valéry, Éditions de la Pensée Moderne, 1964, p.189-p.190.
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Psitt! Vous me trouvez bien grave, aujourd'hui? Demain, je change de registre. Sujet: Un combat de Coqs Gaulois. Oui... deux majuscules: un peu de respect, tout de même!

lundi 29 juin 2009

Roule ta boule, roule, roule! Roule ta bosse, roule, roule!

Daniel Lavoie chante: «Roule ta boule / Et danse danse danse le rock'n»
Dans un tout autre contexte et dans toute autre époque, on aurait pu chanter à Jack Kerouac (alias Sal Paradise): Roule, roule ta route / Roule, roule ta bosse. «J'avais parcouru huit mille milles à travers le continent américain (...)», écrit-il dans Sur la route et... ce n'était pas fini; il reprendra à nouveau la route avec Dean Moriarty... (Note 11, sur Livranaute).

Sur la route de Jack Kerouac: un livre essentiel pour qui veut saisir le chemin parcouru depuis «cette route» jusqu'à La route, de Cormac Mc Carthy. D'où venons-nous, où allons-nous?
Avant, une jeunesse folle qui cavale, sur la route, par monts et par vaux: vitesse, alcool, drogue, sexe, amitiés, flics, petits boulots, etc. Après, sur cette (même) route, plus rien: plus de route, plus personne, plus qu'un père et son fils. Mais qu'avons-nous fait pour en arriver là?

Pour vous inciter à lire, ou relire, La route de Jack Kerouac, je vous présente douze extraits sur Livranaute (billet du 29 juin), extraits tapés de mes blanches mains pour vous, chers amis, lecteurs et lectrices.
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Psitt! Vous pouvez rouler jusqu'à la librairie pour vous procurer La Route de Cormac McCarthy, Éditions Points, 14,95$. Profitez-en pour pour vous procurer Sur la route de Jack Kerouac, si... naturellement... 15,95$.

mardi 23 juin 2009

Ce matin, Pierre Foglia est inquiet. Et vous?

Qu'est-ce qui inquiète Pierre Foglia? Il craint la disparition de la presse (petit p) écrite? (...) «Inquiet? Oui, mais pas de la disparition des journaux, ni du livre, ni du papier.»
Il est inquiet du manque de capacité de lire en profondeur, si j'ai bien lu... J'ajoute ici mon grain de sel: on peut, surtout, s'interroger sur notre capacité de concentration -préalable à la capacité de lire en profondeur. Combien de pages d'affilée lisez-vous sur internet? Fuyez-vous les textes trop longs, trop exigeants?
Bref, lisez-vous court et facile? Cherchez-vous, dans un texte, que ce qui vous convient à l'instant même? Oui... Non... Ça dépend...

«Qui va savoir encore lire dans 50 ans?» se demande Pierre Foglia.
(...) «Le web est en train d'emporter ce qu'il vous restait de capacité à lire, pas seulement en profondeur (1) mais pire, en limitant votre rapport au langage dans ce qu'il a de «pratique» pour communiquer»
(...) «Inquiet, oui. Qu'il n'y ait plus personne pour lire les textes quel que soit leur support, papier ou web.»
Voilà qui nous ramène à La Route de Cormac McCarthy où les deux seuls humains, dignes de ce nom, un père et son fils, errent sur la route. «Il avait apporté le livre du petit mais le petit était trop fatigué pour lire.» Deux humains et un livre pour enfant, un seul livre... (lire mon billet du 14 juin 2009, sur Livranaute)

Nous qui écrivons sur des blogues, qui lisons des livres, des textes sur internet, cet article nous interpelle. En prime Pierre Foglia parle, avec brio, de son métier de typographe, de l'achat de son premier ordinateur. À lire, en entier..., sur Cyberpresse.
___ (1) Voici le renvoi mentionné dans l'article: «à lire absolument si ce n'est déjà fait : Is Google Making Us Stupid?, un article de la revue américaine The Atlantic, numéro juillet-août 2008, par Nicholas Carr.»

jeudi 18 juin 2009

Voici un cadeau pour la Fête des pères!

Vous cherchez un cadeau «original». La nuit dernière, vous avez couru à une vitesse folle, un pied dans une chaussure rouge feu, l'autre dans une pantoufle à carreaux, tout nu, vous avez couru pour attraper de beaux cadeaux joliment emballés et enrubannés, de beaux cadeaux qui s'enfuyaient, qui s'envolaient dès que vous arriviez à mettre la main dessus. Vous en attrapez un, enfin... Non, c'est une femme... Cauchemar mauvais sort, comme le chantait Robert Charlebois, paroles et musique de Michel Choquette.

J'ai trouvé pour vous... Un livre qui restera, à jamais, gravé dans la mémoire de celui qui le recevra. Un livre qu'un père dédie à son fils John Francis McCarthy, huit ans. Voilà, nous y sommes. L'écrivain, peu bavard, a tout de même révélé à Oprah Winfrey qu'il n'aurait jamais écrit ce livre sans son fils.

Un livre trop sombre, trop dur, trop... Non, il n'y a rien de trop dans le livre La Route de Cormac McCarthy. Vous l'avez faux, tout faux. Un livre qu'un père dédie à son jeune fils s'offre à un père. Bon, on s'entend là dessus.

Le puissant sentiment qui traverse le livre est celui de l'amour inconditionnel du père envers son fils, et réciproquement, celui d'une confiance indéfectible. Tout au long du récit, des liens filiaux forts se tissent, qui illuminent ce monde sombre. Une relation père-enfant si douce, malgré l'extrême dureté de leurs conditions de survie. Une relation si rationnelle, malgré le fait que le père veut préserver son jeune enfant, il ne lui raconte pas d'histoires... il explique. Des échanges si simples et si profonds tout à la fois, sans babillage, sans plainte, ni complainte. Et quelle leçon de courage! «Il faut que tu continues d'avancer, tu ne sais pas ce qu'il pourrait y avoir plus loin sur la route», dit le père à son fils.
Jamais, du moins dans un roman, un père n'aura tant aimé son fils.
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C'est là, à mon avis, le thème central du livre: ce père aimant qui guide son jeune enfant, au milieu d'embûches, pour assurer sa survie. Qui lui inculque le courage d'aller plus loin sur la route de leur vie. N'est-ce pas le rôle d'un père dans la vraie vie...

Oui, à bien y repenser, La route est un cadeau impérissable à offrir à la Fête des pères, avec une dédicace toute simple. Pas un mot de trop...

mardi 16 juin 2009

Ne tuons pas la beauté du monde

Vous avez lu La Route de Cormac McCarthy? Pour ma part, je l’ai lu, et relu plus tard pour écrire un commentaire sur mon blogue Livranaute. Pour décanter mes idées, pour calmer mes émotions. Rien à faire: j’en sors ébranlée, les larmes aux yeux, le blues au cœur. Pourtant, je ne suis pas particulièrement émotive. Voyez les livres que j’ai commentés, les sujets que j’ai abordés, sur ce même blogue. Voyez les auteurs, Michel Quint, Paul Auster, Jack London, Jack Kerouac.
Tout comme la Route de Jack London et Sur la route de Jack kerouac, La route de Cormac McCarthy est en résonnance avec les préoccupations de la société. Trois œuvres majeures qui marquent les esprits et s’inscrivent dans la pérennité.

Pour que nos descendants voient le bleu azur de la mer -que l'enfant ne verra jamais-, «ne tuons pas la «beauté du monde».

«Ne tuons pas la beauté du monde
La dernière chance de la terre
C'est maintenant qu'elle se joue

Ne tuons pas la beauté du monde
Faisons de la terre un grand jardin
Pour ceux qui viendront après nous
Après nous»

Je vous suggère amicalement, et fortement, d’écouter Diane Dufresne chanter cet Hymne à la beauté du monde. C’est, justement, de toute beauté! Les paroles sont de Luc Plamondon, et la musique de Christian St-Roch.
Mes chaleureux remerciements à ces deux créateurs, et à cette fabuleuse interprète. Merci également à l'auteur de la vidéo.
http://yep.mikehorn.com/music/gallery/Diane-Dufresne-L-hymne-la-beaut-du-monde.

lundi 8 juin 2009

Le «brûleur de dur»

Quid? Voyageur sans billet, le «brûleur de dur» se cache sous la banquette, se glisse dans le wagon de marchandises, monte sur le toit du wagon... Il développe mille tactiques pour monter à bord d'un train -même en marche, s'il est un casse-cou, il lui faut, à tout prix, éviter le contrôleur de billet. Il n'a pas de billet, il n'a pas d'argent, il a le ventre creux, il va en semelles troués, en guenilles.

Au cours de la crise économique mondiale des années 1880, les États-Unis –qui ont suscité la crise ne remplaçant l'argent par l'or, comme monnaie-refuge- ont été durement touchés. La misère sévit, et les chômeurs cherchent de sorties de secours, souvent en vain. Aussi sont-ils nombreux à s'engager dans l'«armée» de cent mille chômeurs du «général» Kelly. Le but visé : marcher sur Washington pour forcer le gouvernement à entreprendre des travaux publics, construire des routes. La dite armée squatte des trains, des «soldats» montent à bord des trains sans billet.

Le plus célèbre de ces vagabonds du rail est, sans contredit, Jack London. Il tiendra un carnet de notes qui lui servira, en partie, de matériau pour écrire The Road, publié en 1907. Il rejoint l'«armée» de Kelly -il a 18 ans et compte plusieurs années de dur labeur- et il raconte les événements s'y liant. Mais il mène aussi sa propre vie de «hobo», de «tramp», de clochard, de vagabond, se déplaçant en brûlant le dur. Il voyagera ainsi à travers les États-Unis et le Canada; il se rendra, entre autres, à Montréal et Niagara Falls.

Son livre de The Road est un incontournable. C'est le premier d'une filière américaine, qui marque le premier jalon de la route. Suivront à des années d'intervalle Jack Kerouac et Cormac McCarthy. Sur mon blogue Livranaute, je vous donne à lire des extraits choisis de The Road qui pourront guider votre lecture de certains chapitres ou du livre. De toute manière, ils vous donneront un aperçu livre. Le texte original est disponible en entier, sur internet, il est écrit en «argot américain»… en slang. À mon avis, c'est dans cette langue, dans ce texte brut, que le récit est le mieux rendu, le mieux senti. C'est une question de choix…

Je vous attends, avec plaisir, sur Livranaute. Dans la même veine, vous y trouverez deux autres billets:«On the Road. La filière américaine (1) » et «Le grand dieu des routes». C'est un rendez-vous…

lundi 1 juin 2009

Belles de Lune

2009 est l'Année internationale de l'astronomie. Je vous lance une double invitation: lire mon billet du 7 janvier 2009, et voir une vidéo sur Youtube, et d'autres semblables. Il est encore temps d'admirer le ciel, avant que La Route de Cormac McCarthy passe par ici...
Le ciel de jour, le ciel des nuits étoilées, et aussi le ciel des nuits «lunées» avec ses Belles qui ne cessent de rouler de l'œil...

Vous avez lu Salammbô (1883)? Gustave Flaubert, il faut le dire haut et fort, n'a pas écrit que Madame Bovary (1857)... que, d'aucuns, ne connaissent que de nom...
Salammbô, est la fille d'Hamilcar «dirigeant» de Carthage en guerre contre Rome. Consacrée à la déesse de la lune, Tanit, elle la prie en des termes poétiques. En voici un passage à lire au clair de lune ou à la lueur de ta chandelle, mon ami Pierrot.

Salammbô «releva la tête pour contempler la lune, et, mêlant à ses paroles des fragments d'hymne, elle murmura :
− " Que tu tournes légèrement, soutenue par l'éther impalpable ! Il se polit autour de toi, et c'est le mouvement de ton agitation qui distribue les vents et les rosées fécondes. Selon que tu croîs et décrois, s'allongent ou se rapetissent les yeux des chats et les taches des panthères. Les épouses hurlent ton nom dans la douleur des enfantements ! Tu gonfles le coquillage ! Tu fais bouillonner les vins ! Tu putréfies les cadavres ! Tu formes les perles au fond de la mer ! "
− " Et tous les germes, ô Déesse ! fermentent dans les obscures profondeurs de ton humidité. "
− " Quand tu parais, il s'épand une quiétude sur la terre ; les fleurs se forment, les flots s'apaisent, les hommes fatigués s'étendent la poitrine vers toi, et le monde avec ses océans et ses montagnes, comme en un miroir, se regarde dans ta figure. Tu es blanche, douce, lumineuse, immaculée, auxiliatrice, purifiante, sereine. "
Le croissant de la lune était alors sur la montagne des Eaux−Chaudes, dans l'échancrure de ses deux sommets, de l'autre côté du golfe. Il y avait en dessous une petite étoile et tout autour un cercle pâle. Salammbô reprit :
− " Mais tu es terrible, maîtresse ! ... C'est par toi que se produisent les monstres, les fantômes effrayants, les songes menteurs ; tes yeux dévorent les pierres des édifices, et les singes sont malades toutes les fois que tu rajeunis. "
− " Où donc vas-tu ? Pourquoi changer tes formes, perpétuellement ? Tantôt mince et recourbée, tu glisses dans les espaces comme une galère sans mâture, ou bien au milieu des étoiles tu ressembles à un pasteur qui garde son troupeau. Luisante et ronde, tu frôles la cime des monts comme la roue d'un char. "
− " O Tanit ! tu m'aimes, n'est-ce pas ? Je t'ai tant regardée [...]
Source: IN LIBRO VERITAS, p.1o. À visiter, sans faute... c'est le site de la littérature équitable. Pour lire, écrire et publier gratuitement. On ne peut demander mieux ni plus!
Voir également: http://www.mediterranees.net/romans/salammbo/index.html.
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