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lundi 31 août 2009

La délicatesse - David Foenkinos

Chose promise, chose due. Voici les résultats de mon «enquête», à la Miss Marple, sur «La délicatesse», de David Foenkinos. «Le potentiel érotique de ma femme» m'a servi de guide (voir mon billet d'hier). Trop peu de pages (6) pour juger à fond. Suffisamment pour juger du «potentiel» du livre. Dès la 1ere page (chap. 1), le portrait psychologique -sans psychologisme- de Nathalie. On a tout de suite une bonne idée de qui est Nathalie; et l'on sait, par déduction, que c'est elle le pivot du roman. Un court extrait:

«Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu'elle préférait les histoires tristes (...) Mais elle ne ressentait aucune nostalgie, jamais (en repensant à son enfance). Ce qui était assez rare pour une Nathalie*.
*Note en bas de page: Il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie.» - Un joli clin d'oeil!

Le chapitre 2 commence ainsi:« La plupart des couples adorent se raconter des histoires, penser que leur rencontre revêt un caractère exceptionnel, et ces innombrables unions qui se forment dans la banalité la plus totale sont souvent enrichies de détails offrant, tout de même, une petite extase. Finalement, on cherche l'exégèse en toute chose.»
Je ne sais pas si vous partagez mon avis: mais je trouve cette observation tout à fait juste. C'est bien vu, c'est bien dit. Il n'y a pas que «notre Victor» qui éprouve de l'extase... Il aurait pu en mourir, le pauvre, s'il avait connu Thomas Mann et Mort à Venise! Ici, dans «La délicatesse», on verra ce qu'il en retournera, de la «petite extase»

Dans ce chapitre (un peu plus de 5 p.), le romancier introduit un personnage principal, François. Il décrit «la scène initiale de l'abordage» suivie d'un rendez-vous pour prendre un café. «Nathalie et François se sont rencontrés dans la rue.»
On assiste à la toute première étape de la formation du couple. On sent déjà qu'ils formeront un couple. Durable ou pas? Reste à voir.

« Quand un homme vient voir une inconnue, c'est pour lui dire de jolies choses. Existe-t-il, ce kamikaze masculin qui arrêterait une femme pour asséner: " Comment faites-vous pour porter ces chaussures? Vos orteils sont comme dans un goulag. C'est une honte, vous êtes la Staline de vos pieds!" Qui pourrait dire ça? Certainement pas François, sagement rangé du côté des compliments.(...) Au bout de trente secondes, il parvint même à la faire sourire. C'était une brèche dans l'anonymat.»

On repère, dans ce bref extrait, l'humour de David Foenkinos et le sens des observations fines, et finement dites. Il nous épargne des lourdeurs, des longueurs et des langueurs. En d'autres mots, il fait confiance à l'intelligence des lecteurs.

Et plus loin: « Soumis à la dictature de la sensualité, il n'en demeurait pas moins un homme romantique, pensant que le monde des femmes pouvait se réduire à une femme.» Peut-on voir ici un indice de sa définition de «délicatesse»? Un indice... fort probablement.

Au resto, François procède, à part soi, à une «analyse liquide de la première impression féminine». C'est une heureuse trouvaille.
«Il lui demanda ce qu'elle voulait boire. Son choix (celui de Nathalie) serait déterminant. Il pensa: si elle commande un déca, je me lève, et je m'en vais. On n'avait pas le droit de boire un déca à ce genre de rendez-vous. C'est la boisson la moins conviviale qui soit.»

Le plus beau de l'affaire est que François formule toute une typologie qui n'est pas piquée des... verres. Le thé, l'alcool, le Coca-Cola ou autre type de soda? Bof... François passe ces liquides en revue, et s'explique chaque fois. Aucun ne trouve grâce à ses yeux. Un jus alors? C'est sympathique. Mais quel jus? Je vous laisse le plaisir de le découvrir.
Finalement, Nathalie soumise, à son insu, à cette «analyse liquide» passera le test haut la main. Au plus grand bonheur de François. Ce passage est plein d'inventivités, et drôle.

«Elle (Nathalie) essayait de se rappeler où elle allait au moment où elle l'avait rencontré (François). C'était flou. Elle n'était pas du genre à se promener sans but. Ne voulait-elle pas marcher dans les traces de ce roman de Cortazar qu'elle venait de lire? La littérature était là, maintenant entre eux. Oui c'était ça, elle avait lu Marelle, et avait particulièrement aimé ces scènes où les héros tentent de se croiser dans la rue, alors qu'ils arpentent des itinéraires nés de la phrase d'un clochard. (...) Voilà où elle allait: dans un roman.»

La référence à une œuvre littéraire (ou artistique) bien intégrée dans un roman, qui semble couler de source: ça me plaît beaucoup. Une référence forcée, plaquée dans un texte; un étalage de pseudo-culture: ça m'horripile. David Foenkinos ne joue pas à ce jeu là, du moins pas dans son livre «Le potentiel érotique de ma femme». Vous avez vu comment il a introduit Thomas Mann. Ailleurs, dans un autre livre? Je ne pense pas.

Le chapitre 3 est tout à fait spécial. Il est composé de 4 lignes. En fait, c'est une énumération sans ponctuation finale. Les voici: «Les trois livres préférés de Nathalie / Belle du Seigneur, d'Albert Cohen * L'amant, de Marguerite Duras * La Séparation, de Dan Franck
Un message subliminal, sans aucun doute...

La vidéo suivante vous permettra de vous faire votre propre idée du roman, «La délicatesse», de David Foenkinos. Quant à moi, j'y retrouve les mêmes qualités que celles du roman «Le potentiel érotique de ma femme».

dimanche 30 août 2009

Le potentiel érotique - David Foenkinos

«Le potentiel érotique de ma femme», de David Foenkinos. Un livre drôle, à l'humour fin sans jamais forcer la note, aux petites phrases qui surprennent, aux expressions heureuses. L'écriture et l'histoire s'harmonisent pour former un tout: un roman digne de ce nom. La psychologie des personnages est cohérente. Un roman léger? Pas du tout. On ne trouve nulle part un meilleur portrait du collectionneur compulsif: d'un Hector.

J'ai lu «Le potentiel érotique», en 2004, et je me souviens encore d'Hector, l'inouï, l'inoubliable collecteur. C'est mon beauf! Mon seul beauf! Sa femme? Euh... Ah oui, c'est Brigitte. Les deux font la paire. Un couple appareillé sans pareil!
Je vois Brigitte sur son escabeau de bois: elle lave les vitres. Je vois Hector assis dans un fauteuil, en pâmoison devant les mollets de Brigitte. Quel potentiel érotique! Aussi Hector use-t-il de tactiques pour que Brigitte lave souvent les vitres... Hector «collectionne» Brigitte. Sa plus belle collection... à ce jour.

La pâmoison d'Hector: «L'évanescence captée, la sensualité attrapée, il aurait pu mourir ce jour-là puisque Thomas Mann avait écrit "Celui qui a contemplé la Beauté est déjà prédestiné à la mort." Brigitte lavant les vitres, c'était un peu son Mort à Venise à lui. Mais Hector ne savait qui était Thomas Mann, alors il pouvait survivre. L'inculture sauve bien des vies.» (p.76)

Avant Brigitte, Hector collectionnait quoi? Les piques apéritif, les badges de campagnes électorales, les peintures de bateaux à quai, les pieds de lapin, les cloches en savon, les bruits à cinq heures du matin, les dictons croates, les boules de rampe d'escalier, les premières pages d'un roman, les étiquettes de melon, les œufs d'oiseaux, les moments avec toi, les cordes du pendu. Entre autres... Il y a des passages qui m'ont fait crouler de rire.

Avec l'aide de son frère Marcel, Hector essayait de se guérir, mais... Au moment où l'on pouvait penser que c'était chose faite, il a reçu en héritage 2 000 bouchons de champagne d'un monsieur qu'il ne connaissait ni d'Adam ni d'Ève.
Marcel, aussi, était un collecteur... de cheveux féminins. Ses pièces: «rousse millésime 77», «les blondes 83 et 84, les brunes éternelles de 88, les auburn d'il y a quelques jours.» Les parents? Des mangeurs de soupe...

Le livre commence ainsi: « Hector avait une tête de héros. On le sentait prêt à passer à l'acte, à braver tous les dangers de notre grosse humanité, à embraser les foules féminines, à organiser des vacances en famille, à discuter dans les ascenseurs avec des voisins, et, en cas de grande forme, à comprendre un film de David Lynch. Il serait une sorte de héros de notre temps, avec des mollets ronds. Mais voilà qu'il venait de décider de se suicider. On avait vu mieux comme héros, merci. Un certain goût pour le spectacle lui avait fait opter pour le métro. (...) C'est fou cette tête de héros. (...) Hector nous fit un malaise. Dans son œil, on ne voyait rien. Il fut découvert gisant dans les couloirs du métro, plus près de Châtelet-Les Halles que de la mort.(p.13-14)

Comment finira-t-il notre Hector, et le livre? En collecteur et en héros. «Les trois enfants (ses triplééés) furent placés côte à côte; ils semblaient identiques comme les trois pièces d'une collection. (...) Avec trois enfants d'un coup, il méritait au moins l'appellation de héros.» Point final.

Vous vous demandez pourquoi je vous parle d'un livre paru en 2004? Pour la simple et bonne raison que David Foenkinos vient de publier, chez Gallimard, un roman «La délicatesse», disponible le 4 septembre. Avant de me laisser tenter, je vais m'informer. Et je vous reviendrai sur ce sujet, très bientôt.

Bonne journée à tous et à toutes!

samedi 29 août 2009

Les fous littéraires - Polastron / Blavier / Wikipédia

Pour fêter mon retour après une brève absence, voici du 3 pour 1. Trois auteurs: Polastron, «Livres en feu»; Blavier, «Les fous littéraires»; Wikipédia, «Fou littéraire». Un bibliographe: Charles Brunet. On lit sur Wiki que «l'étude des fous littéraires commence en 1835 avec une bibliographie établie par Charles Nodier et se poursuit en 1880 avec Gustave Brunet. Dans les années 1930, Raymond Queneau continue ce projet (...)*» Charles Brunet?


Voyons ce qu'en dit Polastron: «On notera en passant que la fiabilité limitée de ces études (recensement de titres) s'accompagne parfois d'un esprit franchement ignorant et rétrograde chez certains des compilateurs engagés avec obstination dans l'entreprise. Ainsi Brunet (Gustave Brunet), dans un de ses ouvrages, classe-t-il parmi les fous littéraires «Socrate, Walt Whitman, Michelet et, naturellement, Gérard de Nerval et le marquis de Sade». Quid?

Polastron ajoute: «Ce "naturellement" ne manqua pas d'offusquer Raymond Queneau dans la préface de sa beaucoup plus pénétrante étude sur les fous littéraires (...) » Queneau vit rouge. Queneau prit feu!

Voyons ce qu'en dit Blavier: «Il revenait à un Belge, érudit officiel mais à l'esprit ouvert et méthodique, de jeter les fondements de cette bibliographie encore à faire (dixit Charles Nodier). L'histoire littéraire des fous d'Octave Delepierre parut à Londres en 1880, à très petit nombre, succédant à quelques articles publiés en revue.
Ce travail est de loin supérieur à celui allégué de Gustave Brunet (sous le pseudonyme de Philomneste Junior), Les fous littéraires. Essai bibliographique sur la littérature excentrique, les illluminés, visionnaires, Bruxelles, 1880

Les auteurs que Brunet recense sont surtout allemands «car il dépouille dans tous les sens du mot (...) les sept volumes d'Adelung». Brunet écrit, en langue de bois, les «avoir consultés avec profit» (Blavier).
C'est ainsi qu'il attrape, dans ses filets, de grands et véritables écrivains, et ne sait pas les reconnaître. Il mérite, sans aucun doute, d'être qualifié, pour cette grossière erreur, d'«esprit franchement ignorant et rétrograde» (Polastron).

Pour nous dépatouiller, allons rendre visite à l'I.I.R.E.F.L -L'Institut International de Recherches et d'Explorations sur les Fous Littéraires. Les auteurs allégués d'études sur les fous littéraires sont cités, dans l'ordre: Charles Nodier, Octave Delepierre, Raymond Queneau, André Blavier.
Et «notre» Charles Brunet? On le cite dans les bibliographies, on le commente. Mais, visiblement, il n'est pas placé à la hauteur de Nodier, Delepierre, Queneau, Blavier.

Pour fermer la boucle, revenons à Wikipédia qui classe, dans l'ordre, Nodier, Brunet, Queneau. Ce n'est pas sérieux! Cette «fantaisie» étale toute la méconnaissance, pour ne pas dire, l'ignorance de l'auteur de l'article -à tout le moins, son imprudence. Il est regrettable que les lecteurs soient ainsi induits en erreur. Cet article est une ébauche... Je dirais, plutôt, une pré-ébauche. Victor Hugo n'a pas fini de s'arracher les cheveux!

Par ailleurs, dans l'actualité, on apprend que Wikipédia teste un logiciel pour durcir ses règles de publication touchant des personnes en vie. Et les autres? Pourrait-on, impunément, entacher la mémoire de personnes décédées? Et la vérification et la validation des connaissances pour éviter de répandre des erreurs, des faussetés, des a peu près comme... qu'en est-il? Une encyclopédie aussi démocratique, participative, disponible dans beaucoup de langues, utile, pleine de qualités, se doit de veiller au grain... Qui sème à tout vent...
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Citations tirées:
- des pages 367 et 368 de «Livres en feu», de Polastron, 2009. À consulter sur «Google Books»;
- de la page 42 de «Les fous littéraires», de André Blavier, Éditions des Cendres, 2000.
Site internet consulté: I.I.R.E.F.L, à la page: http://fous-litteraires.over-blog.com/article-29657449.html
Photographie de Polastron. Crédit Arnaud Février. Sur http://www.polastron.com/03_biographie/page_bio.html

mardi 18 août 2009

Les allumeurs - Don Quichotte

En parcourant «Livres en feu» de Polastron, je suis tombée sur un passage concernant «Don Quichotte» de Cervantès. Un texte aussi court que lumineux, qui séduit l'intelligence et pince le cœur. Tout comme Don Quichotte lisant dans sa bibliothèque «récupérée par Littéranaute», je vous invite à lire ce passage. Matière à réflexion...

Les allumeurs.

«N'ayez jamais ni curé ni barbier, ni nièce ni gouvernante, ou alors tremblez pour votre indépendance. Et si, par malheur, vous avez les quatre à fois, cachez soigneusement le lieu où vous rangez tous vos livres. Quatre siècles après sa parution, le VIe chapitre de Don Quichotte est toujours un supplice poignant pour le lecteur, où l'on voit ces quatre personnages se livrer à un simulacre de tribunal en profitant lâchement du repos bien gagné de l'Hidalgo.

Sa librairie, "ils entrèrent tous dedans, et la gouvernante avec eux, où il trouvèrent plus de cent volumes gros et fort bien reliés, et encore d'autres petits". Maître Nicolas présente au curé chaque titre et celui-ci commente, suppute, tranche, tandis que la nièce glapit qu'il faut tout brûler et que la gouvernante joue les bras séculiers, expédiant les livres par la fenêtre.

Bien entendu, cette affaire est vicieuse: à l'instar des inquisiteurs, le curé soustrait et se réserve les meilleurs ouvrages. "Baillez-le-moi, compère, car j'estime plus de l'avoir trouvé que si on m'avait donné une soutane de serge de Florence."

Et alors, "cette nuit-là, la gouvernante brûla tous les livres qu'il y avait en la cour et en toute la maison".

Au lendemain, la pièce est murée de façon que la bibliothèque n'ait jamais existé, et les deux méchantes femmes racontent au gentilhomme qu'un enchanteur arrivé sur le dos d'un serpent a tout emporté, et les livres et le cabinet.

Il ne reste plus au chevalier errant qu'à partir errer.

"Si tous les livres m'ont tué il suffit d'un pour que je vive Fantôme dans la vie et réel dans la mort."
Alexandre Arnoux (1884-1973, Chanson de la mort de Don Quichotte.»*

Faites-vous plaisir, lisez le chapitre VI de Don Quichotte, intitulé De la curieuse revue, et de la rigoureuse justice que le curé et le barbier firent des livres de notre chevalier, sur Google Books. Cliquez ici

Je vous reparlerai, sous peu, de ce livre exceptionnel qu'est«Livres en feu», de Polastron.
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Psitt! J'ai pris la liberté de disposer le texte cité autrement que dans le livre. Et ceci, pour en faciliter la lecture. Je suis certaine que M. Polastron ne m'en tiendra pas rigueur...

dimanche 16 août 2009

Secrets d'histoire -Christophe Colomb

«Christophe Colomb a-t-il découvert l'Amérique?» Telle est la question centrale de l'émission«Secrets d'histoire» ce soir, à 19h00, sur TV5. Les Chinois et les Vikings, grands navigateurs, étaient-ils venus en Amérique avant Christophe Colomb? Quel est le rôle de Amerigo Vespucci, qui a donné son nom à l'Amérique?

Toutes ces question nous interpellent, nous, les habitants du continent américain; nous, les habitants des Amériques. Les Étasuniens et tous les autres... Américains. Ce soir, nous verrons bien comment les Français se débrouillent dans cet embrouillamini. Si jamais, ils s'y aventurent...

J'ai vu plusieurs émissions de cette série, Secrets d'histoire, par exemple, les amours de Napoléon, le trésor des Templiers, Robin des Bois: je les ai toutes aimées. Des extraits de films, de documentaires, d'archives illustrent les propos des intervenants présents sur le plateau ou dans les reportages. Le sympathique et souriant Philippe Charlier, un scientifique, anime l'émission. Voyez sa bonne bouille (photo ci-contre).

Il y a tout lieu de penser que l'émission sur Christophe Colomb sera à la hauteur des précédentes...
Bonne journée, et bonne soirée!

D'ici là, laissez-vous bercer par la musique en regardant des images de «Vangelis - Conquest of Paradise».

samedi 15 août 2009

Apostille - Nom de la rose / Umberto Eco- 2/2 (B)

«Apostille au "Nom de la rose" de Umberto Eco. Pour faire suite aux «apostrophes» aux écrivains, voici des «apostrophes» aux lecteurs. Comment Umberto Eco voit-il le lecteur? Quelle place lui laisse-t-il dans son œuvre? Cherche-t-il à répondre à ses attentes? Ou veut-il l'entraîner dans son sillon? Umberto Eco nous livre le fond de ses pensées. J'aborde ici quelques points... Rien ne peut remplacer la lecture de son essai. Bien évidemment... comme dirait l'autre!


Apostrophes aux lecteurs


Lecteurs, à vos plumes... écrivez

«Rien ne console plus l'auteur d'un roman que de découvrir les lectures auxquelles il n'avait pas pensé et que les lecteurs lui suggèrent.

Dans le roman Nom de la rose, Adso demande à son maître: «Qu'est-ce qui vous effraie le plus dans la pureté?» Guillaume de Baskerville lui répond: «La hâte». Pour sa part, Bernard Gui, l'inquisiteur, menace le cellérier en ces termes: «La justice n'agit pas avec précipitation (...) celle de Dieu a des siècles à sa disposition.» Un lecteur a demandé à Umberto Eco quel rapport il avait voulu établir «entre la hâte redoutée de Guillaume et l'absence de hâte célébrée par Bernard.»

Eh bien! Il a été pris au dépourvu... Il s'est aperçu que l'échange entre Adso et Guillaume n'était pas dans son manuscrit, il l'avait ajouté sur les épreuves pour des raisons esthétiques... il avait oublié que plus loin Bernard parlait aussi de hâte (en italien, c'est plus évident, car le mot fretta (hâte) revient deux fois...

Quoi qu'il en soit, cette opposition a vraiment du sens... Elle s'est «nichée» dans le texte, sans la volonté expresse de l'auteur. Son inconscient lui aurait-il joué un tour? Son personnage aurait-il parlé de son propre chef, sans attendre l'autorisation de son chef?
Ô personnage avez-vous donc une âme qui échappe à la plume de l'auteur pour s'animer et vivre sa propre vie?

«L'auteur devrait mourir après avoir écrit. Pour ne pas gêner le cheminement du texte», écrit Umberto Eco. Comme la mante religieuse... qui dévore le mâle après «l'acte»?
Quel sens de l'humour et de l'autodérision de la part d'un érudit! Décidément, il n'a pas la grosse tête, il se contente d'avoir la tête pleine, et bien faite.
Tout de même, arrêtons-nous un instant sur cette idée. S'il fallait prendre le souhait de Umberto Eco au pied de la lettre, il ne nous resterait plus d'écrivains... Mais nous aurions beaucoup de mantes religieuses en chômage...

Lecteurs à vos lunettes... lisez!
«Quand l'œuvre est finie, le dialogue s'instaure entre le texte et ses lecteurs (l'auteur est exclu). [La parenthèse est de Umberto Eco]. Le lecteur est libre de tirer ses conclusions. Et la machine à générer de l'interprétation qu'est le roman se met en marche, pour reprendre l'expression imagée de Umberto Eco. Le livre créé par l'auteur est cent fois, mille fois, des millions de fois... recréé par autant de lecteurs et de lectrices.

Le livre chemine en pleine autonomie, indépendamment de son créateur. Le livre et le lecteur, seuls au monde...
Il n'est donc pas nécessaire que l'auteur meure après avoir écrit son livre, comme le dit, en boutade, Umbercot Eco: il n'est plus dans le portrait, à moins qu'il se soit peinturé dans le coin... ou se soit -accrochez-vous la mâchoire- autopeluredebananisé (du verbe, autrement orthographié, s'auto-pelure-de-bananiser).

Umberto Eco en est venu à ne plus vouloir répondre à des questions qu'il estime oiseuses. Dans «Apostille au Nom de la rose», il donne deux exemples.
__ «... ton œuvre est-elle une œuvre ouverte ou pas? Mais est-ce que je sais, moi! C'est votre affaire, pas la mienne!»
__ «...auquel de tes personnages t'identifies-tu? Mon Dieu, mais à qui s'identifie un auteur? Aux adverbes, bien sûr.

Je pourrais vous entretenir longuement de ce court essai -91 pages- tant il regorge d'idées fines, exprimées en termes simples, percutants. Umberto Eco nous dévoile ses secrets de romancier, dans un texte chaleureux, vivant, animé, plein d'humour et de traits d'esprit, si près de nous qu'on croit l'entendre nous parler comme un ami... écrivain.
Certaines références nous sont bien connues; d'autres demanderaient, sans doute, une recherche sur Internet, si on désire en savoir plus...

Merci de votre générosité, Monsieur Eco!
___
Source: «Apostille au "Nom de la rose" de Umberto Eco, essai. Biblio-Essais. Livre de poche.

vendredi 14 août 2009

Apostille - Nom de la rose / Umberto Eco -2/2 (A)

C'est la fin... Je termine mes commentaires sur «Apostille au "Nom de la rose" de Umberto Eco. Il est temps de quitter l'abbaye et le vieil Adso... «Stat rosa pristina nomine; nomina nuda tenemus» - «La rose d'autrefois existe en tant que nom (ou mot), il ne nous reste que des noms (ou des mots) nus» - «Yesterday's rose endure in its name; we hold empty names». En latin, en français, en anglais... la rose ne dure que du matin au soir. Le temps passe... et ne repasse jamais...

Mes commentaires prendront la forme d'apostrophes. Des interpellations amicales, cela va de soi. Des «apostrophes» aux écrivains, en première partie -dans mon présent billet; et des «apostrophes» aux lecteurs, en deuxième partie, dans mon billet de demain.

Apostrophes aux écrivains

Écrivains, inspirez... lisez!
«Quoi que l'on fasse, je suis né à la recherche en traversant des forêts symboliques peuplées de licornes et de griffons, en comparant les structures pinaculaires et carrées des cathédrales aux pointes de malice exégétique celées dans les formules tétragones des Summulae, en vagabondant de la rue du Fouarre aux nefs cisterciennes, en m'entretenant aimablement avec des moines clunisiens, érudits et fastueux, tenu à l'œil par un Thomas d'Aquin grassouillet et rationaliste, tenté par Honorius d'Autun, par ses géographies fantastiques où l'on expliquait à la fois quare in pueritia coitus non contingat, comment on arrive à l'Île Perdue et comment on capture un basilic muni d'un seul miroir de poche et d'une inébranlable foi dans le Bestiaire. (p.21)

Trois longues phrases, trois paragraphes de suite. Une véritable incantation... une accumulation d'images qui crée un monde rempli de merveilleux... Une mélodie qui chante à l'oreille... Comme le musicien, l'écrivain doit avoir de l'oreille. Sinon, il jouera faux, sinon il écrira faux. Vrai de vrai. Oui.

Écrivains, à vos marques... écrivez!
«J'ai écrit ce roman parce que l'envie m'est venue. Je pense que c'est une raison suffisante pour se mettre à raconter. L'homme est un animal fabulateur par nature. (...). J'avais envie d'empoisonner un moine. Je crois qu'un roman peut naître d'une idée de ce genre, le reste est chair que l'on ajoute, chemin faisant.»

Cette idée remonte à mars 1978. De plus loin encore: il a retrouvé dans un cahier daté de 1975, une liste de moines. Il possédait le «Traité des poisons» de Orfila de Huysmans, acheté 20 ans plus tôt, par fidélité à l'auteur, et jamais lu.
Ce passage que je viens de citer provient d'une lettre que Umberto Eco adressait à un éditeur (à propos de son commentaire du commentaire de l'apocalypse de Beatus de Liebana), il y avait des années de cela.

Écrivains, gardez vos vieux papiers, vos écrits... Gardez à l'esprit que la Bibliothèque Nationale de France a découvert, par hasard, le premier écrit de Rimbaud, publié dans une obscure revue des Ardennes.
Parmi vos archives, vous pourriez retrouver, à moment donné, des documents utiles... comme Umberto Eco. Quant à la postérité, oubliez-la. Ce n'est pas de votre ressort!

Écrivains, résistez... ne coupez pas!
La maison d'édition a suggéré à Umberto Eco de raccourcir les 100 premières pages, trop absorbantes, trop fatigantes. «Je n'eus aucune hésitation, je refusai» Pourquoi? Parce que ces pages avaient une fonction: préparer le lecteur à «entrer dans l'abbaye (pour) y vivre 7 jours». Pour expliciter sa pensée, Umberto Eco compare le fait d'entrer dans un roman à une excursion en montagne.

En bref, et dans d'autres termes, l'écrivain est le guide, il donne le rythme de la marche. Qui veut me lire me suive... Le lecteur est le scout qui doit s'adapter pour suivre... quitte à chercher son souffle ou son second souffle ou quitte à s'impatienter pas lenteur du guide, estimant qu'il fait du surplace.

Umberto Eco ajoute: «S'il (le lecteur) n'y arrivait pas (à lire les 100 premières pages), il ne réussirait jamais à lire le livre dans son entier» À la lumière de cette explication, je comprends pour quelle raison des lecteurs disent avoir aimé le film et ne pas avoir apprécié le roman... ou d'en avoir passé des bouts... ou d'être revenu au roman après avoir vu le film... Ils avaient loupé le rite d'initiation.

À moins qu'il ne s'agisse de longueurs injustifiables ou de redites, inutiles et même nuisibles, qu'il serait à propos de couper, c'est l'écrivain qui a raison... C'est à l'éditeur d'entendre raison...

Demain, ne manquez la deuxième partie: des «apostrophes» aux lecteurs. À suivre...

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Image: Enfer, de François de Nomé, 1622. Musée des beaux-Arts, Besançon.
Cette image illustre la couverture de l'essai Apostille au «Nom de la rose», Umberto Eco, Biblio - essais, Le livre de poche.

jeudi 13 août 2009

Apostille - Nom de la rose / Umberto Eco - 1/2

La lecture de «Apostille au ''Nom de la rose''» de Umberto Eco vous réjouira: je vous le certifie. En tant que lecteur ou en tant qu'écrivain, vous y trouverez matière à vous réjouir. Ce court texte est d'une grande richesse. On y trouve les réponses aux questions que suscite la lecture du roman et l'explication de sa fabrication, ainsi qu'une réflexion sur l'écriture d'un roman et sa lecture. Tout écrivain et tout lecteur, ces deux inséparables, devraient, à mon avis, lire -et relire-l'Apostille.

Voyons donc, ensemble, quelques éléments que j'ai réuni sous des titres... disons, représentatifs.

L'idéal est un roman sans titre
Voilà, somme toute, ce que pense Umberto Eco. Une idée saugrenue? Pas de son point de vue. Il s'en explique: il appartient au «lecteur (de) tirer ses conclusions, considérant que le narrateur n'a pas à fournir d'interprétations à son œuvre, sinon ce ne serait pas la peine d'écrire des romans étant donné qu'ils sont, par excellence, des machines à générer de l'interprétation.

À son plus grand regret... Eco doit concéder que: «un roman doit avoir un titre». Il ajoute: «Or, un titre est déjà -malheureusement- une clef d'interprétation». Il donne comme exemple, Le Rouge et le Noir, Guerre et Paix, Robinson Crusoé, Le Père Goriot...

Le titre idéal (!) serait, peut-être: Prenez et lisez, ceci est mon roman. Mais alors... tous les romans auraient le même titre, et ce titre en blanc ou titre fantôme, si vous préférez, c'est... un titre. Il n'y a qu'une seule solution pour sortir de ce raisonnement circulaire: donner un titre. Mais encore, faut-il bien le choisir.

Comment Umberto Eco a-t-il choisi le titre de son roman «Nom de la rose»? A-t-il laissé au lecteur le choix d'une d'interprétation parmi une gamme de possibilités?

D'où vient donc le titre: «Nom de la rose»?
Le titre de travail était L'Abbaye du crime. Umberto Eco l'a écarté, car il mettait trop l'accent sur l'enquête «policière» de Guillaume de Baskerville. Il aurait aimé Adso de Melk, le nom du narrateur. «Mais en Italie, les éditeurs n'aiment pas les noms propres». Pas de Cousine Bette, de Barry Lyndon, de Tom Jones...
Eh oui! Il arrive qu'un écrivain doive se plier aux désideratas des éditeurs...

Le plus beau est que le titre, Nom de la rose, lui est venu « quasiment par hasard (...)», et il lui a plu, car la rose est un symbole qui se prête à de multiples interprétations... Ainsi, lorsque le lecteur lit l'hexamètre latin à la fin du livre...
Stat Rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus*, c'est trop tard: il a déjà donné un sens au titre du roman.

Mais, à mon avis, ce vers ne fournit aucune clef d'interprétation, c'est un passe-partout, car il nous ramène à la rose et à ses multiples interprétations. Et la boucle est bouclée. Et Umberto Eco nous a ensorcelés...

«La rose d'autrefois existe en tant que nom (ou mot), il ne nous reste que des noms (ou mots) nus»**.

Pour ma part, j'y vois un rapprochement avec le poème de Ronsard, «Mignonne, allons voir si la rose»...
Sitôt cueillie, sitôt évanouie. Ô mignonne, la rose ne dure que du matin jusqu'au soir, comme jeunesse qui passe.
Ceci n'est pas une rose, c'est le nom de la rose, un mot...; c'est le souvenir d'une rose, si tant est qu'elle ait existé... Ce qui te reste, ô Mignonne, c'est le nom, c'est le mot «rose»; et ce nom, ou ce mot, est vide... la rose s'est évanouie. C'est le néant...

Ô lecteur, la rose de la fin a-t-elle été, pour toi, un guide vers une nouvelle lecture du roman? À l'instar de Umberto Eco, «(...) je laisse le lecteur tirer ses conclusions».

Comprendre et résoudre les problèmes liés à la composition d'une œuvre.
Umberto Eco nous dévoile, sans détour, les secrets sur sa démarche d'écrivain en prenant appui sur son roman «Nom de la rose», mais pas seulement. Il en ratisse large, mais aussi en profondeur. Entre autres, il mentionne Poe. En effet, le texte de Edgar Allan Poe sur sa méthode de composition, Genèse d'un poème, rejoint celui de Umberto Eco, à moins que ce soit l'inverse...

Je vous en ai glissé un mot dernièrement, dans mon billet du 10 août 2009, intitulé «Avec Poe - Le corbeau.» Permettez-moi de vous y référer.
[En aparté... Si Blogger.com vous signale que cette page n'existe plus, n'en croyez rien. Il s'agit d'un problème technique que j'essaie de régler, de peine et de misère.... Au secours!]
__
Psitt! Ne vous laissez pas impressionner par les 2 premiers mots de l'éditeur: «Texte érudit...» C'est Umberto Eco qui est érudit, mais le lecteur n'a pas besoin de l'être pour lire son texte. Le texte est «lumineux», en effet...
* Tiré de De Contemptu mundi de Bernard Morlaix, un bénédictin du XIIe siècle.
** Au sujet de la traduction française de «Stat Rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus» toutes sortes de bruits courent sur Internet. Bouchez-vous les oreilles avec de l'ouate et lisez ceci: «Ce qui pourrait se traduire en français par: La rose d'autrefois existe en tant que nom (ou mot), il ne nous reste que des noms (ou mots) nus». Source: Martin J. G. de Jong, Le présent du passé, Essais de littérature comparée, Presses universitaires de Namur, p.264. Une source fiable...
J'ai consulté cet ouvrage sur Google Books.
En anglais:Yesterday's rose endures in its name; we hold empty names.

mardi 11 août 2009

À l'affiche sur Livranaute -Survenant est-il un quêteux?

Survenant, personnage central du roman, «Le Survenant» de Germaine Guèvremont, s'inscrit-il dans la filière américaine, à la suite de Jack London, «The Road», et de Jack Kerouac, «On the Road»? Est-il, simplement, un quêteux qui parcourt les routes de la campagne du Québec au XIXe siècle et au début du XXe siècle? Un phénomène courant à cette époque. C'est sous cet angle que j'aborde ce roman, un classique de la littérature québécoise. Une façon inédite de l'aborder: je tiens à le souligner.

Soyez rassuré, Survenant, ce n'est pas un fantôme... Ce n'est pas un vampire... C'est un homme qui survient un soir d'automne, à la brunante, chez les Beauchemin, du Chenal-du-Moine. D'emblée, le père Didace le «baptise» Survenant et l'invite à manger. Et comme l'étranger refusera de dire son nom, tous continueront de l'appeler Survenant.

«Mon nom? Vous m'en avez donné un: vous m'avez appelé Venant.
__ On t'a pas appelé Venant, corrigea le père Didace. On a dit: le Survenant.
__ Je vous questionne pas, reprit l'étranger. Faites comme moi»
(...)
«Je vous servirai d'engagé et appelez-moi comme vous voudrez», dit plus loin Survenant au père Didace.

Quel homme! En plus, il est beau, fort, travailleur, fier, et indépendant d'esprit...

Nevermind! lancera Survenant, plus tard... Eh ben! Ça alors!

Je m'arrête ici... Pour en savoir plus, je vous invite à lire mon billet que je viens de publier sur mon blogue Livranaute.

À tout de suite! Et... à demain!

lundi 10 août 2009

Avec Poe - Le Corbeau

Michel Lapierre, dans Le Devoir des 8 et 9 août 2009, présente le livre «Avec Poe jusqu'au bout de la prose» de Henri Julien, dans son article intitulé «Poe, le détective de l'inconscient». Peut-on dire, tout à fois, que Poe est un ingénieur littéraire, un artiste scientifique, un initiateur de la psychanalyse, un précurseur du roman policier? Ou encore un détective de l'inconscient? À vue de nez, les termes dichotomiques des premières expressions surprennent. Les autres vont de soi, pour peu qu'on ait passé quelque temps avec Poe... Voyons ce qu'il en est.

Me dédoublant en détective Dupin, j'ai relu très attentivement Le Corbeau, un poème en prose de 3 pages et demie, sous le titre La genèse d'un poème (p.978 à p. 997). «Dans le moulage de la prose appliquée à la poésie, il y nécessairement une affreuse imperfection; mais le mal serait encore plus grand dans une singerie rimée.» Voilà qui est clair et net.

Poe écrit qu'il lui est impossible de nous «donner une idée exacte de la sonorité profonde et lugubre, de la puissante monotonie de ces vers, dont les rimes larges et triplées sonnent comme un glas de mélancolie.» C'est à nous de lire son poème: c'est là notre part. Nous y découvrons une ampleur, un souffle, une musique lancinante, des mots qui sonnent.

À la suite du poème, Le Corbeau, Poe écrit: «Maintenant, voyons la coulisse, l'atelier, le laboratoire,le mécanisme intérieur, selon qu'il vous plaira de qualifier la Méthode de composition. Poe explique sa démarche de création, le choix des impressions, des effets à produire, des répétitions -par exemple, jamais plus- le choix des noms, de la sonorité des mots, etc.

Je vous entends me dire: Poe, c'est un vieux Barbon! Tenez-vous bien, j'en ai une bonne pour vous. Le texte de Poe sur sa méthode de composition rejoint celui de Umberto Eco, dans «Apostille au ''Au nom de la rose''», à moins que ce soit l'inverse... Dans un petit livre -petit, par le nombre de pages- Eco nous livre les secrets de sa composition de son roman, il raconte le processus, le choix des noms, etc. Qu'est-ce que vous en dites?

«Poe dans sa Genèse d'un poème raconte comment il a écrit Le Corbeau. Il ne nous dit pas comment nous devons le lire, mais quels problèmes il s'est posés pour réaliser un effet poétique», écrit justement Umberto Eco, dans «Apostille». En effet...

Poe dit quelque chose qui m'a beaucoup plu: il ne croit pas les écrivains qui laissent entendre, particulièrement les poètes, qu'ils composent «grâce à une espèce de frénésie subtile ou d'intuition extatique.»
Umberto Eco abonde dans le même sens: «Quand l'auteur nous dit qu'il a travaillé sous le coup de l'inspiration, il ment. Genius is twenty per cent inspiration and eighty per cent perspiration (sic).» Le texte a été traduit de l'italien au français, d'où le passage en anglais... Bizarre, non?
On ne s'en sort pas, les plus grands le disent: 20% d'inspiration et de 80% de transpiration!
Les autres sont des menteurs ou des médiocres.

La lecture de Genèse d'un poème et d'autres - Le Chat noir, La lettre volée...- démontrent, nettement, que Poe est bien un ingénieur littéraire, un artiste scientifique, un initiateur de la psychanalyse, un précurseur du roman policier et un détective de l'inconscient. Il rallie les contraires et les fond dans un même creuset. Edgar Alan Poe: un écrivain unique.

En terminant, je vous cite la conclusion de deux articles. Une matière à réflexion... et matière à lire...

Philippe Sollers termine son article «Coup de Poe» ainsi:« Mais quand Poe meurt, on se dit que personne ne reprendra le flambeau. Erreur: c'est en 1851 qu'un jeune auteur de 32 ans publie sa bombe: Herman Melville. «Moby Dick».

Pour sa part, Michel Lapierre, dans «Poe, le détective de l'inconscient» conclut: À l'opposé de Melville ou de Whitman, l'écrivain (Poe) préférait au souffle épique du Nouveau Continent les détails évocateurs des perversités individuelles.
Il était le premier à effleurer le cauchemar d'une Amérique parcellisée, puissance obscure qui génère les guerres impériales de notre temps.»
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L'article de Philippe Sollers a été publié sur BibliObs.
Référence: Edgar Allan Poe, Oeuvres en prose, Bibliothèque de la Pléiade.

dimanche 9 août 2009

Marcher, une philosophie - Les orteils de Nietzsche

Frédéric Gros, dans son livre récent «Marcher, une philosophie» publié chez Carnets Nord, titille notre curiosité avec «les orteils» de Nietzsche. J'ai recherché les dits appendices dans les écrits de l'éminent philosophe. Youpi! Je les ai dénichés dans «Ainsi parlait Zarathoustra» et «Ecce Homo», où l'on tombe sous le charme de l'écriture.

Le danseur porte son oreille dans ses orteils!
«Je viens de regarder dans tes yeux, ô vie: j'ai vu scintiller de l'or dans tes yeux nocturnes, -cette volupté a fait cesser les battements de mon cœur- j'ai vu une barque d'or scintiller sur des eaux nocturnes, un berceau doré qui enfonçait, tirait de l'eau et faisait signe! Tu jetais un regard vers mon pied fou de danse, un regard berceur, fondant, rieur et interrogateur:;deux fois seulement, de tes petites mains, tu remuas ta crécelle -et déjà mon pied se dandinait, ivre de danse.
Mes talons se cambraient, mes orteils écoutaient pour te comprendre: le danseur ne porte-t-il pas son oreille dans ses orteils!
[...]
Ô Zarasthrousta! Ne claque donc pas si épouvantablement ton fouet! Tu le sais bien: le bruit assassine les pensées, -et voilà que me viennent de si tendres pensées.
[...]
Et nous nous sommes regardés, nous avons jeté nos regards sur la verte prairie, où passait la fraîcheur du soir, et nous avons pleuré ensemble. - Mais alors la vie m'était plus chère que ne m'a jamais été toute ma sagesse.
Ainsi parlait Zarathroustra.» [dans Ainsi parlait Zarathroustra]

Comment cette idée vint à Federich Nietzsche.
Est-ce qu'il prenait la pose du Penseur de Rodin? Non pas...
«Le matin j'allais vers le sud, sur la magnifique route de Zoagli, le long des pins, d'où je découvrais l'horizon lointain de la mer; l'après-midi, je faisais le tour complet de la baie Sainta-Margharita, jusque derrière le Porto-Fino. (...)
C'est sur ces deux chemins que m'est venue l'idée de mon tout premier Zarathoustra, celle surtout du type lui-même de mon héros: pour parier juste, elle m'assaillit et m'enleva par surprise.

L'inspiration... les frissons... jusqu'aux orteils.
«On entend, on ne cherche pas; on prend, on ne demande pas qui donne; la pensée fulgurante comme l'éclair, elle s'impose nécessairement, sous une forme définitive: je n'ai jamais eu à choisir. C'est un ravissement dont notre âme trop tendue se soulage parfois dans un torrent de larmes; machinalement, on se met à marcher, on accélère, on ralentit sans le savoir; c'est une extase qui nous ravit à nous-mêmes, en nous laissant la perception de mille frissons délicats qui nous parcourent jusqu'aux orteils (...) [dans Ecce Homo]

En somme, c'est lors d'une promenade solitaire -lors d'un séjour à Sils-Maria, en Suisse- que Nietzsche a l'intuition fulgurante de l'éternel retour, thème qu'il développera amplement dans son œuvre. Avec une force de style rare, il décrit son «expérience de l'inspiration». Ce ravissement, nous pouvons le ressentir avec lui, et même l'éprouver lorsqu'une idée particulièrement brillante se présente à notre esprit -sans être, pour autant, une réincarnation de Fédérick Nietzsche.

Marcher, c'est bon pour la santé!
Marcher, c'est bon pour l'inspiration!
Marcher, pour aller courir après les 20% d'inspiration qui manquent aux 80% de transpiration!
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Citations: «Ainsi parlait Zarathoustra» et «Ecce Homo»: Ebooks.
Livre consulté: Les pages les plus célèbres de la philosophie occidentale, de Socrate à nos jours, par Denis Huisman et Marie-Agnès Malfray, Perrin, 2000. Friedrich Nietzsche (1844-1900), p.426 à p.438

samedi 8 août 2009

Yannick Nézet-Séguin - La nuit américaine

Le soleil se lève sur «La nuit américaine» de Yannick Nézet-Séguin. Séduit, l'auditoire, habituellement bruyant et indiscipliné, du Lincoln Center, a pourtant écouté en silence l'orchestre du Festival Mostly Mozart, dirigé par le maestro. Reconnu, aimé, ovationné en Europe comme au Québec, Yannick Nézet-Séguin vient de conquérir le tout New York, qui en a vu bien d'autres... Les musiciens de l'orchestre, l'auditoire, les critiques, et le Metropolitain Opera: tous conquis en une seule «nuit américaine». En un seul coup de baguette...

Le film de François Truffaut, «La nuit américaine» -dont j'emprunte le titre- est un film sur un film. Un regard cinématographique sur la caméra. C'est le premier exemple d'un film utilisant un filtre pour créer une nuit artificielle. On peut faire une comparaison avec la performance de Yannick Nézet-Séguin, en ce que, lui, il lève le filtre, c'est-à-dire la distance- entre lui, les musiciens et l'auditoire. Il lève le voile sur la nuit. Cela s'explique en peu de mots: le respect des autres et des œuvres, et la fidélité à soi.

Sans artifice, sans un air de m'as-tu-vu. de mon-dieu-que-je suis-bon, regardez-moi la baguette. Non, il reste naturel, souriant, il se sent à l'aise. Cela se voit d'un simple coup d'œil. Le filtre levé, chacun entre en rapport direct avec la musique. Le talent du chef nous fait goûter à la musicalité dans la musique. Il nous attire vers l'œuvre, et l'œuvre nous saisit à bras-le-corps, nous enveloppe. Il n'y a plus que la musique et chacun de nous. Et toute la beauté du monde!

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Psitt! Des journalistes américains indiquent comment prononcer Yannik Nézet-Séguin, soit: Nay-ZAY say-Ghen. Il ne leur reste plus qu'à leur apprendre que les Canadiens-français du Québec se nomment, depuis belle lurette, des Québécois. Cela viendra avec le TGV... Pour la prononciation, ils peuvent toujours téléphoner à Réjean Tremblay, de La Presse.
Les images: 6 Degrees of Mostly Mozart '09, Lincoln Center.
Principale source
: The New York Times, l'article de Matthew Gurewitsch. Merci à Françoise Davoine, qui nous réfère à cet article sur Espace Musique, où l'on suit de près la carrière du maestro.
Autre source: «Yannick Nézet-Séguin fait sa marque» article de Marie-Joëlle Parent, Sun Média. En plus, on l'aura compris, de mes propres impressions.

vendredi 7 août 2009

Brèves... de testament

Vous l'aurez deviné... mes «Brèves... de testament» ont été inspirées par le «Testament d'un excentrique», de Jules Verne. Et, plus particulièrement, par trois passages. «Et voici ce à quoi Wiiliam J. Hypperbone avait réfléchi depuis sa résurrection, et le parti auquel il s'était arrêté -ce qui ne saurait étonner d'un pareil personnage.» Plus loin, notre faux-mort, qui a quitté le cimetière avant le jour du jugement dernier, précise son idée: :«Je vais ajouter un codicille à mon testament et introduire un septième personnage, qui sera William J. Hypperbone sous les initiales de X K Z». Et, enfin, cet aveu de l'excentrique: «(...) Puisque je ne me suis distingué par aucune excentricité jusqu'ici, au moins vais-je me monter excentrique sous le couvert de ma fausse mort.»

Il est vrai que l'excentrique, disons le faux-excentrique, ne peut prendre à son compte le fait qu'il ait été enterré vivant... Ce qui n'est pas banal. Son état cataleptique engendré par une congestion, le 1er avril (Oh! la la), ayant été confondu avec la mort réelle par les docteurs et corroborée par les fameux rayons du professeur Fréférick d'Elbing. Décidément, on ne peut plus se fier à personne...
Pince sans rire, Jules Verne ajoute qu'il est heureux que dans son testament notre milliardaire n'ait pas exprimer «dans son testament, la volonté d'être embaumé après sa mort (un lapsus?), car, assurément (...) il n'en serait pas revenu. Après cela, un homme si chanceux...»
«Il a l'air sinistre (m'écrit le Petit Robert), mais c'est un pince-sans-rire» Allons-y, à notre tour, sur un air rieur, sans en avoir l'air!

*Anecdotes notariales
Dans l'exercice de ses fonctions, le notaire -on le sait- est un homme sérieux, à l'apparence sévère, parlant d'une voix monocorde en toutes circonstances. Toutefois, rien n'interdit qu'il se pince, discrètement, lorsqu'il entend des mots déformés.
__ Monsieur le notaire, je voudrais ajouter un «crodicille» à mon testament... je voudrais signer un «bail antibiotique»... je voudrais signer un «chèque en bonne uniforme».
À la croque au sel. Codicille, crodicille, crocodicille, colibacille, cédille, cédicille, cécille, saintecécille, pourquoi pas faucille!

__ Un testateur, dans son codicille olographe, remercie Saint-Joseph pour sa maternelle protection et l'inplore de lui sonner la santé pour faire une belle mort et demande, ne voulant pas se retrouvé «refroidi» un bon matin, d'être incendié.
À la croque au sel. Voilà un testateur qui souffle le froid et le chaud. On ne sait pas si ce codicille laissa ses héritiers froids, ou s'ils prirent le feu... Ou si notre homme mourut en bonne santé sous la haute protection de la mère Joseph.

__ Dans un autre testament olographe, intitulé «Testament oléographe», le notaire a lu ceci: «Je recommande mon âne à Dieu.»
À la croque au sel. «Pas de chance, c'est complet. L'enclos est plein. Retournez d'où vous venez. Désolé!», lui dit Saint Pierre, le répartiteur en chef. Ninon était absente, ce jour-là. Autrement, elle aurait intercédé en sa faveur.

Des notaires auraient aussi avantage à relire ce qu'ils écrivent. Procédant à un inventaire, l'un de ceux-là écrivit: «Dans cette pièce se trouvent trois tableaux, une table, cinq chaises, dont celle sur laquelle je suis assis; le tout de peu de valeur.»
À la croque au sel. En somme, le tout... ne valait rien. Pauvre notaire ou notaire pauvre. Un plumitif, peut-être?

**Le fantôme de William J. Hypperbone
__ Faute d'héritier direct, un norvégien a couché ses amis sur son testament. Pour dissuader quiconque d'entraver ses dernières volontés, il menaça ceux qui oseraient... «Je jure solennellement, si cela est possible, de venir vous poursuivre dans les heures les plus sombres de la nuit.» Sa demi-sœur fit casser le testament, car les deux témoins qui l'avaient paraphé en ignoraient le contenu.
À la croque au sel. L'histoire ne dit pas si le fantôme est venu croquer le gros orteil de la belle-sœur ou lui faire des hou hou! durant la nuit.

**Le zèle des héritiers
__ À l'inverse, on trouve des héritiers respectueux, dans l'esprit comme dans la lettre, de la moindre volonté du défunt. Et cela, sans aucune menace. Au Monténégro, un sexagénaire s'était pris d'affection pour son téléphone portable. Dans son testament, il demanda à être enterré avec lui. La famille plaça donc le chouchou du défunt à ses côtés. Oups! La carte SIM n'était pas dans l'appareil. La famille a donc fait exhumer le cercueil pour remettre la carte dans l'appareil.
À la croque au sel. À quoi peut bien servir un cellulaire sans sa carte SIM. Je vous le demande! C'est un appareil mort...

** L'indifférence des légataires
__ Une londonienne âgée et fortunée a laissé à Tinker, son légataire, le droit d'habiter sa maison, lui allouant une somme importante pour assurer sa subsistance, et elle plaça, auprès de lui, des curateurs. En contrepartie, sa liberté fut restreinte. «Si Tinker abandonne la maison de façon permanente, les gestionnaires du fonds pourront mettre fin à la pension.» indique le testament.
À la croque au sel. Quelle vie de chien pour un chat de gouttière!

__ Dans son testament, dûment enregistré, un agriculteur indien formule un voeu suprême: «Quand ma vie sur Terre prendra fin, je désire donner mon corps aux animaux de la forêt de Phawngpui, pour qu'ils le dévorent au cours d'une grande fête.»
À la croque au sel. Bon appétit! Mais n'en prenez pas l'habitude...

** Un héritage qui tombe du ciel
__ Décédée, à l'âge de 100 ans, une coiffeuse américaine, veuve depuis 50 ans, est partie en douce. On découvrit son testament, elle laissait 35 millions de dollars à l'université de Miami pour des recherches sur le diabète et à un centre de recherche sur le cancer.
À la croque au sel. Ces deux legs évitèrent à la coiffeuse de glisser dans les oubliettes. Il y a lieu de croire qu'elle est demeurée bien vivante dans la mémoire de ces 2 institutions.

** Les testaments cachetés
__ Un notaire raconte, sous anonymat, qu'il a découvert 17 testaments, tous mauves, d'une dame de 60 ans. Elle désignait un seul légataire universel. Convoqué à l'étude du notaire, le chaudronnier gardait deux vagues souvenirs de la dame. Il lui avait parlé, il avait fort longtemps, lors d'un mariage alors qu'il avait 20 ans; et que, chaque dimanche, la dame se postait devant son appartement, au-dessus de celui du fleuriste, pour le saluer. «Elle vous aime depuis longtemps, lui dit le notaire, elle vous laisse 6 millions.» La connaissant si peu, le chaudronnier, jugeant qu'il serait amoral d'accepter, refusa l'héritage. Des cousins au 6e degré se sont arraché l'héritage. «Pas un seul ne m'a demandé où était enterrée cette dame.», déplora le notaire
À la croque au sel. Le chaudronnier retourna à ses chaudrons Gros-Jean comme devant, tandis que les jean-le-blanc planaient de joie.

__ Le jour de sa mort, une riche comtesse laissa un testament cacheté qui résumait ses dernières volontés en 3 phrases: «Je lègue mes 50 millions à une oeuvre de charité, ci-nommée... Je n'ai jamais cru à vos risettes. Vous êtes des crabes.»
À la croque au sel. Il n'y pas que les vivants qui ont le sens de l'humour Je présume que les crabes ont dû rire jaune.


L'héritage - Paroles de Félix Leclerc

L'engagé de la maison / reste collé avec l'horloge / Dans l'tic-tac de l'horloge / était roulé un million
Chapeau noir, / Les yeux dans l'eau, / Les mouchoirs, / Les gros sanglots, / Rage au coeur, / Couteaux tirés, / C'est la vieille qui a gagné!
___
Psitt! D'où vient le pince-sans-rire? Du jeu, je te pince sans rire, où l'on devait pincer quelqu'un avec des doigts barbouillés (1730). Le petit Robert. Un jeu d'enfant? Ou un jeu de main, jeu de vilain?
*Source: Les chroniques «Notaires et humour», de Me Jean Martineau, notaire, publiées dans Histoire - Québec.
** Mon texte a été inspiré de chroniques publiées dans marianne2.fr et classées dans les archives, ainsi que de l'article rédigé par Clara Dupont-Monod, intitulé «Notaires», 2001, également publié dans marianne2.fr.

Photo: Il Tritico de Verdi, The Metropolitian Opera. L'histoire de la musique.

jeudi 6 août 2009

Le testament d'un excentique - Jules Verne

Lire «Le testament d'un excentrique», de Jules Verne: voilà ce à quoi nous conviait l'émission «Sur les pas de Jules Verne», «En Amérique», diffusée sur Tv5. Je n'avais jamais lu ce roman. Pourtant, j'avais voyagé avec Jules Verne: en ballon, au centre de la terre, sous les mers, sur la lune, mais en Amérique, nenni... pantoute... Je me suis donc empressée de lire «Le testament».

Jules Verne, quel bon conteur d'histoire! L'intrigue, livrée au compte-gouttes, parsemée d'indices ici et là, soutient notre attention d'un chapitre à l'autre. Prenons pour exemple le premier chapitre.
Le titre, «Toute une ville en joie» annonce un événement heureux. Ce qui se déroule le 3 avril 1897, à Chicago, est raconté par un étranger, qui aurait pu se considérer comme «le favori du Dieu des voyageurs», car il aurait pu remplir son carnet de notes curieuses en vue d'articles sensationnels. Cette première phrase donne le ton. L'étranger ne sait rien, alors il observe, il décrit, il se pose des questions, et il nous raconte... On découvre avec lui ce qui se passe, au fur et à mesure.

«Était-ce vers City Hall que sa population se déversait en masses tumultueuses?» Pour quoi faire? S'agit-il d'une adjudication de terrains, d'un meeting électoral, d'une inauguration, se demande-t-il? «Non, il se préparait à une cérémonie d'un tout autre genre...», qui aurait pu être triste, mais pour respecter le vœu d'un personnage, elle s'accomplit «au milieu de la joie universelle.» Ainsi, tous les participants défilaient avec un gardénia à la boutonnière.

Et puis, vers la fin du chapitre: c'est au son d'une valse de Strauss que la foule s'apprête à pénétrer dans un parc" Quel parc? «Ce parc n'était pas un parc... C'était Oakswoods Cemetery (...). Et ce char était un char funéraire, qui transportait à sa dernière demeure les dépouilles mortelles (sic-sic) de William J. Hypperbone, l'un des membres de l'Excentric Club.» On découvre, seulement, à l'avant-dernier chapitre ce que cache mon «sic-sic».

Ce n'est rien... attendez de lire le testament... et ses clauses... les 6 héritiers «potentiels» empêtrés dans des contraintes, et un septième inscrit dans un codicille. William J. Hypperbone était un milliardaire. C'est à qui mettrait la main sur le magot. Mais l'excentrique, qui a mené une vie ordinaire, se paie une énorme excentricité, une fois mort... Même mort, il n'avait pas encore dit son dernier mot.

Et ce n'est encore rien... attendez de lire les deux derniers chapitres... On assiste à un renversement de situation. Un vrai «punch»!

«Le testament d'un excentrique», de Jules Verne, m'a vraiment fait passer de bons moments de lecture, tout comme «L'Île Mystérieuse».

Par contre, l'émission de tv5, «Sur les pas de Jules Verne», «En Amérique», m'a laissée un arrière-goût... Quel rapport avec le roman de Jules? Un seul: le lien -fort ténu- entre le jeu de l'oie du roman et le tirage au hasard de Laurent Bignolas -arrangé (le tirage) avec le gars des vues- pour choisir des états à parcourir. Avouez que c'est mince!

Je m'attendais, à tout le moins, à un joyeux cortège funéraire à la Nouvelle-Orléans. Je m'attendais à visiter les lieux où «avaient pioché» les Six concurrents qui tentaient -péniblement- leur chance de mettre la main sur l'héritage. Le 7e avait, quant à lui, à remplir d'autres conditions, restées secrètes.
Et bien non... Déçue, je suis très déçue de cette émission autant que j'ai été ravie de l'émission précédente.

Que nous réserve la prochaine émission «En Inde»? Elle semble plus prometteuse. «Laurent Bignolas et l'équipe empruntent le même itinéraire», nous dit-on, que celui suivi dans «La Maison à vapeur», de Jules Verne. Voilà, assurément, le chemin à suivre... si on veut marcher «sur les pas de Jules Verne»*.

Ne manquez pas mon prochain billet: Brèves... de testament.
N'ayez crainte, je ne vais pas vous faire pleurer, à moins que ce soit de rire... Comme William J. Hypperbone, j'espère vous surprendre, et semer la joie! À demain donc...
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Psitt! Le «Ce parc n'était pas un parc... » précède donc le célèbre «Ceci n'est pas une pipe»...
Référence: «Le testament d'un excentrique», Édition du groupe «Ebooks libres et gratuits», sur Internet.
* Pour lire le résumé de l'émission, cliquez ici

mercredi 5 août 2009

L'homme de l'Arctique - Capitaine Bernier

La prise de possession de l'Arctique prend toute sa dimension alors que de plus en plus de citoyens souhaitent que le gouvernement fédéral en fasse davantage pour maintenir la souveraineté canadienne dans l'Arctique. (Daphné Cameron sur Cyberpressse). Les pays riverains dans l'Arctique, Canada, États-Unis, Russie, Norvège, Danemark, se disputent des territoires. Plusieurs contestent la souveraineté canadienne auprès de l'ONU.

L'Arctique, océan de glace entouré de terres dont le coeur est une banquise. L'Arctique, territoire de l'ours blanc. L'Arctique habité par les Inuits. De blanc, de froid, de silence: la beauté du monde. L'Arctique, terre de toutes les convoitises... pour la richesse... de ses fonds marins. Gisements gaziers, pétroliers, minerais précieux: le récent atlas géologique détaillé précisant leur emplacement attisera l'avidité... déculpée, centuplée... par la perspective de la fonte accélérée de la calotte glaciaire... Par Toutatis, espérons que le ciel ne nous tombera pas sur la tête...

Il serait grand temps de se poser une question primordiale. Qui donc a pris possession des terres de l'archipel arctique au nom du Canada? Je vous le donne en mille... Est-ce que «je me souviens» que c'est la capitaine Bernier, Joseph-Elzéar Bernier? C'est, pourtant, un événement historique majeur, un centenaire qu'il serait à propos de souligner au moment où la souveraineté du Canada sur l'Arctique fait l'objet de fortes contestations et de pressions politiques.

*Qui êtes-vous... capitaine Bernier? Je suis né en 1852, à L'Islet-sur-Mer. Tout jeune, mon père, capitaine de bateau m'a initié à la navigation. La mer, mon père, son bateau et moi: un trio solidaire comme les Trois Mousquetaires! À 17 ans, je prenais le commandement de mon premier bateau, le Saint-Michel. Inutile de vous dire toute ma fierté, qui n'était -comme vous pouvez le deviner- que le 100e de la fierté paternelle. Tel père, tel fils, lui disait-on, en lui tapotant les épaules. Fier... mais avec une pointe d'inquiétude qu'il cachait mal: il connaissait les dangers de la navigation... souvent, je les avais affrontés avec lui et son équipage. Toujours brave, jamais téméraire. Une leçon que je retiendrai toute ma vie.

En 25 ans de navigation, j'ai effectué un peu plus de 250 traversées de l'Atlantique. Et puis, à partir de 1904, j'ai mis le cap sur le Grand Nord. J'ai appareillé mon grand voilier -oui, un voiler-, L'Artic, pour réaliser des expéditions pour le gouvernement canadien. La mission dont je suis fier est la mission 1908-1909 car, au cours de celle-ci que j'ai revendiqué la propriété du Canada sur l'archipel de l'Arctique, c'était à Winter Harbour sur l'île Melville. Je m'en souviens comme hier.

Racontez-nous, Capitaine Bernier! Il ouvre son carnet de chroniques. Vous savez... je suis bloggeur sur le Placoteux.com, en compagnie de vos contemporains Pierre Caron (le temps qui passe), Pierre Sasseveille (musique) Eddy Szczerbinsky (astronomie) --sauf que lui a 158 ans! Quel infatigable bourlingueur... et toujours beau capitaine... Je vous en signe un papier. J'ai noté, pour vous, quelques passages de son carnet de bord, à la page du «1er juillet, fête de la Puissance.»

«Le 1er juillet, fête de la Puissance, fut célébré par tout le monde à bord. Pour la circonstance, nous pavoisâmes l'Artic, qui prit ainsi un air de gaîté, la journée étant très belle.

Au dîner, nous bûmes à la santé de la Puissance et de son premier ministre, puis nous nous rendîmes tous sur le rocher de Parry pour assister au dévoilement d'une plaque commémorative fixée sur le rocher, et qui, longtemps, attestera aux yeux des futurs explorateurs de ces lointaines régions, l'annexion au Canada de tout l'archipel américain.
En cette circonstance, je prononçai un petit discours, ayant trait à l'importance de cette possession, qui résultait de la cession que le gouvernement impérial fit au Canada, le 1er septembre 1880, de tous les territoires britanniques situés dans les eaux boréales du continent américain et de l'océan Arctique (...)
(...)
À ce moment, nous poussâmes trois hourras (...) puis tout le monde se dispersa pour employer le reste de la journée à sa guise.

La plupart de nos hommes, pourtant si rudes, se distraient alors à la façon des jeunes filles: cueillant des fleurs sauvages qui abondaient sur l'île, ou ramassait une foule de menus objets présentant quelque intérêt. (...).»

Au retour de son expédition, les gens de L'Islet-sur-Mer allumèrent des feux de joie pour célébrer le succès de la mission 1908-1909 du Capitaine Bernier revenu à son port d'attache, lui et son équipage au complet, sains et saufs.
Allez, trois hourras pour le Capitaine et son équipage!

Cent ans après sa mission, les gens de L'Islet-sur-Mer se souviennent de ce héros de notre histoire. Le Musée maritime de l'Islet-sur-Mer, un lieu dédié au Capitaine Bernier, propose de multiples activités pour célébrer les 100 ans de la mission 1908-1909.
Allez faire un tour à L'Islet-sur-Mer, c'est moins loin que l'Artique et c'est, tout de même, plus chaud.
La dynamique directrice générale du Musée maritime, Marie-Ève Brisson, vous invite tous et toutes à la fête: elle aime la visite...
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* Source du texte et de la photo: Musée maritime de l'Islet-sur-mer.
Pour lire la chronique du 1er juillet 1909 au complet, cliquez ici.
Pour en savoir plus sur les activités du Musée: http://www.mmq.qc.ca/index2.php
Pour lire le blogue du Capitaine Bernier - cliquez sur la photo (chut! c'est le plus beau) sous la rubrique «Chroniques et blogs»: http://www.leplacoteux.com
Pour connaître l'histoire du valeureux Capitaine Bernier: lire la biographie de Marjolaine St-Pierre, Joseph-Elzéar Bernier, capitaine et coureur des mers, 1852-1934. On peut la feuilleter:http://www.septentrion.qc.ca/catalogue/Livre.asp?id=2188

mardi 4 août 2009

Sur une île déserte - Paul Auster

L'Agence France-Presse, Londres. «...(...) ''Août 2009 va voir s'installer notre dernier réfugié en date sur... l'île de Sgarabhaigh, Écosse ( prononcer Scaraway). Il va utiliser la solitude et l'éloignement par rapport au tabac pour se guérir de son habitude de fumeur'', a expliqué Dave Hill, propriétaire de l'île sur son site internet. ''(...) avec une cargaison de 120 livres''...» Ceci n'est pas... une pub.

«Ce ''réfugié'' est Geoff Spice, 56 ans (retraité), un ancien banquier d'affaires de NM Rothschild.» Il devra camper, le pauvre... Sur Sgarabhaigh, il n'y a que 3 cabanes de bergers, en ruine, pas d'eau courante, pas d'électricité. Par contre, un troupeau de moutons paîtra sur l'île. Geoff espère ne pas grossir comme il arrive à ceux qui cessent de fumer.

Quel hurluberlu! Ce mot -qui est dit long- est composé de «hurelu« = «ébouriffé« et de «qui a la berlue». On ne sait pas dans quel état est la toison capillaire de Monsieur, mais on peut penser qu'il a des idées ébouriffantes, qui seraient à l'origine de sa berlue. L'excentricité a un coût... Mais le but est noble: essayer d'arrêter de fumer.

Tout de même, ce texte de Dave Hill, sur son site internet, ne manque pas de grandeur, ni de poésie: Août 2009 va voir... notre dernier réfugié... 3 cabanes de berger, en ruine... les moutons...
Pour peu, on croirait à un alunissage au cours d'août 2009... on se penserait dans L'Île Mytérieuse, de Jules Verne... Dans la fable de Jean de La Fontaine, Le Berger et la Mer... Et vogue la galère!

Une question me turlupine: que comprend la cargaison de 120 livres? Sont-ce des victuailles et autres nécessités de la vie... ? Serait-ce des livres à lire...? Lire et boire de l'eau claire: une excellente façon de ne pas grossir... et de penser à autre chose que de manger. À la brunante, il ne reste plus qu'à compter les moutons du berger, en se laissant bercer par la mer...

Comme nous n'avons pas les moyens, ni vous ni moi, d'aller manger de la misère sur une île déserte, même pour un noble but, partons sur une île déserte, une île imaginaire...

Paul Auster s'est prêté à ce jeu, en choisissant les 3 livres qu'il apporterait sur une île déserte. Me basant sur ses choix, je vous soumets un court sondage. Vous prêterez-vous, à votre tour, à ce jeu littéraire.
Merci d'avance de votre participation. J'ai hâte de vous lire...



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La dépêche, que je viens de commenter en me basant sur AFP, court sur internet, sans cesse reprise dans les mêmes termes, c'est du copier-coller-répéter. Au plus, elle est classée sous la rubrique «Insolite».
Pour en savoir plus... surtout au sujet de la cargaison de 120 livres, je suis allée voir du côté des Anglais, ceux d'Outre-Manche. Vous verrez, la réalité gâche tout... Ce n'est pas, par hasard, si ce blogue est sous l'égide de Don Quichotte...

«To the ends of the earth (well, British Isles) to stop smoking - man to exile himself on island.» sur le Daily Mail, Uk. Well...
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